‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 28 sur 59 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De ce que traicta et négotia ledit comte aiecq Sa Majesté.

XXXII. Estant le comte d’Egmont arrivé en la cour du Roy, fust bien receu et traicté, tant de Sa Majesté, que de tous autres seigneurs et chevaliers de la cour, tellement que jamais ne fut veu, qu’un seigneur particulier et vassal (que grand qu’il fust) soit esté tant favorisé et caressé. Et entant que touche sa charge , après avoir traicté plusieurs fois aveeq Sa Majesté seul à seul, fut incontinent depesché, et avec ce qu’il avoit entendu de bouche de Sa Majesté, luy fut donnée son instruction. Et aussy après avoir receu grands dons et mercèdes, retourna vers les Pays-Bas, oii il arriva environ la fin du mois d’avril. Et ayant madame faict assembler le conseil d'Estat le 5 jour de mav, feit sa relation de bouche, et depuis, leut l’instruction, que Sa Majesté luy avoit donné en langue espaignolle : la substance de l’un et de l’autre estait.

1 1565, nouveau style.

XXXIII. Primes, comme Sa Majesté l’avoit reçue avecq grande faveur, et ouy sa relation avecq grand désir et diligence, et de mesmes traicté avecq iceluy en icelle matière, et monstré très clairement l’amour qu'il porte à ses Estatz des Pays Bas, afin qu’ils soient bien régiz et gouvernez, et que le remède soit mis aux poincts et articles qu’il avoit en charge : de manière qu’il se monstra , et aussy disoit ouvertement ; qu’il demeuroit de tous poincts plus que satisfaict de Sa Majesté, combien que peu de temps après, commandant Sa Majesté par ses lettres la punition d’aucuns héréticques et anabaptistes, commença à se douloir comme de chose contre la promesse qu’icelle luy avoit faict.

XXXIV. Le second estoit, qu’estant Sa Majesté empeschée en la guerre contre le Turcq, que l’on attendoit sur l’isle de Malte, que ne luy estoit possible de venir à ces Pays Bas en j celle année; mais qu’icelle guerre achevée, considéreroit s’il estoit possible d'y aller l’année suivante.

XXXV. Le troizième, que pour subvenir aux charges et debtes de ses Pays d’embas, envoyoit une grande somme de deniers, pour les employer à son prouffict et descharge.

XXXVI. Le quatriesme, que pour pourveoir aux désordres de la justice, la duchesse sa sœur auroit à consulter avecq le conseil d’Estat par quelle forme et manière s’y pourroit mieux remédier, pour après avoir veu leur advis, en estre ordonné et commandé par Sa Majesté comme se trouveroit convenir.

XXXVII. Le cincquiesme concernoit la religion, laquelle estant matière fort principale (entant que

d'hOPPBBUS.

touche le publicq)' toute la reste est succédée, a semblé se debvoir mectre icy au long la mesme substance de l’instruction. Et est: « Quant à ce que tou- « che le faict de la religion , vous direz , qu’il y a « beaucoup de choses qui viennent en considération, « estant matière de telle importance, et à laquelle « sur toutes choses nous sommes obligez et la quelle « principalement me donne soulcy, et en la quelle « en manière quelconque je ne veux changer chose « qui soit. Car j’aymerois mieux perdre cent mille « vies (si j’en eusse autant)- que de consentir en au- « cun changement. Partant je regardera s’il con- « vient de faire appeller au conseil d’Estat , sans « toutesfois rien publier (et soubz couleur du Con- * cile de Trente) deux ou trois évesques , qui à ce « sembleront les plus jdoines , et mesmement celuy « dTpre pour la bonne information que j’ay de luy, « et aucuns théologiens sy ainsy semble , et aussy « aucuns conseilliers les plus zéleux et affectionnez « à la religion catholicque ; afin que par jceux soit « consulté et traicté, quelle forme convient de suy- « vre pour enseigner et instruire le peuple, afin que « par faute de bonne doctrine il ne soit séduict et ■ « tiré en erreur, comme il se void journellement ad- « venir. Item par quelle manière se pourra faire, « que les desvoyez par le moien de bonne et saine « doctrine et exemple soient réduicts, et que les « bons ne se desvoyent du vray chemin. Outre ce « quelle reigle s’aura de tenir ès escolles, et le sur- « plus de la bonne instruction de la jeusnesse, à ce

' Ajoutez et dont. Note de Hoynckt.

« qu’à celle contagion, qui va journellement crois- « sant, soit remédié. Finalement, que par ceux qui « seront appeliez, soit traicté s’il convient d’intro- « duire autre forme de chastoy des héréticques et « desvoyez : non qu’ilz demeurent impuniz (car cela « n’est mon intention, ny conviendrait aussy pour « le service de Dieu et le bien publicq), mais que « cela seulement se voye s’il y at autre manière de « punition, par la quelle l’outrecuydance des liéré- « ticques se puisse refrener, et le mal estre du tout « poinct estaint, afin qu’il se voye plus avant, et « soit aussy obvié qu’ilz ne se glorifient de mourir « en leur mal, et voyent exhortons en iceluy l’un « l’autre, comme nous voyons ce jour d’huy. Et tout « cecy commandera de traicter et examiner en sa « présence, et le considérera avecq tel soin et deli- « gence, qu’il convient en chose que tant importe, à « ce que les catholicques, voyans le soing et sollici- « tude que tenons en cecy, soyent de tant plus con- « firmez en la saincte loy catholicque, et qu’au « contraire les héréticques perdent courage, voyans « que nulle nonchalance ou négligence se commect « à ce que chascun soit chastié selon ses démérites; « et que de tout qu’en cecy se passera, nous adver- « tisse bien particulièrement et spécificquement, « afin que soudain puissions regarder à ce quy aura « de faire. »

XXXVIII. Ayant Madame la Duchesse ouy ceste relation, meit tout incontinent en délibération, quelz personnages l’on pourrait choisir, et après avoir consultés en ce que dessus deux ou trais jours, furent finalement dénommez les suyvans. Première-

(1563] ' d’hom-brus. 211

ment les révérends pères en Dieu Martin Rithovius évesque d’Ipre, Antoine Havet évesque de Namur, l’évesque de Saint Orner; item les présidens de Flandres et d’Utrecht, messires Jaques Mertens et Hyppolite Persyn, et Anthoine Meulenare conseillier du grand conseil; outre ce messire Josse de Tillet prévost de Walcourt, théologien de Louvain ; Cornille Jansen esleu évesque de Gand , aussy théologien de Louvain , et Wilmare Bernards docteur et premier professeur des canons à Louvain, tous gens doctes et excellens , et fort suffisans , ausquelz fust escript que pour le xxv du mois de may se deussent trouver en personne à Bruxelles , pour aucunes affaire du Concile de Trente, que fust aussy escript en conformité de ce que Sa Majesté avoit commandé pour oster au peuple le soubçon que ce fust pour la cause susditte.

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