‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 23 sur 59 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des plainctes et doléances d’ aulcuns chexaliers, et aultres choses gu' en ce temps succédèrent.

XIII. Passant les choses en ces termes, le mescontentement que ces chevaliers monstroient du cardinal alloit journellement accroissant publiquement à la veue de tout le monde ; et comme la duchesse en ce temps sembloit donner gTande part audit cardinal de tous les négoces qui passoient, et signamrnent des finances, semblablement de la consulte des bénéfices et offices , ou que ordinairement entrevenoient ledit cardinal , le seigneur de Barlaymont et le président, sans participation du prince d’Oranges, des comtes d’Egmontet admirai, s’en faschoient bien fort, disans n’estre l’intention de Sa Majesté que tout le gouvernement fust en mains d’un seul estranger comme dudit cardinal naturel de Bourgoigne, avecq assistence de deulx aultres, et exclusion d’eulx, mais qu’au contraire suy vant droict et raison , mesmement les anciennes coustumes du pays usitées d'anchienneté, et devant que les consaulx fussent ordonnez, le gouvernement des Estatz, finances, et surintendence de la justice debvoit appartenir aux seigneurs et chevaliers priucipaulx du pays esgallement, comme se peult monstrer par les exemples et documents anciens , esquclz les depesches et provi-

d'hovperus.

sions publicques se trouvent signées non seulement de la main du prince souverain, mais aussj des chevaliers et vassaulx du pays principaulx 1 .

XIV. Avecq telles et semblables raisons sesemoient plusieurs querelles par toutes partz, et se commencoient à soliciter les gentils hommes et aultres de qualité, et aussy les amis dudit cardinal, pour estre de la partie desdits trois seigneurs, et aultres de mesme partie : des quelz plusieurs se présentèrent incontinent, et leur monstrèrent faveur pour estre leurs serviteurs et amys anciens ; les aultres pour estre persuadez qu ainsy convenoit au service de Dieu et de Sa Majesté et de la républicque, et aultres pour leur prouffict et liberté, pour vivre à leur goust et volunté , ne défaillant à ce la commune voix du peuple, qui desjà avoit opinion que le cardinal estoit un homme ambitieux, avare, et convoiteux de ses plaisirs , tachant à se faire grand , et à mectre lesdits pays en servitude des Espaignols, et aussy d’establier en iceux l’inquisition d’Espaigne par le moyen de ces nouveaux eveschez : et quoy que l’on faisoit au contraire, remonstrant les bonnes qualitez dudit cardinal de personnage docte, éloquent, et de beaucoup de langues, affable et expérimenté es choses publicques, amateur extrême du service de Dieu et de Sa Majesté et du bien et liberté du peuple, sans avoir jamais pensé aux choses susdites dont on le chargoit, touttçsfois rien ne prouffictoit pour effacer et oster du peuple celle opinion.

• On voit encore percer ici Injuste prétention de l'aristocratie belge il prendre une part active au gouvernement du pays, prétention que nous avons déjà signalée, il propos du premier mémoire de Viglius, pages 78 et 79 du présent volume.

XV. Que plus est, estant à diverses fois declairé tant en particulier qu’ en général par charge de la duchesse et du Roy mesme, la vraye intention de Sa Majesté, qu’ elle ne désiroit aultre chose, et ne tendoit à aultre but, que de par l’érection de ces nouveaux evescliez donner ordre aux ecclésiasticques qu’ilz satisfeissent à leur office, sans toucher à l’inquisition, ou changer aulcune chose en l’administration publicque, ne se pouvoit avecq tout cela achever vers le peuple de le croire, et moins avecq les seigneurs et chevaliers mesmes, selon se semblant qu’ilz demonstroient : ce que donna occasion à penser plus avant en ceste matière, et comme il sembloit à aulcuns , que le cardinal se debvoit bien un petit accommoder avecq les trois seigneurs susdits, et semblement se desfaire d’aulcuns bénéfices pour éviter scandale, et qu’il n’estoit que bien, de faire les choses des eveschez aulcunement difficiles, pour réprimer l’orgueil qu’ aulcuns evesques avoient jà conceu, fust respondu par les aultres, estre bien vray et raisonnable ce qu’ilz disoient, mais que considérant plus profondément en la matière, qu’il leur sembloit, que ce qu’ilz prétendoient au respect du cardinal et des evesques, n’estoit la fin finale de toutte la prétension, mais une partie tant seulement d’icelle, et qu’il pleust à Dieu qu’icelle fin finale ne fust le changement du gouvernement de la république, et destruction de la saincte foy catholique.

DHOPI'ERUS.

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