‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 43 sur 59 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

De l'assemblée des con fédérez à Sainct Tron, et altérations d'Anvers, et auUres villes.

CXIV. Cependant que les choses susdictes passoient, estoit en Bruxelles Lévesque Sarrentin nonce apostolicq envoyé par nostre Sainct Père le Pape pour traicter avecq la Duchesse sur les affaires de la religion , le quel ayant communicqué quelques fois avecq Son Alteze, et entendu la disposition du pays, telle qu’avons dict cy dessus, retourna soudain vers Rome, et ouître ce qu’en ce temps diverses presches et assemblées se faisoient par les sectaires entour do Tournay, Valenchiennes, Lille, Boisleducq, Amsterdam, et ailleurs, croissant de jour en jour, la ville d'Anvers fust réduicte en grandes difficultez, tant pour les presches qui se faisoient en deux langues, francoise et thioise, esquelles se trouvoit une infinité de gens, comme pour les altérations du peuple.

CXV. Premièrement pour la présence du comte de Meghem, qu’ilz tenoient pour ennemy de ces nouvelletez, selon qu’aussy il advient au comte d’Arembergue à Breda'. Secondement, pour la venue du sei-

1 Ces deux seigneurs, les comtes de Meglien et d’Arenberg, se virent en butte, à Anvers et à Bois-le-Duc, aux outrages de la multitude, celle-ci pressentant qu'ils avaient mission de lever des troupes pour comprimer le mouvement. Voyez, à ce sujet, une lettre de Viglius à Hopperus, du 18 juillet 1566.

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gneur de Bréderode, à cause du quel se monstroient les mauvais fort hardiz et eslevez. Pour à quoy poun’eoir les gouverneurs de la ville d’Anvers foirent grande instance à la Duchesse, à ce qu’il luy pleust s’y trouver pour donner ordre aux affaires, mais considérants ceulx du conseil d’Estat, que ce eeroit chose scandaleuse que de souffrir en sa présence les dictes presches, assemblées et aultres scandales, puis qu’il n’y avoit apparence de les en destourber, et que partant Son Alteze différast son allée, lesdicts gouverneurs suppliarent aultre fois, que du moins elle auroit pour aggréable d’envoyer un, deux ou trois des seigneurs et chevaliers principaulx , et signamment le prince d’Orenges , viscomte héréditaire de la ditte ville, et bien voulu par les inhabitans d’icelle.

CXVI. Le quel prince, ores que du commencement il l’eust refusé, selon qu’avons dict, et que non obstant la lettre gratieuse de Sa Majesté il continuoit en son mescontentement, désirant se retirer en sa maison (si comme faisoit aussy le comte d’Egmont), toute fois estant aultre fois requis par Son Alteze, fust content d’aller au dict Anvers, et arrivant à demie lieue près Anvers, luy vint au devant le seigneur de Bréderode avecq quelques gens de cheval, armez de pistoletz, suyvant à pied une grande multitude de peuple, les quelz tous, quand les dicts seigneurs se rencontrarent , deschargeans les aultres leurs pistoletz, criarent à haulte voix, vive les gueux, vite les gueux. Le quel cry se continua quasi jusques à l’entrée de la ville, où que ès portes et sur les murailles y avoit une infinité de gens, crians le

mesme, et aultres choses à la louange dudict prince, l'appelans leur viscomte, vray libérateur, et celuy qui mectroit tel ordre aux affaires par son autorité, qu’il ne seroit plus besoing courrir à Bruxelles à la Duchesse , uvecq beaucoup d’aultres choses semblables, des quelles le dict prince se monstroit fort fâché et mal content. Et estant quant et luy entré, le dict seigneur de Bréderode demeura là celle nuict, mais parta le lendemain.

CX VII. Cependant que cela passoit en Anvers, les confédérez s’assemblarent à Sainct Tron (qui est une ville du pays et diocèse de Liège, appartenant à l’abbé du mesme lieu de Sainct Tron) environ mil et cincq cent ou deux mille chevaulx, peu plus ou moins, y estans présens ledict seigneur de Bréderode, les comtes Louys de Nassou, de Culenburg et de Berguen pour traicter par ensemble, attendu la longueur et dilation du Roy pour se résouldre sur leur requeste, ce que leur donnoit soubçon de desconfiance et mescontentement de Sa Majesté comme ilz disoient. La duchesse voyant cecy, s’advisa par les seigneurs du conseil d'Estat, de requérir les princes d’Orenges et de Gavres , qu’il leur pleust de se là trouver pour communicquer avecq eulx : ce que fust ainsy faict, et après longue communication fust dict, que les confédérez envoyeroient à Bruxelles leurs députez et ambassadeurs pour traicter illecq absolutement. Iceulx arrivez , qui estaient en nombre de douze, des quelz estoit chef le comte Louys de Nassou frère du dict prince d’Orenges, dura la dispute quelques jours, en fin fust conclu, que lesdicts confédérez seroient contens d’attendre la responce

DHOPPKBUS.

de Sa Majesté par l’espace de 24 jours, sans cependant rien innover, et que de ce fust incontinent advertye, selon qu’il fust faict par Son Alteze, disant oultre ce par ses lettres, qu’il n’y auroit plus aultre remède pour donner contentement ausdicts confédérez , et éviter plus grands troubles et scandales, que de joindre les Estats généraulx, et que de cest advis estaient tous les seigneurs et aultres du conseil d’Estat, non pour ce que ce soit bon conseil en soy raesme , ny aussy chose asseurée , et que pour tant les mauvais cesseroient, mais que c’est une chose nécessaire, et la quelle apparentement pourra proufficter aulcunement pour par Sa Majesté ne s’obmecte un seul poinct de ce que peult servir au repos et tranquillité de ses pays.

CXVIII. Le Roy ayant receu lesdictes nouvelles, encor qu’il fust assez résolu, qu’il ne convenoit d’assembler les Estatz généraulx en son absence, ny pour cause de la religion , ny aussy pour son autorité , pour ce que légèrement se pourroit mouvoir quelque nouvelleté, principalement estant ce la chose que les seigneurs ont tousjours tant désiré et eu au cœur, et par dessus ce qu’il se dict n’estre certain si ce remède sera souffisant , de manière qu’il y a plus de craincte et péril de l’un costé, que d’espérance ou prouffict de l’aultre, toutesfois ne voulut encor respondre absolutement, ains le mectant en dilation pour mieulx considérer et penser sur la matière, respondit incontinent à Son Alteze , quelle ne permit aulcunement l’assemblée sans aultre son ordonnance expresse, pour ce que jusques ores il n’avoit peu entendre, que ce fust chose conseillable en façon

quelconcque, mais que pour s'armer petit à petit contre les mauvais et rebelles, que son intention estoit, de retenir trois mil chevaulx allemans, et deux mil piétons soubz les capitaines qu’il dénommeroit, les quelz Son Alteze pourrait faire lever incontinent s’il fust de besoing, ou si non, que du moins ilz fussent retenuz pour deux mois sans le laisser pour si ou pour non ; envoyant à celle fin les deniers nécessaires , tant pour payer les pensionaires allemans, qu’aultrement , et aussy les lettres escriptes aux princes d’Allemaigne , pour leur donner raison et contentement de la retenue desdicts soldats.

CXIX. Et fust en ce temps fort bien noté en présence du Roy, de tenir soing de la ville d’Anvers, et et que ce n’estoit sans grand mystère ce que s’y passoit, selon qu’avons récité cy dessus. Et comme les sectes qui régnoient de l’un part, si comme en Hollande, celles des Anabaptistes, en Anvers s’en retrouvoient trois, à sçavoir des Calvinistes, Anabaptistes et aultres de la confession d’Ausbourg : pour aus quelles rémédier, fust proposé par le prince d’Orenges qu’il n’y avoit aultre remède, que d’user de bénignité et de doulceur, ne permectant le temps présent aulcune rigueur, avecq aultres choses servantes à ce propos. Et est à noter que se trouvant les dicts Pays d’embas ainsy allumez de toutes partz, et que pour quelques remèdes se feirent diverses ordonnances par Son Alteze, principalement contre les estrangers , ceulx de Mons en Haynault , et toute la province d’Arthois et Namur feirent fort bons offices, et tant qu’ilz pcurent pour l’obéyssance du Roy en 1

i On doit lire sans doute et.

d’hoppebus.

la conservation de la vraye religion et saincte foy catholicque.

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