MÉDIATION FRANCO-ANGLAISE EN ITALIE
Metteraîcli k lord Beauvale (Lettre). Londres, le 12 août 1848.
1947. Mon cher Beauvale, j*ai reçu votre lettre du 8 de ce mois, et je ne suis pas surpris de vous voir partager mes sentiments. Votre esprit marche dans la droite voie ; nos impressions doivent dès lors se rencontrer. L'ex- ministre et Texambassadeur n*ont point renoncé au métier de penseurs, auquel la syllabe ex n*est point applicable. Nous pouvons ainsi le conserver en pleine liberté, «de par notre propre droit * •
Vous Caites mention dans votre lettre de ce qui est connu sous le nom de proposition Hummelauer, proposition dont je ne suis pas à même de constater la valeur, ni quant au passé, ni quant à Tavenir. En accordant à la proposition en question la valeur d'une proposition de Cabinet à Cabinet, et non celle d'une idée avancée par un individu, il me serait impossible de ne pas constater à la fois Texistence de deux faits, à savoir que le Cabinet envers lequel la proposition ou Tidée (peu importe) a été avancée ne Ta point acceptée , et que si elle devait être reprise aujourd'hui par ce même Cabinet, la situation du corps politique sur lequel elle porte a changé du tout au tout. Une offre applicable à une situation, et qui n*est point suivie d'effet, change de nature avec la situation , et je ne connais pas un changement de position plus notable que celui de Charles- Albert et de Radetzky, placés face à face sur le Mincio ou sur le Tessinl
La question, comment est-elle ou comment sera-t-elle posée par les puissances intervenantes?
Je rignore, mais il se présente pour cela deux éventualités : S*agira-t-il de la paix entre le Piémont et l'Autriche, ou de la question italienne? Je comprendrais la première de ces questions, et je la regarde même comme facile à résoudre. Il n'en saurait être de même de la seconde, et cela par les raisons suivantes : Pour que je puisse la saisir et l'évaluer, il me faudrait comprendre ce qu'est au juste la question italienne, que, jusqu'à celte heure , je ne parviens pas à mettre d'accord, en
pratique , avec la valeur des traités sur lesquels repose l'ëtat de possession des États. Les prétentions de la nationalité italienne relativement au droit de l'Empereur de se qualifier Roi du Royaume Lombard-Vénitien sont semblables à celles de la nationalité allemande dans ses rapports avec le Roi de Danemark, en sa qualité de duc de Schleswig! Si l'Empereur a tort, le Roi de Danemark ne saurait avoir raison, et le tort du premier ne serait- il point partagé par bien d'autres usurpateurSy si le droit de la nationalité était étendu à celui de la circonscription territoriale et politique ?
Une autre solution que je serais en droit d'attendre, cVst de savoir en faveur de quelle puissance tournerait le verdict favorable pour la nationalité italienne , appliqué à la question territoriale; serait-ce pour Yltalie (cet être de raison que, malgré de constantes recberches, je n*ai point encore su trouver autrement qu'inscrit sur les cartes géograpbiques, et qui m'échappe dès que je veux le toucher, comme on touche ce qui a un corps)? serait-ce pour V Autriche, pour la France ou pour V Angleterre?
Arrivé à cette demande, ma réponse ne peut se présenter comme douteuse à mes souvenirs historiques. Je n'ai pas la prétention d'empiéter sur votre sentiment. Ce qui en tout état de cause est certain, c'est que le maréchal a fait une magnifique campagne , et qu'il a su placer dans son jour véritable la différence qui existe entre la pratique et la théorie, entre la vérité et la prétention. Une considération, — et je ne la qualifie pas de Hatteuse, bien s'en faut, — ne pourra manquer de jouer un rôle dans la situation qui, comme toutes les situations sociales et politiques, se compose aujourd'hui de réalités et d'une large portion de fantasmagorie. L'Autriche n'est plus entachée par le despotisme» par l'obscurantisme et le manque absolu d'égards pour les principes qui courent les rues sous l'étendard de la liberté, de l'égalité et de la fraternité ; elle a même atteint d'un seul bond tous les produits de ces vertus cardinales! Elle est dès lors digne d'entrer en lice avec les puissances qui l'ont devancée dans le progrès et d'avoir la prétention de marcher de pair avec la France, qui, au bout de