MÉM0IB
XXVIII. Rescribunt item régi ad sextum calendas aprilis, lubenter se ad senatum redire quando intellegerent et sic ipsi placere et cardinalem in Burgundiarn abire, addentes pluribus se cum Gubernatriee super eodem re egisse, nec unquam fore ut quisquara majore fide quam ipsi serviisse deprehendatur, atque idcirco rogare ut omnem suspitionem si quam de maligno cujus pravi relatu concepisset deponat, uti euin facturum esse confidant, freti cum aliis, tuin eo maxime quod Armenterio in mandatis dedisset, ut Claris verbis explicaret quam benigno animo erga suos esset, ac quam omnibus rebus sibi satisfactum esse existimaret 1 . Dédit et princeps Orangius eadem die sigillatim litteras quibus ut idem fere significavit, ita et illud adjecitvehementer se cupere ut quod Armenterium referre jussisset, id epistola quoque sua firmare dignaretur, quo securiori esse liceret regem adversariorum calumniis fidem non habere, orare se præterea ut régi Gallorum principatum suum Orangium per legatum suum commendaret propterea quod in periculo versaretur, nec alia id quidem de caussa quam quod ipse catholicam in eo religionem contra hæreticorum insidias atque vim conservare omnibus modis niteretur*.
XXIX. Eis litteris rex ad nonam diem Kalendas Maïas' itarespondit, ut diceretlubentissime se quidem quod Armenterio dicendum mandarat, id suo etiam scripto confirmare, verum tamen eum injurium esse
dance de Guillaume le Taciturne , publiée par M. Gachard, 1. c.. p. 67. Elle est du 19 février 1563-li>4.
1 Hopperus, § xxi. Correspondance citée, p.71.
r»K VIOLIUS.
XXVIII. Dans leur réponse au Roi, qui est datée du 27 mars, ils protestèrent d’être volontiers revenus au conseil dès l’instant où ils avaient appris que ce retour pouvait lui être agréable, et que Granvelle s’en allait en Bourgogne ; ils avaient eu, à ce sujet, ajoutaient-ils, plusieurs entrevues avec la gouvernante, et personne, il pouvait en être assuré, ne le servirait avec plus de fidélité qu’eux. Ils lui demandaient d’écarter tout soupçon que des rapports perfides auraient pu lui inspirer , et ils disaient y compter d’autant plus, qu’ils avaient appris par Armenteros à quel point le Roi était bien disposé à leur égard et combien il voulait remédier à tout'. Le même jour, le prince d’Orange adressa au monarque une lettre particulière. Il s’y exprimait à peu près de la même manière, et y demandait de plus, avec insistance, que le Roi confirmât par écrit ce qu’Armenteros avait rapporté en son nom; de la sorte il serait certain que le Roi refusait toute confiance à ses ennemis. Il pria également Philippe II de recommander au Roi des Français, par l’intermédiaire de son envoyé, la principauté d’Orange, qui se trouvait alors en danger; il voulait, disait-il, y maintenir par tous les moyens la religion catholique contre les embûches et les violences des hérétiques*.
XXIX. La réponse du Roi porte la date du 23 avril*. Il confirmait volontiers par écrit ce qu’il avait ordonné à Arinenteros d’annoncer. Il considérait cependant cela comme injurieux et pour ceux que le prince accusait de crimes supposés, et pour lui-
1 Correspnndance eitée, p. 73.
cum illis quos suspectos de confictis contra se criminibus haberet, tum ipsi etiam régi quem tam nihili hominem et tain levem putaret , ut illis aurem pra?bere velit atque credat qui tantum virum quantum eum semper habuisset de malæ fidei nota traducere tentarent. Quœ pnrterea ad eandem suam sinceritatem atque candorem testificandum spectent, ea litteris ad Egmondanum et Hornanum datis se satis aperuisse, a quibus si quid ulterius scire desideret, petere possit. De Orangio vero principatu negotium suo iterum legato suo, quem apud Gallum mandaturum
XXX. Rebus ad hune modum a rege pacatis, incredibile est quantum et vulgus hominum et nobiles posuerunt in Burgundico cardinalis recessu, quo remoto, spes certa plerisque omnibus affulgebat, inquisitionis, quam ab eo solo urgeri putabant, nullam deinde fore mentionem, et episcopatus recens constitutos, vel vacillaturos ac tandem abolendos, vel certe abbatiarum possessionibus depulsum iri.
XXXI. Intérim principes sagittarum fasciculis insigniti, % r oti sui compotes facti, paulatim magis atque magis rebus suis promovendis instare, quo tandem sumraam rerum omnium ad se trahant potestatem, ad quam non clientibus modo regionum et civitatum, quos sibi omni officiorum genere conciliabant, nitebantur, sed novam etiam reipublicœ machinam admovebant solicite agtint ut senatus suus, vulgo consilium status nominatus, ita ac primas ferret, ac quæ in aliis consiliis acta, decisaque
1 Hopperus, § xxn, La lettre du Roi dons la Correspondance
DK VIGLIUB.
même. Était-il assez nul et assez léger pour prêter l’oreille aux conseillers qui auraient essayé de faire suspecter la fidélité d’un homme tel que le prince? Pour prouver sa sincérité et sa bonne foi, il suffisait d’ouvnr ses lettres à Egmont et à de Hornes, à qui d’Orange pouvait s’adresser, s’il désirait en savoir davantage. Pour ce qui concernait la principauté, il promettait de confier de nouveau cette négociation à son envoyé en France 1 .
XXX. Lorsque le Eoi eut ainsi apaisé le mécontentement, la multitude et la noblesse attachèrent une importance incroyable au départ du cardinal. A la suite de son éloignement apparut l’espoir certain de voir tomber en oubli l’inquisition, dont lui seul, selon l'opinion générale, avait voulu l’établissement ; on espéra voir vaciller et enfin disparaître l’institution des nouveaux évêchés, ou du moins le morcellement des biens des abbayes.
XXXI. Dans l’entretemps, les princes aux faisceaux de flèche, ayant obtenu l’objet de leurs vœux, s’efforcèrent d'envahir peu à peu toute l’autorité. Non-seulement ils se firent appuyer par les vassaux des provinces et des cités, qu’ils se concilièrent par de bons offices de toute espèce, mais ils employèrent dans ce but toute la nouvelle organisation du pays. Ils travaillèrent énergiquement pour faire donner la supériorité à leur conseil, que l’on appelle
citée, p. 76 ; où se trouve aussi, p. 77, une autre lettre de Philippe Il au prince, datée du même jour.
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fuissent, ea, nec ante rata essent, nec sententiæ firmitatem habere censerentur, quam a senatu ipsorum essent comprobata. Ad hoc consequendum tara diligenter invigilabant, ut plurima negotia, vel ad privatarum rerum consilium, vel ad illud quod fisci et ærarii rationibus præest pertinentia, ad suum pertraherent senatum, contra prorsus ac ordinaria juris dicendi formula et ratio gubernandi a rege jamjam discessuro constituta, postularet. Ea rectissima via erat et perquam compendiosa , qua ad paucorum arbitrium ac potestatem rerum sumina perveniret'. Hanc dum omni studio, artificioque muniunt, rationibus que multis demonstrant duo reliqua consilia senatui [«ici et bello pnesidenti subesse, eo quod ad hæc duo rerum généra cetera omnia negotia referuntur, eo brevi aspirarunt, ut nihil fere a civitatilms cum Gubernatrice in privato consilio ngeretur, scid ad ipso» ceu solos rerum dominos omnia tralieren-
tur, quo fiebat ut non magna tantum confusio et rémora sequeretur, sed sumtus etiam immensa caperent incrementa, dum civitatum procuratores multo diutiusquam antea, dum suaquisque tractaret sona-
tus, Bruxellis gravi impensa hœrere cogerentur. Hinc mox cetera consilia, dum nihil agunt, nihil
' Ce mouvement de l'aristocratie belge s'explique parfaitement ; il résultait de ln situation même. Le souverain était éloigné; il avilit, en quelque sorte, répudié son origine belge, so considérant avant tout comme roi d’Espagne et de* Indes. Son autorité, déléguée à une femme que son alliance avec un prince italien avait rendue étrangère au pays, et k un ministre également étranger, n'avait plus des racines suffisantes dans le sol, pour trouver obéissance absolue, aide et appui dans les populations de nos contrées. Les seigneurs, au contraire, toujours présents sur le sol natal, entourés d'une nombreuse clientelle, pro-
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d’habitude le conseil d’État ; ils auraient voulu que son approbation fût requise pour les affaires qui étaient traitées et décidées dans les autres corps de l’État et qui dorénavant n’auraient été considérées comme sanctionnées, ni mises à exécution qu’après lui avoir été soumises. Ils agirent si adroitement dans ce but qu’ils attirèrent à leur corps la décision de la plupart des affaires qui ressortissaient soit au conseil privé, soit à celui des domaines et finances, contrairement aux usages ordinaires et à l’ordre établi par le Roi lors de son départ. C’était le moyen le plus certain et le plus facile de tout abandonner à la volonté et à la puissance de quelques-uns 1 . En s’affermissant ainsi par tous les moyens possibles, ils essayaient de prouver que les deux autres conseils devaient être soumis à celui qui dirigeait la paix et la guerre, toutes les autres affaires se rapportant à l’une de ces deux branches du gouvernement. Ils parvinrent à s’attribuer, comme les seuls dominateurs, la connaissance de tout ce qui se négociait entre les communes et la gouvernante, par les soins du conseil privé. De là naquit, non-seulement une immense confusion et des difficultés sans nombre, mais encore la source de dépenses considérables, les
priétaire8 d'immenses et de riches domaines, gouverneurs des provinces et des villes principales du pays, unis entre eux par deR liens adroitement noués, acquéraient chaque jour une Influence plus grande et voyaient leur puissance s'accroître, en raison de l'affaiblissement du pouvoir royal, suite inévitable de l'éloignement du monarque. Dans une situation pareille, Il était presque impossible que l'aristocratie belge ne cherchât pas à affermir et à faire consacrer par le droit, le pouvoir de fhit dont elle était en possession.
possunt, despicatui habentur, judiciorum auctoritas labescit'.
XXXII. Soli principes sagittarum fœdere conjuncti, suo nutu omnia gubernant, quorum cum plurimi gravi ære alieno premerentur, ingens damnum creditoribus allatum , propterea quod licet ad solvendum essent condemnati, fustes tamen haberent quam summam paratiores. Cujus rei exempla, niai abominanda potius quam referenda judicarem, nonnulla adferre possem‘. Porro uthœc obæratorumnobilium licentia in mercatores et cives grassabatur, ita demum eo evecta est procerum audacia, ut quoniam se in judiciis omnibus velper* vel per suos dominari vidèrent, contra regem quoque lites jam pridem sepultas suscitarunt, et inter alias de Castro Bellino, de Machlinia, de Salins in Burghundia, de piscatione ad D. Gertrudis Bergum, de opidis Gorcomo et Worcomo, de moneta ditionis Leusensis, ut alias silentio transeamus*.
XXXIII. Dum ad hune modum proceres suis potius commodis quam publicæ saluti inserviunt,
* Hopperue, § xxm.
* Il s'agpt de violences que le comte de Mansfeld exerça sur un huisBier du conseil de Malines, qui venait lui notifier une sentence. Mais Mansfeld étant plus tard rentré au bercail, on tait ici son nom. Le comte de Montigny se trouvait aussi dans
DK VIOLIUS.
villes étant obligées de faire séjourner leurs députés à Bruxelles, à grands frais, et perdant beaucoup plus de temps que lorsque chaque conseil expédiait ses affairas particulières. Les deux conseils ne s’occupant de rien, ne pouvant rien, tombèrent bientôt dans la déconsidération, et l’autorité des lois s'affaiblit singulièrement '.
XXXII. Seuls, les princes réunis par l’alliance des flèches, dirigeaient tout à leur gré, et comme la plupart d’entre eux étaient accablés de dettes, leurs créanciers eurent beaucoup à en souffrir. Quoique condamnés, ils se montraient disposés à payer à coups de bâton plutôt qu’avec de l'argent. Je pourrais en rapporter plusieurs exemples, s’il ne valait mieux les flétrir que les citer’. Tandis que les nobles obérés poussaient à ce point l’arrogance à l’égard des marchands et des bourgeois, ils portèrent aussi l’audace jusqu’à s’ingérer, soit par eux-mêmes, soit par leurs agents, dans tous les procès; ils renouvelèrent contre le roi des contestations que l’on avait jadis assoupies, telles que celles concernant Chàteau- Bellin, Malines, Salins en Bourgogne, la pêcherie de Ste-Gertruidenberg, les villes de Gorcum et de Workum, la monnaie de la seigneurie de Leuze et d’autres que nous passerons sous silence*.
XXXIII. Pendant qu’ils songeaient ainsi plutôt à leur profit qu’au salut public, le désordre envahissait insensiblement tout ce qui concernait la religion et
des embarras pécuniaires ; il devait des sommes considérables à des habitants de Tournai. (Papiers d'État de Graneelle, t. vu, p. 2«1.)
* Il faut ajouter ici le mot se.
1 Hopperus, § xxiv.
oinnia paulatim et in religione et in jure dicundo perturbantur. Qua re animadversa visum est ut deliberaretur, hinc qui heretieorum in dies crescentium multitudini obsisti, hinc qua via et rntione judiciorum corruptela tolli et ærarii ac fisci rationes accuratiores habere possent. De religione quaravis nb aliis alia in medium adferrentur, in ea tamen proceres descenderunt sententiam, ut edictis contra Hæreses publicatis nonnihil rigoris decideretur, eo quod summum illud jus præsenti rerum statui minime convenire judicarent. Compertum enim esse quanto plures occidantur, liœretici tanto plures exoriri, et idcirco liac via irritari, non corrigi et emendari animorum perversitatem. Qua quidem in re enm debere rectam censeri rationem qua in illis quæ suæ quisque domi citra offensam proximorum ageret, dissimularetur, nec ulterius inquisitio procederet qtiam publica et manifesta delicta postularent. Huic remissioni si accederet potestas sub utraque specie communicandi, sectarum Belgio et inferiori Germaniæ irrepentimn studia fortasse cessaturum. Quod ad juris dicendi et pecunire publicæ rationes pertineret, nullum præsentem remedium reperiri,
1 La princesse d'Orange, d'tant lutliéricnnp, n'nvait consenti à épouser Guillaume de Nassau qu'il la condition de conserver aux Pays-Bas le libre exercice de sa religion, et elle avait amené à Bruxelles un ministre, qui prêchait publiquement dans son bétel (le Musée actuel). Un grand nombre de nobles et de gens du peuple assistaient à ces prêches, Granvello en montra un vif mécontentement, et déclara au prince que la tolérance dont on usait à l'égard de sa femme ne devait pas s'étendre à d'autres qu'aux gens de sa maison. Ile là, dit Dinothua [De bello Belgica, t. i, p. 3), la haine qui divisa bien têt ces deux personnages. Une tolérance des assemblées de cette nature, eut certainement favorisé
DE Y1GLIU8.
la justice. On se détermina alors h mettre en discussion les moyens qui pourraient, d’une part, arrêter le développement continuel de l’hérésie, et, d’autre part, empêcher la vénalité dans les jugements et améliorer la tenue des comptes du domaine et des finances. Pour ce qui concernait la religion, et bien que quelques-uns eussent proposé d’autres remèdes, les nobles furent d’avis de mitiger la rigueur des édits publiés contre les hérésies , dont l’extrême sévérité leur paraissait inconciliable avec l’état des esprits. En effet, plus on tuait d’hérétiques, plus il en surgissait, et, de cette manière, la perversité des idées s’aggravait plutôt qu’elle ne se corrigeait ou s'amendait. Les nobles jugèrent convenable de fermer les yeux sur ce que chacuu ferait chez lui, sans offenser ses voisins, et de ne soumettre à l’inquisition que les délits publics et manifestes 1 . Si à ces concessions on ajoutait l’autorisation de communier sous les deux espèces, on parviendrait peut-être à arrêter les progrès des sectes qui envahissaient la Belgique et la Basse Germanie. Pour l’administration de la justice et la reddition des comptes publics, ils ne trouvèrent qu’un seul expédient : le conseil d’État, renforcé de quelques nobles et augmenté de dix ou
les développements du protestantisme, dont les adhérents no pouvaient alors se réunir que dans deB lieux secrets on écartés. Mais, à l'époque dont parle Dinothus, elle n'était pas admissible. Ni Marguerite de Parme, ni Granvelle n'auraient toléré une violation aussi flagrante des lois do l’Église; d'ailleurs Guillauma lui-méme avait promis, lors do son mariage, de faire tous ses efforts pour convertir sa femme k la foi catholique. Cette tliéso est bien défendue dans un travail do M. l'archiviste Bakhuizen Van don Brink, intitulé II et h utrel.i/k van Willem van Oranje en Anna van Saxon. Amsterdam, J. Muller, 1853. in-8".
quam si in senatum suum plures e primariis cooptarentur, qui si denario vel duudenario principum viroruin numéro auctus, duobus reliquis consiliis præsideret, nihil amplius in hac republicæ parte quenquam desideraturum.
XXXIV. Hæc et id genus alia eodem tendentia non inter se modo et apud alios consiliarios disserebant, sedipsietiam gubernatrici privatim persuadere laborabant, quæ quibus animis essent et quo religionem ac potestatem suam deducere niterentur bene clare cernens, forinidine majorum eo est compulsa ut omnem rem toti senatui discutiendam proponeret, addens sibi necessarium videri ut quisquam in Hispaniam mitteretur ad omnia sigillatim régi explicanda. Ejus consultationis talis fuit successus ut consiliariis ceteris qui fœdere non tenebantur visum sit hœreticorum vim nihil metuendam , si remedia legibus sancita bene diligenterque adhiberentur. Nec rectis jurisdicendi rationibus quicquam defuturum, si proceres judiciis pro ac deberent obtemperarent, ne reliquos exemplis suis non provocarent ad omnem ordinariam jurisdictionem contemnendam. Jam ærariuin et fiscum nulla eorum culpa qui ei præsunt exhaustum esse, sed publicam egestatemdiuturnis et maximis bellis imputandam, nec huic inopiæ aliud subsidium auxiliumque inveniri, quam si rex vel ex Hispaniamagnam pecuniæ vim transmittat, vel præsens Belgas et Germanos suos adducat communi ut succurant necessitati, quod apud eos nullis adhuc precibus potuisset obtineri. Nulla igitur legum con-
1 Hoppcros, § xxv à xxvn.
DE VIGLIUS.
douze d’entre eux, auroit dirigé les deux autres corps de l’État, ce qui ferait cesser tout motif de plainte 1 .
XXXIV. Les nobles ne se contentèrent pas de discuter ces réformes et d’autres du môme genre entre euxet avec lesautres conseillers, ils s’efforcaient, dans des entretiens secrets, d’en persuader l’adoption à la gouvernante. Celle-ci , bien qu’elle s’aperçut de leurs projets et de la direction qu’ils voulaient faire prendre aux affaires religieuses et à leur propre puissance, fut cependant forcée de demander à ce sujet l'avis du conseil. Elle ajouta qu’il lui paraissait nécessaire d’envoyer en Espagne un député chargé d’exposer le tout au roi, en détail. Le résultat des délibérations persuada aux conseillers qui n’étaient pas liés par leur union avec les autres, qu’on n’avait rien à craindre des forces des hérétiques, si l’on appliquait avec soin et avec diligence les lois en vigueur. L’administration de Injustice ne laisserait rien à désirer, si les nobles obtempéraient comme ils le devaient aux jugements portés contre eux, et ne provoquaient par leur exemple les sujets à mépriser toute juridiction ordinaire. Si les finances et les domaines étaient épuisés, ce n’était nullement la faute de ceux qui en avaient la surveillance ; la pauvreté de l’État provenait de grandes et longues guerres , et elle ne pouvait être soulagée que par le roi, au moyen de l’envoi de fortes sommes tirées d’Espagne, ou s’il y venait en personne, en obtenant des Belges et de ses Allemands des subsides, que jusqu’alors on n'avait
tra sectarios latarum mutatione, nulla legatione in Hispaniam opus esse, eo quod régi, quo loeo res versarentnr, satis esse ostensum. Non aliud desiderari quum ejus proesentiain. Quod si omnino placeat ut quis mittatur, eum non ad illud mitti debere quam ut regis adventum urgeat qui quanto citius adsit tanto citius rebus labentibus posse sucurri. Et quæ quidem sanioris partis seutentne. Alii qui rebus novis inhiabant, quique gubernatricem ad haie tria malorum in republica grassantium généra senatui proponenda incitaverant, aiebaut nihil opus fore in ordinariis atque cousuetis remediis, nec sufBcere præsenti necessitati si rex solis litteris certior reddatur, facienduin omnino esse ut quisquam primi ordinis principum ad regem legetur, quo corain, omnia pericula reipublicæ impendentia prolixe accurateque declaret, nec ad has partes alium esse magis idoneum quam comitein Egmondanuin. Eum itaque rogari debere ut totius regionis nomine ad communem Belgii et Germaniæ inferioris, patriæ suæ ! , salutem, bac legatione fungi velit. His auditis gubernatrix comitem hortatur ut lue tam opportuno, tam uecessario beneficio, rempublicam et omnes ordines sibi denunciat, ac rebus a se in bello pneclare gestis liane quoque laudein ndjiciat, ut omnis
1 Philippe II garda toujours un triste souvenir des assemblées des états-généraux qu'il dut convoquer au début do son régne, afin de se procurer les moyens de contiuuer la guerre contre la Hranee. Ce fut contre son gré, et malgré l'opposition de Viglius, que Marguerite réunit les états, en 1562, pour les consulter sur un projet de lovée de troupes destinées i» faire respecter les frontières du pays. Sur les instances réitérées de lu gouvernante, le roi consentit, en 1563, à ce qu'elle appoint de
DE VIOLIUS.
pu les déterminer à accorder'. Un changement dans les lois comminées contre les sectaires, une ambassade en Espagne seraient inutiles, le roi ayant assez fait voir de quelle nature étaient ses opinions. Tout ce que l’on pouvait désirer, c’était son arrivée. Si l’on décidait l’envoi d’un député , celui-ci ne devait insister que pour la venue du roi ; plus elle serait prompte, mieux elle rétablirait l’état chancelant des affaires. Voilà quel fut l’avis de la plus saine partie du conseil. L'autre, qui était attachée aux opinions nouvelles , et qui avait amené la mise en discussion de ces trois fléaux si funestes à la république, insistait sur l’inutilité des moyens habituels. 11 ne suffisait pas de mieux informer le roi des nécessités présentes ; il fallait absolument qu’un des membres delà première noblesse se rendit près du monarque, qu’il lui exposât, à lui-mème et de la manière la plus soigneuse et la plus détaillée, tous les périls qui menaçaient l’Etat, et, pour cette mission, personne ne convenait, davantage que le comte d’Eginont. On devait le prier, au nom de toute la Belgique et de la Basse-Germanie, sa patrie', de vouloir bien l'accepter. Après avoir écouté les différentes opinions, la gouvernante exhorta le comte à rendre ce service, si opportun et si nécessaire, et, après s’étre couvert de
nouveau auprès d'elle les représentants du pays. Los métiers de Bruxelles , entre autres , témoignèrent alors combien ils étaient peu disposés il venir en aide nu gouvernement; s’excusant sur la profonde misère du pays , ils ne voulurent jamais voter les subsides demandés. [Histoire de Bruxelles, par Hennc et Wauters, t. 1 , p. 895 et suivantes.)
* 11 n’est pas inutile do mentionner ici que le comte d'Egmont naquit en TIninaut, nu chiltoau de la Hnmnidc, en 1322.
postérités cognoscat non minus eum in pace prudentia quara in præliis fortitudine atque arniis patriam suam ornasse. Egmondanus primum detrectare, et se ad onus suscipiendum difficilem prœbere. At post, inultis et gubernatricis et procerum precibus victus, legationis partes accipit, ac inox, contemta Hiberni cœli inclementia, mense januario anno sexagesimi sexti'ad Romanum calculutn supputât!, iter arripit.
XXXV. Is, Hispaniam ingressus, tautis est honoribus exceptus, quantis nullus unquain ejusdem ordinis principum ; et ut ex uuo de ceteris fiat conjectura, rex ei ducem Albanum cura cetero qui maxima rerum toto orbe gestarum gloria clarissimum tum supremum regii palatii raagistruin , obviam misit, cum frequenti illustrium virorum comitatu. Rex item tain comi et familiari eum complexu dignatus est , ut neminem mortalium videretur habere cariorem , et ne quæ tractare vellet negociis aut mora ulla intercederet, aut aliorum præsentia dicendi libertas adimeretur, colloquium solitarium frequens ei dabat, quo factum ut omnia et quorum gratia missus erat, et quæ suo privato nomine vellet, brevissimo tempore expediverit et insignibusa, rege donis acceptis, ad calendas Maias Bruxellis fuerit reversus 1 , ubi tertio Nonas ejusdem mensis senatu frequenti dato , coram gubernatrice exposuit quanto honore a rege fuerit oruatus, quam benignus et at-
4 Autre erreur, il faut lire 1565, Hopporus, § xxviii à xxxi.
4 Cette réception splendide, faite par le Roi au comte d’Effmont, rapprochée de la cruauté avec lequel il le sacrifia quelques années après, est une nouvelle preuve de sa profonde dissi-
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tant de gloire à la guerre, à mériter aussi aux yeux de la postérité l’éloge d’avoir été utile à sa patrie par sa prudence pendant la paix comme par sa bravoure dans les combats. Egmont refusa d’abord, et montra beaucoup de répugnance à se laisser imposer cette charge. Mais enfin, vaincu par les prières de la gouvernante et des nobles, il accepta le mandat d’ambassadeur; sans craindre l’inclémence du ciel de l’Espagne, il se mit en route au mois de janvier de l’année 1566, selon le style de Rome 1 .
XXXV. A son arrivée dans la péninsule Ibérique, il fut accueilli avec plus d’honneur que n’en reçut jamais un personnage de son rang. On en jugera par ce seul fait: Philippe II envoya à sa rencontre, accompagné d’une nombreuse suite de nobles du plus haut rang , le duc d’Albe , qui s'était aussi rendu illustre dans tout l’univers en accomplissant les plus grandes choses et qui était alors premier maître de la maison du Roi. Le monarque honora d’Egmont d’un accueil si cordial et^si familier qu’on aurait cru qu’il n’avait personne de plus cher ; pour lemettreà mêmede traiter sans retard les affaires dont il était chargé, et afin de lui donner à cet égard une liberté complète, il le recevait souvent en tête à tête. Le comte parvint ainsi à expédier dans le plus court délai ce qui faisait l’objet de sa mission et ce qu’il désirait pour lui-même. Honoré par le Roi de dons magnifiques, il retourna à Bruxelles le 1" mai*. Là,
mutation. Rien, en effet, ne se produisit plus tard, qui fût de nature h aligner nu oomte le cœur du monarque. Lors des excès des iconoclastes, il montra d'abord peu de fermeté, il est vrai, mnis il se prêta de bonne grftce h témoigner de sa fidélité par de
tentis attribua auscultatus, quantus a rege erga Belgas et Germanos suo8 amor ostensus, dœnique quam omni suo desiderio fuerit satisfactum 1 .
XXXVI. Non multis post diebus gubernatrix litteras a rege accepit, quibus jubebat ut anabaptiste ac ceteri sectarii juxta ac leges præscriberent punirentur, addens se Melitensi expeditione detentum’, non posse eo anno in Germaniam suam venire, eaque de caussa ad publicam inopiam levandam se magnam
nouveaux serments, il se refusa à suivre dans sa fuite le prince d'Orange, plus défiant; il alla, malgré les avis qui lui parvinrent, se mettre lui-même entre les mains du duc d'Albe. Tout annonce que celui-ci, en envoyant à l'échafaud son rival de gloire, remplissait une mission donnée depuis longtemps. Pour le maître, d'Egmont était dangereux, parce qu'il avait rendu do grands services, pnree qu’il était populaire, parce que, arraché à ses incertitudes et placé par ses amis à la tête d’une insurrection, il aurait donné aux mécontents un général habile et presque assuré leur triomphe ; aux yeux du serviteur, le brave Lamoral no présentait qu'un rival détesté, comme plus célèbrequo lui-même, comme Belge, comme ennemi du cardinal Granvelle, dontd'Albe avait énergiquement épousé la cause. La conduite odieuse de Philippe II se révèle ici dans tout son jour. Tromper d'Egmont pendant qu’il était en Espagne et après l'avoir comblé de présents, enivré de flatteries, puis le déconsidérer aux yeux de ses amis en attendant l'heure de le frapper, voilà ce qu’il fit, voilà comment il récompensa le héros des deux plus brillantes journées qui avaient signalé son règne !
Et puisque nous parlons du duc d'Albe, qu'on nous permette de citer quelques lignes où le caractère de ce digne ministre de Philippe II se révèle tout entier : « Chaque fois que les dépêches « des trois seigneurs flamands me passent sous les yeux, elles
PB VIGLIU8.
en présence de la gouvernante et d’un nombre considérable de conseillers, il exposa l’accueil honorable dont il avait été l’objet, l’attention bienveillante avec laquelle il avait été écouté, l’affection du Roi pour les Belges et pour les Allemands soumis à son autorité, et enfin l’empressement que l’on avait mis à satisfaire à ses demandes 1 .
XXXVI. Peu de jours après la gouvernante reçut une missive, par laquelle le Roi lui ordonnait de poursuivre les anabaptistes et les autres sectaires, conformément aux lois. Retenu, ajoutait-il, par les préparatifs de l’expédition pour secourir Malte’, il ne pouvait partir cette année pour son Allemagne. Voulant venir au secours du trésor, il envoyait d’Es-
.. excitent mn colère de telle sorte que si je ne faisais tous mes « efforts pour en calmer l'élan , les idées que j'exprimerais h ■ Votre Majesté lui sembleraient celles d'un frénétiquo. » (Lettre du duc d'Albe au Roi, datée de Huesca, le 21 octobre 1563, dans 1< ‘R Papiers i'État de Oranrelle, t. vii, p. 229.) Le duc se peint ici de main de maître, et Philippe l'avait bien jugé lorsqu'il lui confia le soin d aller rétablir l'ordre aux Pays-Bas.
1 Hopporus, § xxxiii, le récit de cet auteur, géné par sa position officielle, est beaucoup moins clair que celui-ci.
* Le 18 mai 1565, la flotte turque parut devant l'tle de Malte, que Cbarles-Quint avait cédée à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Cette flotte se composait de 138 vaisseaux de guerre, escortant 55 bfttiments de transport ; elle débarqua une armée de 40,800 hommes, qui, sous les ordres de Mustapha-Pacha, attaqua la ville vigoureusement, mais sans succès. Après avoir perdu plus de 20,000 hommes, les Turcs mirent h la voile, le 23 septembre, pour Constantinople. Malte dut son salut il l'intrépidité du grand'mattre, Jean de La Valette, et de ses soldats ; digne sujet d un Roi temporisateur et méticuleux, le vice-roi de Sicile, qui aurait dû voler immédiatement à son secours, se fit attendre trois mois et n'arriva que te 1" septembre. (Voy. Miége, tlitsoire de Malle, t. il.)
pecuniam ex Hispauia mittere, ac velle ut gubernatrix, una cum senatu supremo, aliquam correctionis judiciorum formulam excogitaret, atque eam ad se transmitteret, vel probandam, vel arbitrio suo emendandam. At in iis quæ ad religionis integritatem conservandam spectarent, se nolle quicquam oranino mutari ; immo malle centies mille mortes obire, si totiesmori Deus permitteret, quam vel minimam particulam christianæ religionis innovare. Placere itaque sibi ut senatui supremo duo aut très episcopi adjungantur, et inter alios Iprensium sibi maxime idoneum huic muneri videri; ac si res ita postulare videatur, ut accédant aliquot theologiæ doctores et alterius ordinis consiliarii , quorum fervor et zelus erga religionem catholicam quam maxime sit perspectus, quo inter eos consultetur qua potissimum via tenenda sit in populo docendo, et ab erroribus si quos sequatur revocando, deinde in scholis et puerorum doctrina recte instituenda, tum etiam ut et illud disputetur ac sedulo discutiatur ecquis modus hœreticos puniendi inveniri queat , quo fiat ut nec de sua morte publiée glorientur, nec alios ad eosdem errores invitent. Suinmatim banc suam esse voluntatem ut solicitudo sua ad religionem tuendam omnibus hominibus patefacta ac manifestata , bine catholicos roboretconfirmetque, bine hœreticos majore quam hactenus borrore percellat, cernentes nimirum ad boc omnia regis studia conferri ut hœreses radicitus exstirpentur. His de rebus uti mature deliberarint velle se fieri certiorem quid cuique videatur