‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 31 sur 59 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Du Concile général de Trente.

XLIX. Nous avons dict comme les évesques et théologiens disans leur advis et opinion en la matière susditte , eurent en très grande et spéciale recommandation l’exécution du Concile de Trente, principalement pour le remède des poincts de la doctrine, réformation, et institution de la jeusnesse. Partant et pour n’estre fort hors de notre propos, je veux jcy briefvement, racompter, ce qu’en ceste matière a succédé de son commencement j usques à la fin.

L. Ayant notre Sainct Père envoyé au Roy les canons et décrets dudit Concile , requérant de les accepter et faire publier et observer estroictement par tous ses royaumes, terres et provinces, Sa Majesté manda incontinent à la Duchesse, que son intention estoit d'ainsy le faire : et afin que ceste sienne déclaration se feist incontinent et généralement par tous ses Estatz, que Son Alteze eust à commender d'imprimer les canons dudit Concile avecq l'acceptation de Sa Majesté, qu’à celle fin avoit envoyé, et semblablement les faire publier par toutes les terres et provinces des Estatz du Pays Bas.

LI. Ces nouvelles receues, plusieurs se monstrarent fort joyeulx, disans que par ce moien l’on debvoit espérer la fin des maulx et scandales , tant espardz et estenduz par la saincte églize catholicque, partie pour cause des hérésies et sectes , et partie pour cause des abus.

LU. Estant la chose mise en délibération du conseil, se retrouvarent deux sortes d’opinions : les uns disoient, que jaçoit qu es particularitez se pouvoit trouver aucune difficulté tant de juridiction, comme des privilèges et aultres choses semblables, et qu’en l’entière réformation n’estoit du tout pourveu comme la nécessité du temps bien le requéroit, toutesfois estant de soi mesme chose tant favorable et importante, et à grande raison prinse tant à cœur de Sa Majesté, que sa bonne volunté se doibt exécuter et mectre en œuvre, non seulement sans double ou difficulté quelconcque, mais aussy avecq toute promptitude et alegresse, et quant aux difficultez particulières, qu'avecq le temps se pourrait traicter

d’hoppebus.

sur icelles. Les autres, principalement les seigneurs, disoient qu’avant entrer en une matière sy grande et difficile, qu’on y debvroit bien penser pour beaucoup de considérations, qui se présentent, acceptant et publiant Sa Majesté ledit Concile absolutement.

LIII. Premièrement, qu’il s’entremectoit en un négoce ecclésiasticq, et que jamais n’a esté veu practicquer en ceste manière. Item que ce voyant, les princes et seigneurs d’Allemaigne soubçonneroient que Sa Majesté auroit intelligence secrète avecq Sa Saincteté , et que d’iceluy soubçon et mescontement pourroit succéder aulcun inconvénient aux Estatz du Pays Bas. Aussy que plusieurs des subjects et inhabitans d’iceulx pays, mesmes estans desvoyez de la religion catholicque, qui sont en fort grand nombre, prendroient cecy à grand tort , et trouveroient moien de s’accorder avecq les estrangers voisins et autres, qui journellement cherchent occasion de mectre discord et troubles ès dits Estatz, pour les rober et piller. Oultre ce aussy, que les bons, tant ecclésiasticques que séculiers, ne se monstreront contens de la dicte publication, pour cause de leurs droicts et privilèges j urez par Sa Majesté, qui quasi tous seroient nulz par ce moien, sans debvoir passer soubz silence, que Sa Majesté souffriroit semblablement grand préjudice en ses droicts et prééminences , à quoy mieulx vault de pourveoir estant la chose entière, que non par après, à raison de quoy leur sembloit, qu’estans les Pays Bas rassemblez et conjoincts de diverses provinces , qui ont chascune à part leurs droicts et coustumes, que devant tout l’on debvroit envoyer ledict, Concile à tous les éves-

MKMUIKES

ques , gouverneurs et consaulx provinciaux , et pareillement aux Universitez de Louvain et Douay, pour avoir leur advis, tant sur la publication générale, que sur les droicts et privilèges, et autres préjudices particuliers. '

LIV. La Duchesse ayant ouy ces raisons, conclud selon icelles, et mesmement advertit Sa Majesté de ce que se passoit, donnant toutesfois presse ausdicts évesques, consaulx et Universitez, d’envoyer incontinent leur advis, puis que Sa Majesté entendoit qu’on y procéda h toute diligence. Et comme entre autres Son Alteze avoit requis Sa Majesté d’envoyer la forme de l’exécution d’iceluy Concile de Trente, la quelle s'usoit en Espaigne, fust aussy fait incontinent. En fin estans en peu de jours receuz par Son Alteze tous les dicts advis, les feit visiter et examiner par ceux du conseil privé avecq très grande diligence, et le tout veu, fust trouvé ce que s’ensuict.

LV. Priemes, que lesdicts prélats, consaulx, et Universitez tous ensemble estoient de mesme advis, et que les décretz de la doctrine chrestiene et catholicque s’auroient à recevoir indistinctement, sans aucune difficulté,

LVI. Secondement, que pareillement les décretz de la réformation debvoient estre receuz, saulf les décretz et privilèges du patronage, nomination, juridiction, union, fabrique, provision des pauvres, correction, visitation, et autres semblables, appartenans à sa Majesté, à ses vassaulx et subjects ecclésiastiques et séculiers.

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