CHAPITRE II
De la deuxième demande que firent les confédérés.
CXX. Estant les choses en tel estât; plusieurs sectaires et hérétiques de toutes parts accoururent aux confédérez, qui estaient (comme dict est) assemblez à Sainct Trond ; lesquelz les receurent en leur sauvegarde et protection, comme estans de leur mesme faction et ligue, pour l’assemblée des Estatz généraulx, que demandoient les uns et les aultres; et se disoit publiquement en ce temps là, selon qu’aussy escriva Son Alteze à Sa Majesté, qu'il n’estoit plus question de consulter et traicter sur les trois poincts de l’Inquisition, modération, et pardon (la relation des quelz n’estoit encore reçeue) comme ne servant plus au propos , et vivant un chascun à son bon plaisir, sans tenir compta, ou se soulcier des placarts et inquisiteurs, et que pis est, se tirans journellement les prisonniers hors les prisons forcablement 1 , mais que seulement on avoit à délibérer sur l'assemblée générale des Estatz, selon la demande des confédérez, qu’ilz avoient présenté les jours passez, qui estait en substance.
CXXI. Que voyant la desconfiance que le Roy «voit d’eulx, seroient constrainets de se pourveoir d’armes et forces estrangères pour leur défense, en
1 C'est-à-dire, de vive force.
une cause tant j uste, comme ilz avoient encommencée pour le service de Sa Majesté et pour les biens de ses Pays d’embas, si ne fust que Sa Majesté eust pour agréable d’oster ceste mesfiance, et de faict leur donner et à tous les aultres de leur communaulté (comme ilz appellent) sa seureté, de la Duchesse, et de tous les seigneurs de la Toyson d’or, ce qu’accordé, seroient contens de faire bon office en tout et partout, et pour ce pouvoir mieulx effectuer et mectre en œuvre demandoient aussy que leur fussent donnez pour assistence les princes d’Orenges, et de Gavre, comte d’Egmont, et lecomtede Homes admirai, pour traicter et consulter, et aultrement avoir recours à eulx , selon l’occurence et exigence des affaires.
CXXII. Et encore que Son Alteze disoit, que ce n’estoit chose certaine qu’ayant Sa Majesté octroyé lesdicts deux poincts, seroit remédié aux maulx, mais au contraire , que c'estoit chose tout asseurée, que les refusant, en moins de trois jours y au rat guerre civile au pays, et manifeste sédition et scandai publicq, et que pourtant 1 luy sembloit , que Sa Majesté les debvoit octroyer, non comme chose bonne, mais comme nécessaire; est à noter qu’en ceste saison, et quasi par tout l’esté, d’un costé (je dy du peuple) la persuasion estoit sy grande , que non seulement la commune, ains aussy les plus sages, doctes et catholicques, et riches, gouverneurs des villes et conseilliers de Sa Majesté avoient opinion que le vray et unicq remède estoit d’oster l'Inquisition et les placarts, assembler les Estatz géné-
1 Le sens de la phrase prouve qu'il faut lire parlant.
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raulx, et illecq forger nouvelles ordonnances sur le faict de la religion ; et de l’aultre costé (je dy ceulx du conseil d’Estat de Sa Majesté, et de ses ministres trèsprudens, fidelz et catholicqz extrêmement), les menaces estoient sy véhémentes , qu’encores qu’ilz entendoient fort bien , qu’il ne convenoit, toutesfoi3 furent constraincts d’estre de mesme advis, et que plus est , de l’escrire et conseiller au Roy par leurs lettres propres , ce que par fois ilz disoient de leur propre mouvement, voyant la très grande nécessité, et parfois par les prières armées des aultres. Mais Sa Majesté cognoissoit et discernoit fort bien ceulx qui ainsy la conseilloient , pour par leur advis et opinion parvenir au but de leur intention.
CXXIII. La duchesse advertissant le Roy de ce qu’avons dict, envoya joinctement la copie d’une lettre qu’un quidam de Tournay, sans mectre son nom, avoit escript au secrétaire du comte Louys de Nassou, afin de tenir la main, que son messager fust incontinent dépesché par ledict comte, et qu’il le voulust advertir du succès de la seconde requeste des confédérez, sans la quelle il n’y avoit apparence d’exécuter sa charge à Tournay.
CXXIV. Le Roy ayant receu ces nouvelles , après avoir consulté sur icelles avecq ceux de son conseil en fort grande diligence et solicitude, respondit incontinent, qu’estant sa détermination veue sur les trois poincts de l’Inquisition, modération, et pardon, il espéroit fort, qu’icelle donneroit grand contentement, tant au peuple et aux confédérez, qu’aux seigneurs, les quelz il confioit, que sans doubte nulle ilz satisferoient à leur obligation, et que laissant tout
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cela, se remectroient facillement en bon ordre, en paix et repos. Et au regard de la seureté demandée par les confédérez, qu’il ne convenoit à Sa Majesté de l’octroyer uy donner, nyaussy à Son Alteze, et ceulxde l’ordre de la Toison d’or, avecq le surplus qu’a ce respect se demande ; mais qu’au lieu de ladicte seureté, Son Alteze pourra user dudict pardon en tout ou en partie, selon qu’elle trouvera convenir. Disant d’avantage, que quant à l’assemblée des Estatz généraulx du Pays Bas, qu’il n’y a matière de changer ce que dernièrement a esté escript, de ne les convocquer, ny assembler en aulcune manière, mais comme Sa Majesté a mandé aultre fois, que pour la défence du pays elle désire de retenir en sa solde aulcuns chevaulx et régimens allemans, et aussy payer aux pensionaires , toutesfois ayant présentement plus pensé en la matière , qu’il avoit considéré , et estoit son intention absolute, qu’ilz fussent payez entièrement pour les rendre plus contens et plus affectionnez à son service.