CHAPITRE PREMIER
De nouvelles de la confédération des gentilshommes pour lefaict de la religion.
LXXX1II. Maintenant raccompterons les choses succédées depuis les dictes assemblées. Est à sçavoir qu’ayans les princes d’Orenges et de Gavres comte d’Egmont et l’admirai, conseilliers du conseil d’Estat, esté absens quelques jours et assemblez avecq
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les aultres (comme dict est) un jour envers mymars 1565', selon le compte que suyvons, vint le comte de Meghem à Bruxelles, qui avoit aussy esté ès dictes assemblées, et estant par charge de Son Alteze appellé au conseil d’Estat, au quel estoit semblablement le prince de Gavres comte d’Egmont, jà retourné, proposa très à certes ce que s’ensuict.
LXXXIV. Qu’ayant entendu certaines choses de très grande importance concernans les biens et la conservation de tout le pays , et non moins les dangers et périlz grandissimes, que courroient la descharge de sa conscience, service de Dieu, et de Sa Majesté, postposant toutes aultres choses, s’auroit bien voulu trouver en diligence avecq Son Alteze et ceulx du conseil , pour leur donner à entendre , et les adviser de ce qui passoit, protestant toutesfois, que comme ce estait venu à sa cognoissance par le moien d’un gentilshomme estranger bien affectionné au service du Roy , au quel il avoit esté constrainct de promectre de non déclarer son nom , que devant toutes choses il entendoit de garder sa foy et son serment. Et ainsy passant oultre, dict qu’estans par tous les Pays Bas grand nombre de sectaires et héréticques , selon qu’il est tout notoire, qu’il s’estoit tant practicqué par aulcuns gentilshommes et seigneurs principaulx , tant naturelz du pays , comme estrangers, qu’ilz ont prests et apperceuz jusques h xxxv mil hommes & chevalet à pied, et que soudain se lèveront et entreront au pays pour le robber et piller (ce qu’aulcuns prétendoient plus que non le
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faict de la religion), sy l’on ne leur octroyé de vivre en liberté de conscience ; à la quelle fin fust résolu d’entr’eulx d’envoyer vers Son Alteze d’es lors à vi ou vii jours, peu plus ou moins, environ mil et cincq cents hommes d’armes. Ces choses ouyespar le comte d’Egmont, il les confirma, disant d’avoir aussy semblable information par gens qui ne vouloient aussy estre cogneuz, et exhiba aussy en ces jours là au conseil la copie de la confédération faicte et jurée entre les dicta gentilshommes et seigneurs.
LXXXV. Entendant ce que dessus Madame la Duchesse fust fort estonnée , et le mectant en délibération, fust dict premièrement par le dict comte de Meghem, parlant ouvertement et sans dissimulation, qu’il n’y avoit aultre remède que l’un des trois : ou de prendre les armes soudainement, ce qu’il voyoit ne se pouvoir faire sans l’ordonnance expresse de Sa Majesté, la quelle arriveroit fort tard, pour estre les choses mal appareillées et les aultres desjà prests et sur pied ; ou de concéder et octroyer ce qu’ilz requéroient, de quoy Sa Majesté ne se contenteroit en façon que ce soit; ou tiercement, d’ad viser un moien pour leur donner contentement sur l’Inquisition et placarts, des quelz ilz se plaindoient le plus, avecq grâce et pardon de la faulte commise en cest endroict. Disoit aussy que pour prendre meilleur conseil en cest endroict de choses tant intricquées, il seroit bon de faire appeller tous les gouverneurs et aulcuns aultres chevaliers , avant que lesdicts gentilshommes arrivent, et que toutesfois Sa Majesté soit advertie de ce que dessus , sans que présentement il soit besoing de faire mention de sa venue ,
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puis qu'icelle viendrait trop tard et sans fruict. Le comte d’Egmont estoit de la mesme opinion , et disoit oultre ce, qu’il avoit bonne espérance que les gentilshommes ne viendraient, si non en nombre de quattre ou cincq cens, et sans armes, et que la demande seroit plus tempérée que non le bruict qui en courrait, avecq beaucoup d’aultres choses servantes à ce propos.
LXXXVI. Aulcuns du conseil, ouyes les choses susdictes, s’esmerveilloient fort, comment il seroit possible , que tant de gens d’armes seraient prests, sans en rien sçavoir, ny par les capitaines des frontières , ny d’aultres, disans aussy, que se monstrans les gouverneurs et chevaliers de la Thoison d'Or uniz avecq un courage valeureux et efforcé, de ne vouloir souffrir aulcun changement ou nouvelleté en la religion, qu’il ne seroit nécessaire d’octroyer aux mauvais leur requeste, ny aussy d’entrer avecq iceulx en aulcun party; mais qu’estans les seigneurs d’entre eulx accords, seraient suffisans pour tous ceulx, qui se vouldroient mouvoir; et que c’estoit comme songe et mocquerie de parler de pardon sans cognoistre les personnes pour qui , ny le dôlicts ou crimes pourquoy.
LXXXVII. Fust semblablement dict en secret h Son Altezc , que se rassemblans tous les seigneurs et gouverneurs, se pourrait facillement conjecturer de quel advis ou opinion serait la plus grande partie ; et l’entendoit icelle fort bien , mais la nécessité la contraignoit de prendre résolution telle que par les comtes d’Egmont et Meghem fust advisé, et de faict le xxix de mars fust ordonné d’escrire à Sa Ma-
jesté tout ce que dessus, et de convocquer tous les gouverneurs et chevaliers : et pour contenter le prince d'Orenge et comte de Hornes , leur furent escriptes trois ou quattre lettres diverses , à ce qu'ilz voulussent retourner au conseil , et estre présens à la diçte assemblée.
LXXXVIII. Et s’examinant en ce temps par aulcuns seigneurs fort à menu les placarts de la religion, disoient, que c’estoit chose intolérable, et la plus desraisonnable du monde, aussy qu’ilz n’estoient d’intention de prendre les armes pour la défense de l’Inquisition ou desdicts placarts, et que ce seroit très facile au cardinal de Granvelle, leur estant ennemy, soubz couleur desdicts placarts, les mectre en péril et danger de leur vies et biens. Se disoit aussy, qu’il estoit requis de donner le dict pardon général, pour entr’ aultres mectre hors de soubçon le dict prince d’Orenges, se redoubtant de l’indignation du Roy, et que devant toutes choses se debvoit faire une réconciliation d’entre Sa Majesté et ses vassaulx.