‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 42 sur 59 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la résolution du Roy sur ledit traicté.

CXII. Ces choses ainsi déduictes et représentées au conseil , le Roy commanda d’assembler tous les dicts seigneurs en sa présence, pour luy en faire la responce, et prendre résolution telle que Sa Majesté verroit convenir. Et premièrement, étant que touche le mal, luy despleut infiniment, que les choses estoient réduictes à ces termes , que nous avons cy dessus déclairé : ordonnant avecq très grande piété pour le premier remède de faire prières et processions publicques par l’évesque et tout le clergé de l’église cathédrale de la cité de Segovia, et par aultres villes et places d’Espaigne, aussy par toutes ses terres et provinces des Pays d’em bas. Déclara semblablement, que son intention n’avoit jamais estéaultre, ny serat, que de traicter ses subjectz etvassaulx par toute voye de doulceur et bénignité, comme de faict il a tousjours démonstré 1 . Davantage quant du re-

* flcieux et possédant de grandes connaissances, mais envieux « et méchant. Le roi, njoute-t-on, lui témoigne de la bonne vo- « lonté, mais no l'emploie pas beaucoup. Aussi n’a-t-il aucune

• autorité et l'on peut dire mémo qu'il est par terre. »

• Comment ne pas se détourner de dégoût, en lisant ces plates adulations îi l'adresse d'un monarque aussi cruel que dissimulé. Il suffit de les signaler pour faire apprécier le caractère de notre auteur.

mède de son allée, déclara et allégua estre de mesme advis dont cy dessus est faict mention, et proposa si en aulcune manière il seroit. possible d’estre ès dict pays devant l’hyver, et quel chemin luy conviendrait prendre, ou celuy de Levant 1 par la mer Océane du Nort, ou celuy du Ponent par la mer Méditerranée. Sur quoy selon qu’auparavant avoit esté traicté très amplement, et par le menu, fust respondu, qu’il estoit impossible d’estre ès Pays d’embas avant l'hyver et que le chemin d’Orient seroit plus brief, mais le plus dangereux, non seulement pour les fortunes de la mer, mais aussy pour les François et Anglois, et des rebelles, si d’adventure s’emparassent de l’isle de Walcheren ; et celuy du Ponant plus long, mais au contraire plus seur, principalement ayant bonne correspondance avecq l’Empereur, auquel seroit bon d’escripre et sçavoir son advis, comme depuis fust faict, escripvant à la Duchesse que Sa Majesté espérait d’estre au Pays Bas de par de là au printemps. Et passant oultre sur les dicts trois poincts fust conclu, par la propre bouche de Sa Majesté ce que s’ensuict.

CXIII. Premièrement, qu’estant l’exercice de la jurisdiction épiscopale establie comme de droict appartient, que Sa Majesté estoit contente que l’autre Inquisition cesserait. Item qu’aultre forme de modération des placarts fust conçeue par delà , tenant

1 Hoppcrus se trompe ici complètement. I.’Océan ouvrait h l'Espagne un chemin vers les Pays-Bas, par l'Occident, et non par l'Orient; pour prendre cette dernière direction, il fallait se diriger vera^l ltalie, d’où on pouvait gagner les Pays-Bas en traversant les Alpes et la Lorraine.

d'hOPPEBUS.

soing que la saincte foy catholique et l’autorité du Roy fust gardée, pour après sans dilation quelconque en estre par Sa Majesté ordonné comme conviendroit, autorisant en oultre Madame la Duchesse, de donner grâce et pardon pour leurs faultes passées aux confédérez seuls, ou aussy aux autres non condamnez selon qu’elle trouvera convenir, et tout cela à condition , que Son Alteze soit préalablement asseurée par les Seigneurs, que moyennant l’accord des dicts trois poincts, iceulx seront contons et s’employèrent en faire tout bon office pour la conservation de la saincte religion et tranquillité de la république. Et quant au surplus, que soient ostées toutes ligues, confédérations, assemblées, presches, scandales , et aultres choses semblables , ou si non, et que les Rebelles se mectent en armes, que Son Alteze se serve des bendes ordinaires et guarnisons pour sa deffence, et qu’aussy en cas de nécessité, elle tienne apperceuz aulcunes gens de guerre aultant que sera de besoing , choisissant pour cbefz et capitaines ceulx qu’elle j ugera les plus à propos, espérant et confiant, que les seigneurs ne lajsseront de faire tout office possible, ausquelz Sa Majesté escripvoit lettres fort gracieuses, et semblablement aux consaulx, aux bonnes villes, et aultres, afin que chascun s’esvertuast de maintenir le tout en repos 'et tranquillité, jusques à sa venue par de là.

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