II. — La période comprise entre l'année 1815 et Vannée
Les vues et les intentions les plus diverses s'étaient affirmées au cours des discussions du Congrès de Vienne ; on peut désigner par des noms de personnes celles qui agirent le plus directement sur la discussion de la question allemande. C'étaient :
1 . Les idées secrètes qui avaient pour objet Tagrandissement de la Prusse; elles étaient défendues par Hardenberg et J7tanboldt sous le drapeau libéral.
2. L'élément de la petite noblesse de TEmpire et Télément démocratique, qui étaient représentés par Stein et Munster.
3. La demande mise par la Bavière et le Wurtemberg au premier rang de tous les calculs, savoir, qu'on garantit le maintien des droits souverains illimités que les Rois de ces deux pays avaient obtenus par suite de la disparition de Fancien Empire germanique et de la création de la Confédération du Rhin.
4. Le teutonismed'ilrTiJf et de JaAn tel que le comprenaient les universités et les sociétés de gymnastique*
5. L'idée d'une confédération d'États, formée dans des conditions normales d'existence, idée soutenue par le Cabinet impérial, qui voulait, non pas une confédération pour la forme, mais une union nationale à établir dans ces conditions, et la garantie des droits particuliers de tous les États constituant l'ensemble du corps germanique, garantie à assurer en même temps que l'idée de cette unité.
Les éléments que je viens d'indiquer devaient se retrouver au siège de la Diète et agir de manière à entraver le développement et la marche de celle-ci. La fermeté qui inspira la conduite de la Cour impériale assura les bases de la Confédération.
Les constitutions que l'année 1817 vit éclore dans les États confédérés de l'Allemagne du Sud formaient un amalgame bizarre d'éléments qui se combattaient réciproquement. Parmi ces constitutions, celles de la Bavière, du Wurtemberg et du
LA QUESTION ALLEMANDE (lS48). 468
grand-duchë de Bade étaient les plus remarquables. Celle delà Bavière réunissait des idées et des formes empruntées aux anciennes assemblées d'États de TÂlIemagne aussi bien qu'à la Charte octroyée par Louis XYIII en 1814; elle affirmait nettement la volonté de maintenir les droits de la royauté à Tintérieur, et de conserver vis-à-vis de la Confédération germanique les droits de souveraineté acquis depuis la Confédération du Rhin. Parmi les constitutions qui, depuis 1817, ont surgi dans les pays d'Allemagne, celle de la Bavière contenait les éléments les plus capables de troubler et d'affaiblir les idées fédé" raies.
Je crois devoir placer ici l'explication historique suivante, qui jette quelque lumière sur la perturbation amenée par ces tendances.
Le Roi Maximilien de Bavière était venu à Vienne en 1817; après m'avoir (ait connaître les motifs qui l'avaient décidé à donner à son pays la constitution telle qu'elle existait, il se répandit en plaintes sur la création de la Confédération g erma^ nique y qu'il appelait « une entrave à son existence comme Roi » . En réponse aux remarques que je lui fis, il compara sa situation à celle des Rois de Sardaigne et de Suède, qui, sans lui être supérieurs en puissance, jouissaient de l'avantage d'avoir une indépendance complète. Je résumai ma controverse dans les paroles suivantes : « Votre Majesté part du sentiment que vous êtes Roi de Bavière, minus votre qualité de membre de la Confédération germanique ; renversez les termes du problème et admettez la proposition telle que l'Empereur l'établit : l'Empereur se dit qu'il est, lui, Empereur d'Autriche, et, de plus, Souverain confédéré allemand. »
La constitution wurtembergeoise s'est inspirée de la forme (Fun contrat entre le prince et les assemblées d'États, forme qui avait existé dans les temps anciens.
La constitution badoise a emprunté la plupart de ses articles à la Charte française, qu'elle a prise pour modèle.
Parmi les constitutions nées plus tard dans les autres États de l'Allemagne, l'expérience a démontré que celle de Hesse- Cassel était la plus avancée dans le sens démocratique.
Du côté de la Prusse, on s*est attaché & feire & tous les égards de rintérét prussien la base de la Confédération, tandis que moi en Autriche, dans TÉtat qui avait la présidence & la Diète, je n^ai même pas pu réussir, dans l'espace de trente-deux années, grâce aux difficultés soulevées par les autorités intérieures, à obtenir la publication officielle, dans les formes voulues par la loi, des prescriptions fédérales! Par suite des menées de la Prusse et de la négligence de 1* Autriche, les forces désorgani^ satrices avaient beau jeu sur le terrain de Texistence légale de la Confédération. La plus puissante de toutes les entraves a été Tunion douanière, à laquelle l'administration des finances impériales n'a pas accordé l'attention qu'elle méritait, et k laquelle on n'a pas donné de contre-poids, en dépit de mes avertissements*.
Lorsqu'en 1819, les excès de la jeunesse universitaire d'Allemagne eurent abouti à l'assassinat de Rotzebue, les Gouvernements allemands s'e£Frayèrent, et je profitai de l'occasion pour provoquer la Conférence de Carlsbad, d'où sont sorties quelques mesures de police indispensables et les premières conférences ministérielles de Vienne, qui avaient pour objet un développement plus complet de la Confédération, qui jusqu'alors n'était assurée que dans ses principes essentiels.
La révolution de juillet 1830, qui ébranla l'Allemagne jusque dans ses fondements, amena les secondes conférences ministérielles de Vienne, dont les résultats furent tels que, pour assurer l'existence du corps fédéral, on n'aurait plus eu besoin d'autres lois fondamentales, c'est-à-dire de lois qui, d'après l'acte fédéral, ne pouvaient être votées qu'à l'unani* mité.
La période écoulée entre les dernières conférences ministérielles et le printemps de l'année 1848 a prouvé une fois de plus combien les lois sont inutiles quand on ne les applique pas ou qu'on les applique à (aux. La législation fédérale donnait, sous tous les rapports, aux Gouvernements allemands un degré de force qui leur faisait défaut s'ils restaient isolés.
* Voir V Union douanièt'^ prussienne, t. Y, p. 517. {Note de F Éditeur J)
La peur qu'avaient les uns de paraître même sacrifier la moindre parcelle de leur indépendance souveraine; le désir des autres de devenir plus forts chez eux par la popularité ; le manque absolu de surveillance sur le terrain de Tordre moral et Tabsence de tout acte de vigueur sur celui des conditions matérielles du repos intérieur, tout cela complétait la situation lorsque le changement de règne eut lieu en Prusse et que le Roi Frédéric-Guillaume IV répandit à flots les éléments du renversement de tout Tordre de choses actuel, non-seulement dans son royaume, mais encore dans toute la Confédération des États germaniques.
A partir de Tavénementde ce prince, il fout regarder Til/^magne comme transformée & tous les égards. De tout ce que le Roi rêvait en silence depuis des années et qu'il réalisa après être monté sur le trône, rien n'a répondu à ses espérances ; au contraire, tout a donné des résultats contraires & ceux qu'il voulait obtenir. Les errements du Roi et leurs conséquences ont, à tous les points de vue, agi d^une manière perturbatrice sur le reste des État^ allemands. Malgré leur hostilité réciproque, les éléments dissolvants devaient, par des raisons toutes naturelles, se rencontrer sur le terrain de la Confédération germanique et travailler en cominun à la destruction « de ce qui existait » , sans s'inquiéter « de ce qu'amènerait Tavenir ».
La révolution de Février qui a éclaté en France a foit pen-^ cher la balance d'une manière décisive. Elle a été suivie des révolutions de mars qui ont eu lieu à Vienne et à Berlin, et dont les résultats forment la nouvelle phase dans laquelle e^t entrée la situation.
in. — Les résultais des faits survenus depuis le printemps
dernier.
Pour comprendre la situation actuelle de l'Allemagne, ii fiiut avant tout se rendre un compte exact des éléments dont elle est formée. Je citerai les suivants.
Il y a des révo/unoiu de diftérents genres; les plus dange-
reuses sont celles qui présentent un double caractère ou un caractère multiple.
Les plus fertiles en conséquences sont les révolutions sociales et les révolutions politiques. En Allemagne, les deux se trouvent réunies sur le même champ de bataille.
Parmi les réformateurs de la Confédération germanique, il y a deux courants parallèles : Tun conduit à la forme républi* caine, Tautre à la forme soi-disant monarchique de la Confédération. Je parle d'un courant soi-disant monarchique, parce que ceux qui sont à la tète de ce mouvement s'unissent à la gauche en admettant comme elle le principe de la souveraineté du peuple.
^ En restant fidèle au maintien de ce point de départ, le parti républicain, bien que plus faible numériquement, est plus fort sur le terrain logique, plus conséquent et partant^plus puissant que l'autre .
Dans la première partie du présent travail, j'ai indiqué la position que le Cabinet Impérial s'était imposé de prendi*e, depuis le commencement jusqu'à la révolution de Mars, comme étant celle qui correspondait aux bases de la Confédération germanique. Pour moi, ces bases sont les suivantes:
t»e principe de la souveraineté monarchique;
Le principe de la réunion des pays allemands en une confédération d'États.
Le principe de la souveraineté du peuple est en contradiction absolue avec cette position, et celui d'un État fédéré est en contradiction relative avec elle.
Attendu que des principes ne peuvent pas être éludés dans leurs effets et qu'ils conservent toujours leur autorité quand on veut échapper aux conséquences de leur application, la situation actuelle de l'Allemagne ne peut mener qu'à des conflits. Partant de cette hypothèse, je crois devoir examiner les sentiments qui dirigent les combattants sur le champ de bataille. Les plus dignes d'attention me paraissent être :
41. Les Souverains allemands, ensuite les villes libres comprises avec eux dans la Confédération d'États^ et \e peuple ailen^and considéré d'une manière abstraite.
b. Les intérêts particuliers des pays qui forment la Confédération.
Ad a. Je n'admets pas qu'à la suite de Tabandon d'une partie de leur puissance, les princes puissent de nouveau bénéficier du principe de la soureraineté monarchique. Ce qu'il y a d'incompréhensible dans la marche des événements et en même temps l'élément décisif quia présidé à leur cours, élément qui dépasse la mesure de mon intelligence, consiste pour moi dans la reconnaissance d'un drçit quelconque accordé par les Gouvernements allemands au Parlemeni préliminaire qui s'est convoqué /ut-m^me, reconnaissance qui s'est manifestée aussitôt par les relations que la Diète fédérale a eues avec lui et dont les élections pour l'Assemblée nationale constituante de l'Allemagne, préparées par les Souverains allemands, ont été une sorte de conséquence logique.
On ne saurait concevoir des assemblées nationales constituantes sans le point de départ, qui est la souveraineté du peuple. Tout ce que les Gouvernements allemands pouvaient donner eux-mêmes, ils s'en sont laissé dépouiller ; l'autre manière de procéder ne leur aurait pas coûté plus cher que cette façon d'agir ne leur a déjà coûté.
Les peuples seront-ils disposés de même à subordonner leurs intérêts particuliers à la théorie de l'unité? C'est une question que l'avenir décidera.
Ad b. Les intérêts particuliers forment trois catégories suivant les trois groupes d'États dont se compose l'Allemagne, c'est-à-dire l'Autriche, la Prusse et les autres pays allemands. Ces intérêts ne pourraient sans doute différer entre eux plus que la nature des choses ne le veut.
L'organisation intérieure de l'Autriche, sa subdivision en nationalités, ne lui permet pas de s'approprier le plan qui forme la base de la politique prussienne et qui donne à celle-ci une marge que l'Autriche n'a pas. Le plan prussien pouvait faire entrevoir Vabsorption de la Prusse par la Confédération ger* nique à condition que la Confédération serait absorbée par là souveraineté prussienne; aussi est-ce là le plan que les repré-^ sentants de cette politique ont suivi depuis la paix générale
avec beaucoup d'habiletë et au mépris de tout droit, et qu'ils se proposeut de faire arriver aujourd'hui à sa maturité. Les représentants les plus avancés de cette direction politique sont le baron d'Arnim et M. de Bunsen.
Le plan suivi par la Prusse — lors même que le Gouvernement impérial Ferait abstraction de toute politique de principes, manière d'agir qui est tôt ou tard condamnée par les événements — est, ou bien complètement irréalisable pour TAutriche, ou bien admissible tout au plus pour la moindre partie de TEmpire ; il est inutile de le démontrer. La situation des deux puissances n'est pas la même ; ni le point de départ et le point d'arrivée, ni les termes moyens du problème ne se ressemblent. L'Autriche ne peut pas se laisser absorber par l'Allemagne sans renoncer à sa propre existence, et si, à la suite d'un pareil suicide, elle abandonnait ses provinces allemandes à ce corps germanique, la Prusse, bien plus forte» saurait recueillir cette succession.
L'absorption au profit d'une unité allemande ne tente aucun des grands États de l'Allemagne, et les populations doivent partager ce sentiment avec les Souverains. La transformation de l'Allemagne en plusieurs républiques n^est pas une idée qui sourit à la grande majorité du peuple, tandis que celle d'une république allemande une et indivisible, comme celle de la monarchie unitaire, sont des utopies de la plus triste espèce.
En jetant sur les questions allemandes un coup d'œil d'ensemble, on trouve qu'elles présentent des contradictions qui font voir la situation générale sous le jour d'une lutte entre des efforts passionnés, égoïstes, et des intérêts évidents; ce conflit livre la patrie commune allemande à ces vicissitudes naturelles aux situations anarchiques, qui ouvrent un champ à Texpérience, mais non au calcul, et mettent les intérêts aux prises entre eux.
Le jour où les Gouvernements allemands ont négligé de tenir compte de la différence qui existe entre « la Confédération d'États et un État fédéré » , il s'est ouvert une arène pour des conflits qui s'arrêteront on ne sait à quel point. Sans le sacrifice des droits de souTeraineté des différents
États, on ne peut concevoir ÏÉtat fédéré allemand; cela est Trai de la souveraineté des princes comme de la sourerainetë du peuple. SHI y a, relativement & la question dont il s'agit, une différence entre ces idées de souveraineté, elle ne peut se trouver que dans la proportion de la résistance, que la réunion des parties en un seul tout provoquerait chez les peuples à un plus haut degré encore que chez les Souverains effrayés. Des intérêts qui ont mille ans d'existence ont par cela même leur raison d'être bien éridente; or, les peuples entendent la défense de pareils intérêts mieux que les Gouvernements, et cela surtout à une époque comme la nôtre. Le Bavarois ne se laissera imposer ni par Vienne ni par Berlin une loi troublant sa vie intérieure, de même que Thabitant de la basse Saxe ne consentira pas à ce que Munich modifie son existence et son droit local. Le problème tel qu'il est posé est chimérique; en Toulant le résoudre, on poursuit un but que la Confédération d*États est appelée à atteindre sans obstacle. Quand la tâche pratique consiste à feire la part de ïétai d'union et de Vétat de séparation, on commet une faute en versant d'un côté comme de l'autre.
Le seul État allemand qui pouvait accepter le passage de la situation de Confédération d'États à celle d'État fédéré, c'était la Prusse, eu supposant qu'elle hériterait du tout en gardant sa part. Or, comme les chances d'arriver à ce résultat ne répondent pas aux vœux de TÉtat prussien, la réaction commence à se produire, et s'il n'a pas été possible au Gouyemement prussien d'exécuter son projet de conquête, la force de résistance du prussianisme peut suffire à elle seule pour oppo* ser des obstacles insurmontables au principe de l'unité.
L'État qui court le plus de dangers dans la solution finale de la question, c'est l'Autriche *.
* Le prince de Metternich envoya le Mémoire ci-dessus au baron de Wessenbei^, avec une lettre où il dit : • Je voulais envoyer cet opuscule directement i Mgr TArchiduc Jean, en l'accompagnant d*uue lettre. Je renonce aujourd'hui (12 aoât) à cette idée^ et c'est à vous que j*adresse mon travail. Lisei«le, il ne vous apprendra rien à vous. Si vous voulez le porter à la connaissance de l'Archiduc, vous êtes entièrement libre de le faire, comme aussi de faire le contraire. Il n'est pas adressé au ministère de F Empire , mais
SUR LA QUESTION d'uNE MÉDIATION FRANCO- ANGLAISE EN ITALIE.
(Page 30.)
1946. Notes autographes de Mettemich (sans date). — 1947. MetternicK À lord Beauvale (Lettre). Londres, le 12 août 1848. — 1948. Mettemich au baron de Wessenberg, ministre des affaires étrangères à Vienne (Lettre). Londresi, le 18 août 1848.
1946. La paix intérieure de la Péninsule italienne est troublée :
1* Par la guerre sardo- autrichienne;
2* Par la révolte dans TÉtat de TÉglise, par celle de la Sicile et de la ville de Venise;
3* Par le produit des œuvres de la propagande révolutionnaire italienne et européenne.
Deux éléments contribuent à cette déplorable situation, l'élément politique et l'élément social.
La guerre que le Roi Charles-Albert fait à TAutriche est une entreprise politique.
Cette guerre est une entreprise politique , vu son objet , qui n'est autre que Tagrandissement de la puissance sarde. Elle est politique parce que le Roi cherche à masquer sous le voile du secours à prêter à V indépendance de la nationalité italienne, Tatteinte qu'il porte au respect dû à la sainteté des traités et la manière dont il attaque ainsi dans ses bases le maintien de la paix générale et de toutes les relations internationales. Les révoltes dans TÉtat de TÉglise, en Sicile, et celle de la ville de Venise, n'ofiFrent avec la guerre sardo-autricbienne une différence que par le fait que si dans cette guerre Télément politique figure en première ligne , c'est l'élément social qui, dans les pei^turbations intérieures , occupe cette place.
à la conscience de V Archiduc ' administrateur de /'JSm^ire, double qualité que sans doute il n'oubliera jamais. Si je remets ce travail en vos mains, c'est que je sais apprécier la valeur des mains qui le reçoivent. ■ Nous ignorons si le baron de Wessenberg a fait parvenir ce Mémoire à son adresse.
{Note de t Éditeur.)
MÉDIATION FRANCO-ANGLAISE EN ITALIE (l848). 471
Abstraction même faite de la question confessionnelle, serait-il possible que les puissances ne tinssent pas compte des conséquences qu'aurait inévitablement, non- seulement pour la catholicité , mais aussi au point de vue politique , la suppression de Findépendance du Souverain Pontife par suite de la suppression de la souveraineté temporelle ?
Une médiation dans un état de choses où les éléments politiques et sociaux se trouvent mêlés dans toutes les directions, sur quelle base pourra-t-elle reposer?
La seule admissible serait le retour au repos; mais le moyen serait-il approprié à Tobjet? Il est clair que de tous les moyens d'assurer ce résultat, une médiation se présente, d'une part, comme le moins rationnel, et d'autre part, comme celui où les intervenants peuvent le plus facilement se compromettre. Si tel est le cas, et même s'il ne s'agissait que d'un médiateur unique, combien les mêmes considérations ne gagnent- elles pas en force et en valeur, si on les applique à des puissances qui, dans une pareille entreprise en apparence commune , ne peuvent point, si même elles le désiraient, ne pas apporter lés différences qui existent entre leurs intérêts et dès lors également entre leurs vues politiques au sujet de l'objet de leur médiation !
Nous nous contenterons des indications sommaires suivantes, qui devront justifier notre manque de confiance dans une entreprise commune.
Le nouveau Gouvernement français a publié son manifeste politique. Ce manifeste se résume dans l'appui qu'il entend prêter à tout bouleversement qui a pour objet la diffusion et le triomphe des principes sur lesquels repose la république démocratique. Il renferme de plus la déclaration que les transactions des années 1814 et 1815 ont perdu toute leur valeur en ce qui concerne la France.
Le Gouvernement britannique peut-il entendre sanctionner et soutenir ces principes? En s'y refusant (et le refus ne saurait être douteux de sa part), comment la médiation pourra-t-elle avancer dans une direction commune , entre des partis qui ne se rencontrent ni dans le point de départ , ni dans le point
d*arrivëe? Le mal que fait la simple apparence d*une unîFormité d'action entre les deux Cabinets n'est pas moins réel, parce qu'elle prête à la faction désorganisatrice des armes qu'elle fait tourner contre le seul objet que le Cabinet britannique puisse avoir en vue , celui de la pacification de l'Italie, et en même temps le seul qui soit conforme à l'intérêt des pays soulevés et du corps social tout entier.
Les vues politiques de la France ont dans tous les temps été dirigées contre l'influence que Tétat de possession de l'Autriche au delà des Alpes assure à cette puissance dans la Péninsule, à cause de l'obstacle que cette influence oppose aux desseins que nourrit la France en faveur de sa propre prépondérance. Entre-t-il dans les intentions du Cabinet britannique de servir . les vues de la France?
La Monarchie sarde a reçu lors de la pacification générale un accroissement de forces dans le but conçu par les puissances d'interposer entre la France et les autres États italiens, ainsi qu'entre la France et rAulriche, uu corps politique suffisamment fort pour répondre à ces intérêts de paix et de conservation. Tout agrandissement de la Sardaigne aux dépens de l'état de possession de l'Autriche, loin de servir ses intérêts ou d'assurer rindépendance de la puissance sarde, aurait pour résultat de la confier aux bras protecteurs de la puissance aux dépens de laquelle elle ne se serait point agrandie. L'Angleterre pourrait-elle le vouloir?
Les divergences qui existent, à l'égard du sort de la Sicile, entre les deux puissances médiatrices sont d'une évidence telle que nous regarderions comme inutile toute réflexion sur cette brûlante question.
Est-il nécessaire de prendre en considération la perturbation que le mot « nationalité » et ceux d' a égards dus aux nationalités » jettent aujourd'hui dans la situation sociale et politique? Appliqué à la Péninsule italienne, ce qui se trouve être au fond de l'idée que des mots vides de sens pratique sont appelés à définir, couvre le protectorat de la France sur cette partie du continent.