‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 20 sur 59 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Du commencement des altérations et partialités et des causes et occasions d'jcelles.

VI. Ayant Sa Majesté pourveu à tout ce que dessus, en la forme et manière qu’avons dict, partit incontinent et s'embarca en Zélande au mois de septembre en l’an 1559, et arriva en ses royaulmes d’Espaigne en bonne santé et prospérité, quant à sa personne, mais de ses gens et navires périrent aulcuns par tempeste de la mer. En celle saison les Estatz des dits Pays Ras estoient fort fleurissans, et en bonne paix et tranquillité, sans aulcune altération,

d'hoppkbus.

(lu moiDs qui fust cognue. Je dy cognue, parce que depuis a esté considéré, et semblablement descouvert le mescontentement, qu’aulcuns passé jà long temps avoient, partie pour leur interest particulier, qu’ilz n’avoient sy grande part en la républicque que bien ilz désiroient, et avoient eu aultres fois; partie pour leurs passions, inimitiéset envies secrètes, qu’ilz portoient à aulcuus qui estoient en crédit et gouvernement, et partie aussy pour le désir et convoitise d’aulcunes nouvelletez, ausquelles se soupçonne qu’ilz soyent secrètement solicitez par leurs parens et alliez estrangers mal affectionnez au service de Sa Majesté et de ses Estatz, joinct que plusieurs des principaux se trouvoient en ce temps là fort enchargez et endebtez, ce que s’est considéré donner quelcque fois occasion de nouvelletez soubz espoir de se redresser en républicque troublée 1 . Aussy s’est observé lors et peu auparavant le partement du Roy, qif aulcuns encommencoient à tenir divers propos, et se douloir du gouvernement général, qu’ilz disoient ainsy avoir esté ordonné par la main des Espaignols convoiteux, d’avoir seulz part avecq Sa Majesté et en jecter hors les seigneurs du Pays Bas, et que l’evesque, se conformant aux Espaignols pour ses proufficts particuliers, auroit esté cause de l’érection des dits nouveaux eveschez, que Sa Majesté entendoit establir sans l’accord et consentement des dits Estats, ce que ne se debvoit souffrir , avecq plusieurs aultres que-

* Tout cet exposé do la situation des Pays-Bas, lors dn départ du roi pour l’Espagne, est infidèle et tronqué; le pays so trouvait dans un état de calme, mais de ce calme qui précède les orages. Déjà les réunions des états-généraux avaient donné occasion nux peuples de prouver leur mécontentement.

MÉU0IBKS

relies semblables, mais tout cecy se faisoit en secret, sans en rien manifester en publicq, demeurant le tout en repos jusques à tant que l’occasion s’offrit que présentement racompterons.

VII. Ayant le Pape octroyé l’érection des dits eveschez nouvaulx, la répartition en fust faicte de telle manière, que par tous les Pays Bas y auroit trois archeveschez , à scavoir l’archevesché de Malines, comme premier, soubz lequel seroient les eveschez . d’Anvers, Boisleducq, Ruremunde, Gand, Bruges, Ypre; l’archevesché de Cambray, soubz lequel seroient les eveschez de Tournay, Arras, Saint Orner, et Namur, et le tiers l’archevesché d’Utrecht, qui auroit pour suffragans les eveschez de Harlem, Middelbourg, Leewarde , Groningue et Deventer. Et comme l’evesque d’Arras fust pourveu du dit premier archevesché de Malines, advint quasi en la mcsme conjoincture quand les nouvelles de touttes ces choses se publioient, que'fust l’an mil cincq cent et soixante, que sa Saincteté envoya & Bruxelles un sien chambellan présenter au mesme evesque les chappeau et habit de cardinal, que depuis, eu sur ce le plaisir et mandement de Sa Majesté, il accepta, prennant le tiltre de cardinal de Granvelle, pour estre filz du feu le sieur de Granvelle, en son temps premier conseillier d’Estat et garde de seaulx de feu l’Empereur Charles V.

VIII. Ce faict, les choses que jusques à l’heure avoient esté secrètes, se commencèrent soudain à manifester ouvertement, courant la famé par tous costez, que tout ce se faisoit par les Espaignols contre les privilèges exprès, et sans consentement des Es-

DH0PPKBU8.

ta tz du pays pour se faire maistres d’jceulx, non plus ny moins qu’ilz avoient faiet de Naples et Milan, y introduisans par celle forme une servitude perpétuelle avecq l’inquisition d’Espaigne, de laquelle seroit chef général le cardinal, et soubz jcelluy les aultres archevesques et evesques cliascun en son pays. Se disoit aussy, comme à aulcuns eveschez estaient assignez certains monastères pour leur entretenement, que cela se faisoit, non seulement pour subjuguer les prélats et ecclésiasticques, mais aussy tous les Estatz, avecq le surplus de la noblesse et communaulté, attendu que pour la plus grande part, et signamment en Brabant, les prélatz représentent le premier membre des Estatz , et que les evesques, estans par le moyen de leurs monastères réputez entre les prélatz, par conséquent seroient les principaulx des dits Estatz, et que par jceulx des evesques ne se feroit rien sans l’advis et accord du dit cardinal, estant premier archevesque, et semblablement à cause du monastère d’Afllighem, premier prélat de Brabant, qui est la première province de tous les Pays Bas, et qu’aussy ne se feroit rien par le cardinal, sans l’accord des seigneurs et inquisiteurs d’Espaigne, dont nécessairement s’ensuyvroit, que tout se mettroit en la puissance et arbitrage d’jceulx seigneurs inquisiteurs d’Espaigne. Ces choses et aultres semblables raisons se semoient parmy le peuple en tous lieux et provinces , et plusieurs des chevaliers et seigneurs principaulx commencèrent petit à petit de s’estranger , et retirer de l’amitié et conversation du dit cardinal, et feirent par ensemble amitiés nouvelles et plus fermes, de telle manière

240 MÉMOIRES [1362Î

que faisant le dit cardinal en l’an 61 , son entrée en la cité et archevesché de Malines, avecq les cérémonies et solemnitez accoustumées , personne ne s’y trouva des dits seigneurs et chevaliers, alléguans jceulx qu’ilz n’en avoient esté requis, et le dit seigneur cardinal qu’il ne les avoit prié pour en estre refusé 1 .

Page 1