CHAPITRE V
De latsemblee des (ttcqv.es et autres.
XXXIX. Le jour venu de la congrégation et assemblée des évesques et autres, fust consulté et demandé au conseil d’Estat par Madame la Duchesse, de quel ordre l’on auroit à procéder. A quoy fust respondu par aucuns d’jceulx, qu’il n’y avoit autre cérémonie à tenir, si non que de faire asseoir les évesques et autres avecq ceux du conseil d’Estat, chascun en son lieu et siège convenable à sa qualité, et ainsi après avoir par eux esté entendue la vrayc cause de leur convocation, et pensé quelques jours sur icelle, et aussy avoir ouy les discours des uns et
MÉMOIRE
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des autres joiuctement, dirent enfin tous en général, tant ceux de dehors, que dudit conseil, leur voix et opinions sur tous les poincts et articles contenuez en l’escript de Sa Majesté du quel se pourra donner copie à chascun d’iceux, ostant le nom de l'évesque d’Ipre, pour excuser jalousie. Le prince d’Orenges, comte d’Egmont, et l’admirai, ayans ouy ce que dessus, disoient que l’ordre de procéder en ceste matière estoit bon, mais qu’entant que touche l’assiette, n’estre l’intention de Sa Majesté que ceux du conseil disent leur opinion en présence de ceux de dehors, ains au contraire que ceux de dehors disent leur advis devant le conseil, et que partant ne se doibvent asseoir avecq eux. Ces choses ainsy conclues, la Duchesse feit appeller 1(» évesques, et autres, pour le lendemain au matin : et estans assiz à part, leur proposa en peu de parolles la vraye cause, pour quoy les avoit faict appeller, et commandant de leur déclarer la reste plus amplement, leur furent délivrez extraitz de l’escript de Sa Majesté traduict en latin et en françois , leur enchargeant le secret , et aussy de retourner après quelques jours au conseil, pour dire premièrement leurs discours sur chasque article, et subséquemment leur advis et opinion en général.
XL. Le premier jour de l’assemblée, qui fust aussy le premier jour dejuing, fut discourru sur les trois premiers poincts, asçavoir de la doctrine du peuple, de la réformation de la vie, et de l’institution des enfants. Le second fut employé au 4' Article, qui est du changement des peines : et estoit la commune opinion, qu'il ne convenoit au service de Dieu, ny au \
d’hopperus.
bien de la république, de faire aucun changement, fora qu’aux jeusnes et repentans se pourroit avoir aucun respect par la voye ecclésiastique. Cecy ouy (encor que ne fusse que par forme de discours, et non d’opinion absolue) fust dict par le comte d’Egmont et les autres deux seigneurs , que l’on doibt avoir regard à la disposition du temps présent et selon la forme d’icelle considérer, de quelle forme de chastoy se doibt user, et soubz quelle couleur, pour excuser tous inconvéniens et dangers. Pareillement le jour suyvant Madame, à l’instance desdits trois seigneurs, et autres, feit proposer de considérer, en quelz termes le pays estait à cause de leurs voisins et multitude des hérétiques et sectaires; aussy que les juges ne vouloient suyvre la rigueur des placarts ; et que facilement pourroit succéder aucun inconvénient, si en ce ne fust pourveu par bon remède, signament au respect dudict article du changement de la forme du chastoy, avecq beaucoup d’autres raisons semblables servantes à ce propos. Ausquelles fut promptement respondu par lesdits évesques et aucuns autres, que l’escript de Sa Majesté ne faisoit aucune mention de ce; et aussy que ne seroit bon conseil de penser gaigner aucune chose contre les hérétiques par voye d’oster ou changer la forme du chastoy, mais beaucoup plus faisant le contraire, et s’opposant contre jceux courageusement , finalement estant la matière disputée fort prolixement, et au large trois jours entiers, fut commandé par Son Alteze que chascun apart diroit son advis et opinion résol utivement, comme il fut fait le 6* jour dudict mois dejuing, et fut la résolu-
tion générale par commandement de Son Alteze mise du matin par escript, et le jour suyvant signée par lesdits évesques et autres de la main propre de chascun d’iceux, et estoit la substance d’icelle telle que s’ensuit.
XLI. Premièrement entant qu’il touche la doctrine du peuple, qu’il y est fort bien pourveu par le Concile de Trente, que convient entièrement estre publié et observé par les évesques, et l’assistence de l’autorité de Sa Majesté, sans la quelle iceux évesques et autres prélats ne pouvoient rien, disans outre ce, que de beaucoup servirait à ce propos la bonne diligence des curez, pour bien endoctriner leurs paroissiens , et semblablement des visitateurs et Inquisiteurs pour les admonester, non par voye de rigueur judicille, ains de bénignité et charité paternelle.
XLII. Et quant au second poinct, qui est de la réformation des ecclésiasticques, fust dict , que pareillement il y estoit pourveu par les canons du sacro-sainct Concile, au quel très expressément est ordonné sur la pluralité des bénéfices, exemption des ordinaires, résidence des ecclésiastiques, et autres choses semblables, et qu’il ne reste autre chose que l’exécution.
XLIII. Non plus ny moins fust dict sur le troisième article touchant les escolles et bonne instruction des enfans, et que le tout est bien et particulièrement ordonné et déterminé par ledit Concile, de sorte qu’il ny a faute de chose qui soit, si non de la mectre en œuvre.