‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 26 sur 59 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Des inconvéniens qui succédarenl en ce temps.

XXIII. Passans les choses enceste sorte, faict à sçavoir qu’avecq le temps survindrent des inconvéniens fort notables, et premièrement, les seigneurs et leurs alliez aians opinion, que le conseil d’Estat estoit, ou du moins debvoit estre le chef de tous les aultres, et par conséquent d'avoir et tenir la surintendence de l’entier gouvernement, sans toutesfois avoir veu en ce temps l’instruction comme ilz disoient dudit conseil, advint que peu à peu plusieurs des négoces qui devant souloient estre traictez au conseil privé, ou en iceluy des finances, en faisant relation des choses plus importantes et principales à la duchesse par voie ordinaire, furent tirez au conseil d’Estat et traictez par voie extraordinaire, d’où succéda avecq le temps, que le fait et négoce de la religion, des placarts, et de l’inquisition commencoient affoiblir, comme aussy celuy de la justice tant ordinaire du grand conseil et des autres consaulx provinciaux, que celuy des grâces et de rémission des crimes et délictz, et semblablement des ordonnances publicques et politicques, se monstrans plusieurs de la noblesse et aultres fort rebelles à Injustice, sans tenir comte d’icelle, si les choses ne fussent traictées par l’aucthorité des seigneurs dudit conseil d’Estat. Et comme la coustume estoit que tous ceulx qui vouloient, pouvoient présenter requettes à Sou Alteze librement et sans crainte, fussent gens particuliers

DHOPPEBUS.

ou villes publicques, se practicqua en icelle saison, que nulz Estatz ou villes, ou bien peu, osoient traicter leurs négoces en cour, si non par moien de leurs gouverneurs, et que pis est, de leurs serviteurs et ministres, d'où procéda non seulement grand mespris des consaulx et ministres de Sa Majesté et avecq ce diminution de l’auctborité de Son Alteze , mais aussy grande perte de temps et de deniers pour les villes et Estatz et retardement de leurs négoces.

XXIV. Oultre ce vindrent à résusciter et mouvoir en ce temps là , divers procès et négoces anciennes de ces seigneurs et aucuns nouveaux en préjudice de Sa Majesté, comme du Chastel velin, et encor de la saulnerie en Bourgoigne, item du terroir de Malines en Brabant, de Berghes, mer, Gorcum, Worcum en Hollande, de la monoye de Leuze, et autres semblables, de très grande importance 1 : lesquelz pour la plus part se practiquoient non sans faveur

1 Ce passage a subi d'étranges altérations, et on doit absolument le rectifier en le comparant à quelques lignes do Vigliua que le lecteur trouvera plug haut, p. 80. Il s'agit ici de contestations dont on ne trouve pas de traces dans les autres historiens et sur lesquelles les Archives ne nous ont fourni aucun renseignement. Peut-être se sont-elles bornées à de simples querelles dans le sein du conseil privé. Castel Bcllin ou Château Bellin se trouve en Bourgogne et a appartenu anciennement à la famille d'Ornnge. Plus loin il est question, non de la ville et seigneurie de Malincs, mais d'une partie du marquisat d'Anvers, qui fut jndis le patrimoine des puissnnts Bertliout, et que l'on connaissait, pour cette raison, sous la dénomination de pays de Malines. Au lieu de Berghes, mer , il faut lire : la pêcherie de Gertruidemberg, et les Salines de Bourgogne cachent la ville de Salins. Pour ce qui est do la monnaie de Leuze , elle constitue une énigme dont nos excellents numismates, MM. Chalon et Piot. n'ont pas encore trouvé la clé.

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des uns aux autres, aussy bien entre ceux, que par leurs serviteurs officiers et amyz , des quelz les uns ont esté pourveuz d'offices et bénéfices par faveur, sans respect de qualité ou idoineté : ce que veu et considéré par autres estans en crédit , hommes convoitteux de leur propre prouffict, et considérans que madame n’osoit plus user du conseil du seigneur de Barlaymont en particulier , nv tant peu du président, et aulcuns aultres, pour ce qu’ils estoient amis du cardinal, s’advisèrent de rechercher leur profict, et s’enrichir par moien des offices et bénéfices, et semblablement des privilèges, lotheries, et aultres choses de finances , et non moins des rémissions et pardons des délictz et crimes énormes, non sans murmure du peuple, et plaige de la justice, et domage des finances de Sa Majesté, joinct la mauvaise famé que de ce procédoit à Son Altèze mesme, abusée par sinistre information desdits serviteurs comme de bons ministres et officiers, où touttes fois ne tenoient lieu ny place pour faire bon office , ny de mectre remède en ce estans provenuz de toutes voyes ou du tout exclus par iceux.

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