‹ Mémoires de Viglius et d'Hopperus sur le commencement des troubles des Pays-Bas avec notices et annotationsChapitre 46 sur 59 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les remèdes que l'on usa contre lesdides calamites.

CXXVIII. La Duchesse voyant les choses qui passoient, et les menaces dont l’on usoit, fust en grande craincte de sa personne; et tant plus que la plus part des seigneurs et chevaliers qui estoient autour d’elle, monstroient assez ouvertement, qu’ilz ne vou-

* La Plaigne, Tillage près de Tournai.

* Voyez les Mémoires de Fery de Qnyon. p. 149.

loient faire grand service, sans la résolution de l’assemblée des Estât/, du Pays Bas. Desorte que en tout cela se délibéra de partir un jour de bon matin, vers Mons en Haynault, ville très forte et catholicque comme nous avons dict, pour se mectre illecq en sauveté, ce que communicquant sur le tard aux seigneurs et aultres du conseil d’Estat, fust dict, que ce conseil n’estoit bon, ains donneroit occasion de plus grande hardiesse aux meschants, et de plus grand désespoir aux bons. Et comme cependant que ceste communication dura, ceulx de la ville de Bruxelles se trouvassent chez Son Alteze, supplians très humblement, qu’il luy pleust de ne sortir de la ville, alléguans beaucoup de raisons servantes à ce propos, fust enfin constraincte de demeurer illecq, non pas tant de sa propre volunté, que par fuerça, à cause de la guarde mise à toutes les portes pour empescher son partement , si d’adventure elle voulust sortir, et ainsy y demeurant comme prisonnière (selon quelle escripvoit par ses lettres à Sa Majesté) 1 commença à traicter avecq lesdicts seigneurs sur les affaires tant confuz et extrêmes.

CXXIX. Et de faict proposa trois choses en délibération : la première, en quelle manière se pourroit exécuter et mectre en œuvre pour les services de Dieu et de Sa Majesté et le bien de la républicque, la résolution de Sa Majesté sur lesdicts trois poincts, jà veux et leuz au conseil d’Estat : l’autre, quelle chose se' pourroit résouldre sur les deux demandes

1 On trouvera de plus longs détails sur ces événements dont la Source et le commencement des troubles. Voyez plus haut, p. 187.

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dernières des confédérez , pour leur oster tout scrupule de desconfiance, et conséquemment les réduire à la dévotion et service de Sa Majesté ; et la troisiesme, par quel moien se pourra remédier aux sectes et hérésies tant esparses et semées , et semblablement aux tumultes et scandales tant présens qu’à venir.

CXXX. Sur les quelz trois poincts encor qu'on ne trouve qu’ainsy distinctement soit esté délibéré, considérant néantmoins toutes les résolutions joinctement prinses en ce temps là par la duchesse , après longue consulte et délibération euë avecq les dicts seigneurs et aultres du conseil d’Estat , se pourrait pour plus grand esclaircissement applicquer ausdicts poincts en la manière suyvante :

CXXXI. Premièrement entant que touche les poincts de l’Inquisition, modération des placarts, et pardon général, que fust dict, que Sa Majesté ayant osté la dicte Inquisition , avoit satisfaict à la demande des seigneurs confédérez , en conformité de l’advis des seigneurs en tout et par tout. Mais sur la modération des placarts fust dict, encor que tacitement il pourrait sembler que Sa Majesté avoit osté et annullé les anciens, ayant ordonné de concepvoir de nouveaux, et qu’ainsy estoit satisfaict à l’autre , demande des confédérez , qui vouloient avoir ostez les dicts placarts; toutesfois attendu qu’il n’estoit satisfaict à la troiziesme pétition d’iceulx confédérez, la quelle estoit de renouveller les placarts par advis des Estatz généraulx , que c’estoit en effect rien ce que Sa Majesté avoit accordé , et ne servoit aussy à ce propos de concepvoir et faire aulcune modéra-

tion, attendu que l’on ny obéyroit, en le temps tant changé durant la dilation de Sa Majesté, jaçoit que les causes et raisons alléguées par les lettres de Sa Majesté estaient véritables : disant plus oultre sur le pardon , que devant toutes choses iceluy se debvoit octroyer aux confédérez pour leur donner contentement, ce que fust faictz en la manière et forme que dirons cy après.

CXXXII. Quant à ce que touche le second poinct de3 confédérez, deux choses furent résolues, l’une concernant la première demande , et l’autre les dernières : la première touchoit, que par tous les seigneurs fust dict unanimement, que pour donner contentement aux confédérez, ensemble à tout le peuple, estant plus que la moictié infectée des sectes et hérésies , et ne criant aultre chose , qu’après les Estatz généraulx, c’estoit force de les assembler, ce qu’aulcuns disoient se debvoir incontinent faire pour eschapper plus grande scandale et péril ; mais la duchesse ne le vouloit consentir, tenant le commandement du Roy tant exprès au contraire, et de craincte que par icelle assemblée ne se concéda une liberté de religion; mais qu’il en falloit advertir Sa Majesté, et attendre la résolution : disant toutesfois par une sienne lettre à Sa Majesté que c’estoit force et nécessité inévitable de venir h la dicte assemblée , comme moindre mal que de tout perdre, avecq beaucoup de raisons déduictes au long à ce propos.

CXXXIII. Les dernières demandes des dicts confédérez estaient, que par accord des seigneurs et aultres du conseil, leur fust donné pardon général.

d’hoppbkus.

non par forme de grâce (pour ce qu'ilz ne la vouloient, disans estre plus dignes de récompense pour leurs bons offices que non aultrement), mais par forme d’asseurance , au regard des choses passées, et que dois là en avant demeureroient bons etloyaulx vassaulx de SaMajesté, et qu’aussy comme l’Inquisition se déclairoit ostée, et que se debvoient faire nouveaux placarts, et que par adventure Sa Majesté consentiroit, que ce fust par advis des Estatz généraulx, qui seroient obligez de non seulement appaiser le peuple présentement tant esmeu , mais aussy l’induire à se soubmectre à l’auctorité de Sa Majesté avecq ses Estatz généraulx : ce qu’ainsy par eulx fust promis, saulf qu’ilz ne vouloient dire ny promectre d’estre bons catholicques , ny qu’aussy leur alliance seroit ostée et assopie entièrement, mais seulement jusques à ce que la dicte seureté leur seroit gardée.

CXXXI V. Et furent de la dicte seureté faicts deux instrumens, l’un de la part de Son Alteze, et l’autre de la part des seigneurs et gentilshommes confédérés, par forme de renversaulx 1 , qui furent signez et jurez le xxv d’aougst ès mains des princes d’Orenges et de Gavres , du comte de Homes, seigneur de Hachicourt, et conseillier d’Assonville, à ce députez par Son Alteze; par Louys comte de Nassou, Eustace de Fiennes seigneur d’Esquerdes, Charles de Rouelles seigneur d’Audrenyes, Bernard de Mérode seigneur de Rumen, Charles van der Noot seigneur de Risoir, George de Montegny seigneur de Noyelles, Martin

' Uenversnulx, pour reversai!*, lettres réversales.

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