DE V1GL1US
Roi les causes de l’affaiblissement de la tranquillité publique, signes manifestes d’une destruction prochaine, qu’il fallait non-seulement mettre devant les yeux, mais persuader aux esprits. Ce fut Armeuteros que l’on jugea le plus propre à remplir cette mission : d’abord, à ce que l’on supposa, il devait en sa qualité d’Espagnol inspirer au Roi une plus grande confiance; ensuite, en raison de ses longs services en Italie, il était employé par la gouvernante dans les affaires les plus difficiles et les plus secrètes, de préférence à qui que ce fût, le seul Granvelle excepté. Il accomplit sa mission de telle manière qu’au bout de quelques jours le cardinal fit répandre le bruit de son départ du conseil et de Bruxelles, en donnant pour prétexte à son absence qu’il devait , pour des causes très-urgentes, aller voir sa mère, déjà fort avancée en âge, et soirfrère Chantonnay' , qui venait de revenir en Bourgogne, de retour de son ambassade en France*.
XXVI. Cet événement causa une vive satisfaction, non-seulement à la noblesse et au peuple, qui l’un et l’autre haïssaient le cardinal, mais aussi à toute la cour de la gouvernante, et surtout à Armenterosb Ce dernier, par suite de l’éloignement de Granvelle,
position insoutenable : « Au haWme du fils du comte de Mansfeld. où ils s’estoient assemblez en grand nombre, ils firent une mascarade, où un homme babillé en cardinal estoit chassé par un diable, avec des queues de renard. Le cardinal ne fit que d'en rire, mais le Roy n'y entendit point de raillerie. » [Mémoire* de Granvelle, t. xn, p. 262, cités dans le ms. n° 16,371, fol. 43.)
* Tomas de Armcnteros était secrétaire particulier de la gouvernante.
“fl
magistratus, cunctasque pwfecturas, diatributum collatumque iri, providebat. Qua iu re qui et ille et ceteri post sese gesserint ut nemo animadvertisset, ipse tamen eventus satis declaravit , qui passim omues docebat niliil non in aula venurn exponi, et ei qui plurimi licitatus fuisset addici 1 . Neque præfectura* tantum et inaximæ et minimæ, omniaque publica munera qualiacunque essent, ad hune modum distrahebantur, sed sortes etiam publicas quos Lotarias Germanico nomine vocamus, vilissimo cuique institori tanta impudentia vendi vidisses , ut collatitium æs in eas a populo expensum, cujus magnam partem Armenterio decidi oportebat, regum superaret thesauros. Et lue quidem aliieque similes componandœ reipublicæ artes post Granvellani discessum privatorum hominum vanissima plerumque
• Le greffier de Béthune, Le Petit, dans son Histoire des Pays ■ Sas, depuis l'an 1560 jusques h la fin de l'an 1602, renvoie à Granvelle et il Yiglius l’accusation de corruption que ce dernier dirige eontro Armenteros et les seigneurs belges de la cour de la gouvernante. Ses récits, bien que mélés de quelques erreurs et certainement entachés de passion et de partialité, ne doivent pas être dédaignés. Il no nous est plus possible, par suite d'une meilleure connaissance des documents contemporains, de considérer comme des calomnies les reproches que Le Petit adresse à Viglius. Ce dernier constitue l'égoïste type de son époque, le digne héritier de ces magistrats concussionnaires qui entouraient Charles le Téméraire et de ceux qui, plus tard, au commencement du règne de Charles-Quint , soulevèrent l’Espagne contre leurs exactions. Morillon, l'agent de Granvelle, ce savant ecclésiastique qui était parvenu à posséder il la fois deux p révélés et une quarantaine d'nutres prébendes, reçoit également une part bien méritée de reproches.
« Comme aucune fois, dit Le Petit, quand quelque abbaye ou • gras prieuré estoit vaquant, il (Granvelle) envoyoit comissaires « do par le Roy pour entrevenir à l’élection, afin (disoit-il) que
DK VÎULIUS.
se voyait déjà dominant dans tous les conseils et distribuant à son gré les bénéfices, les magistratures et les gouvernements. Personne n'avait prévu comment lui et les autres se conduiraient, mais on eut bientôt occasion de l’apprendre : tout, à la cour, fut vendu au plus offrant ; c’était au plus rude solliciteur que l’on accordait le plus' . Et non-seulement les gouvernements grands et petits, et tous les emplois publics, de quelque nature qu’ils fussent, se distribuaient de cette manière, mais on voyait adjuger au plus vil regrattier ces tirages au sort appelés en allemand loteries, et cela avec tant de prodigalité, que l’argent amassé de la sorte aux dépens du peuple, et dont une grande part devenait la proie d’Armenteros, surpassait la valeur des trésors des rois. Au moyen de ces procédés, bons à épuiser l’État, on dissipa les richesses des particuliers qui, poussés par
« tout se flst par ordre. Là trouvoit-il Morillon pour courrntier « (ou courtier) des présens. Si celui-la voyoit que le futur abbé « ou prieur n'ouvrist pas la bourse tant qu'elle se pou voit esten- « dre, il n'estoit agréable, et luy mettoit-on un compétiteur en « barbe. Lors il prenoit à deux mains : couppes, chaînes d'or (je « me tay do ce que ces présens se répartissoyent entre le cardi- « nal, Viglius et Morillon), escus, ducats, et tout comptons, car « les promesses n’y servoyent de rien. (Édit. 1604, p. 29-30).
« Le gain et les dépouilles des misérables poursuivons (c'est-à- « dire de ceux qui sollicitaient un emploi) se partissoyent égale- « ment, au rapport du registre qu'en tenoit le seigneur croche- « teur Morillon : les estats , offices et récompenses , bref tout « estoit renvouyé par le cardinal à Viglius; aussi n'y avoit-il « chose qu'il ne fit selon que le cardinal le lui commandoit... (Pag 24.)
Dans l'œuvre de Le Petit, pleine de hninc et de fiel, on retrouve les sentiments d’exécration que les partisans de la réforme avaient voués à Granvelleet à Viglius, et surtout au premier de ces personnages influents.
spe sortes ementiura opes dissipabantur, et quanto quisque pluris munus nliquod publicum sibi comparasse^ tanto avarius et impudentius in eo lucrum exercebat.
XXVII. Profectus est Rruxellis cardinalis ad finem Martiiannisexngesimiquinti',et ad idem terapus litteræ a rege ad proceres nullis consilii publici negociis jam pridem interesse dignatos date sunt, quibus ostendit sese cnpere ut rttrsus senatum fréquentent, et quod ad cardiualem attineret, quoniam necdum quicquam certi criminis manifestassent sese arnplius cogitaturum. Idem rogat Gubernatrix nec efficere tamen principio potuit, licet plurimum urgeret, Viglio etiain præsente, ut primarii eorum, in quibus princeps Orangius et cornes Hornanus erant, propositi sui deponerent obstinationem. Verum cum pluribus rationibus instare non cessaret, ægre tandem eos de pertinacia dimovit, obtento illorum quidem ut rursus ad senatum itarent consensu, sed ea addita conditione, ut si cardinalis ad eum revertatur, liceat absentiam suam iterare. Reversi ad consilium, munere suo diligentissime funguntur, et summam humanitatem omnibus quibuscum publica negotia tractabant ostendunt, crebris conviviis* et colloquiis regionum singularum et civitatum procuratores sibi quam possentarctissimedevincientes’.
1 Erreur : il faut lire 1563-1564-
Le cardinnl de Granvelle partit de Bruxelles , le 13 mars , accompagné de ses frères Thomas, seigneur de Chantonnay, et Charles, seigneur do Charaplitte. 11 se rendit en Franche-Comté par Namur et le Luxembourg. Yiglius so nourrit longtemps, mais sanssuecèR.dc respoirdevoirrevenirson ancien protecteur.
s Notre auteur fait ici allusion aux repas <iue les grands seigneurs offrirent aux députés des provinces D'Orange, entémoi-