CHAPITRE I
Comme les princes d’Orenges, comte d'Egmont et de Homes retournèrent au conseil.
XX. Estans les négoces es termes susdits quant à l’allée et partement du cardinal de Granvelle, la duchesse feit incontinent appeller les prince d’Orenges, comte d’Egmont et admirai, les requérant que puis que les choses du cardinal se passoient selon qu’ilz scavoient, qu’il leur pleust de retourner au conseil d’Estat, et luy donner l’assistence qu’ilz avoient accoustumé de faire ès affaires et occurrences. Du commencement ilz feirent quelque difficulté, mais avecq la grande instance que leur feit Son Alteze en présence du président, se monstrarent enfin contons d’ainsy le faire, à condition que sy le cardinal retournoit au conseil (comme se disoit qu’ après trois mois il retourneroit) qu’ilz n’entendoient d’y continuer, ainsy doiz là en avant lesdits seigneurs vindrent continuellement au conseil, traictant les choses et négoces avecq grand soing et diligence, et continuant bien souvent (quant il estoit de besoing) depuis le matin jusques au soir, et plus que personne n'eust jamais pensé ny creu. Oultre ce tenoient bonne amitié et intelligence, avecq les conseilliers
du conseil privé, et autres des finances (le baron de Barlaymont excepté, pour les causes susdittes), et semblablement avecq les députez et commissaires des Estats et bonnes villes de toutes parts, les convians et assistans en leurs affaires, sans obmectre un seul poinct d’humanité, principallement par le prince d’Orenges, et comte d’Egmont, non obstant que jamais rien ne fust par eux accordé quant aux contributions.
XXI. Oultre ce les mesmes seigneurs escripvarent en ce mesme temps, àscavoir le XXVII de mars, une lettre à Sa Majesté en responce de sa dernière susditte, par laquelle disoient, qu’ajans entendu le bon plaisir de Sa Majesté quant à leur retour au conseil, et qu’aussy le cardinal de Granvelles en la mesme conjoncture avoit publié son allée en Bourgoigne, estoient contens d’obeir de bonne volunté selon qu’ilz avoient declairé plus amplement à Son Alteze, supplians humblement à Sa Majesté de croire qu’ilz ne se laisseront surpasser de nulz vassaulx et serviteurs en la servir de cœur, de corps, et de biens, et que de ce icelle se veuille asseurer, ostant tout soubçon, combien que de présent en soient à plus de repos que devant , et mesmes depuis le retour d’Armentières secrétaire de Son Alteze ayant dict d’avoir charge de Sa Majesté de leur déclarer, et aussy aux autres seigneurs, avecq les quelz ilz avoient toujours communicqué pour le service de Sa Majesté, la satisfaction et bon contentement qu’icelle avoit d’eulx.
XXII. Le prince d’Orenges escripvit le mesme jour une lettre particulière il Sa Majesté de la mesme
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substance, et oultre ce qu’estant serviteur et vassal tel qu’il estoit, et désirant suivre les pas et vestiges de ses prédécesseurs, qu’il pleust à Sa Majesté (oultre la déclaration faicte de bouche par ledict Armentiéres) confirmer le mesme par une sienne lettre, pour estre entièrement et de tous poincts asseuré , et asseuré des falsitez et calomnies de ses adversaires. Supplia de mesmes, que les affaires de sa principaulté d’Orenge fussent favorablement recommandez à son ambassadeur en France, attendu qu’icelle principaulté estoit en hazard , et sur le poiuct de se perdre, à cause qu’il avoit illecq voulu maintenir la saincte foy catbolicque et ancienne religion. A ceste lettre répondit le Roy, qu'il avoit faict icelle déclaration de très bonne volunté, mais qu’il faisoit injure à ceux qu’il soubçonnoit, et aussy à soy mesme et à Sa Majesté, attendu qu’il n’avoit rien entendu de personne dont il deust doubter, qu’il seroit autre en son service qu’il ne debvoit estre : et qu’aussy peu estoit icelle légère donner l’oreille à ceulx qui le voudraient mectre en suspection contre un personnage de sa qualité ; se référant au surplus aux lettres escriptes aux comtes d’Egmont et de Hornes ii la fin de continuer en son fconseil d’Estat, et qu’il enchargeroit de rechef à son ambassadeur de France ce que le prince luy prioit quant h sa principaulté, et furent les dittes lettres de Sa Majesté escriptes en Valence le 23 apvril 1564.
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