INDICATIONS POUR LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
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1949. Mettemicli à ScKwareenberg (Lettre). Brighton, ie 17 janvier 1849. — 1950. Metternich à Schwarzenberg ( Mémoire sans date).
1949. Mon cher prince , je profite de la première occasion sûre pour vous adresser quelques mots.
L^Autricbe a prouvé en 1848, à ses dépens comme à ceux du monde, combien la force matérielle peut s'allier à la faiblesse morale. Le défaut capital des révolutions, leurs allures de cassecou, a frayé aux forces matérielles la seule voie qui permette de sauver ce qui peut encore être sauvé. Les hommes seuls peuvent remédier au mal quand ce sont eux qui Tont causé. Vous et d'autres vous êtes au gouvernail ; prenez-le d'une main ferme; ne vous trompez pas de route, et la traversée sera heureuse I Vous me trouverez toujours à la tète de la phalange de ceux qui vous bénissent. Je ne saurais faire un meilleur usage de ma liberté personnelle, de cette liberté que j'ai conquise après un long martyre moral. C'est avec un vif sentiment d'espérance que j'ai suivi vos premiers pas ; aussi je regarde comme un devoir de vous conseiller de continuer comme vous avez commencé, et d'avancer dans la voie dans laquelle le nouveau ministère est entré. Ne vous laissez pas dérouter par des mots, mais gouvernez de manière à aller droit au but. Je connais l'ennenû que vous avez à combattre; personne ne peut en douter moins que vous. Vous êtes dans la direction de mon esprit. Vous êtes un élève de mon école et vous avez recueilli de l'expérience au seul endroit où l'on puisse la trouver, sur le champ de bataille où j'ai combattu pendant plus d'une longue existence d'homme sans trouver dans mon propre pays quelqu'un qui voulût combattre avec moi. Pourquoi suis-je resté seul? L'explosion de la Révolution l'a moins montré — ' bien que le 13 mars ait fourni d'assez tristes preuves dans ce genre — que la qualité des hommes qui ont tenu la campagne dans la période subséquente.
Recevez quelques indications de ma part. En en tenant compte, vous vous rendrez service à vous-même et, par suite, à la cause que vous avez à défendre.
Le mal dont notre Empire est atteint et qui se fiait aujourd'hui plus ou moins sentir partout, c'est la révolution sous sa forme la plus grossière. Bien des choses qui échappaient aux aveugles se sont montrées nettement en 1848, et j'avoue que j'ai regardé comme un bienjEaitde la Providence la circonstance suivante, savoir, que le revirement ne s'est pas produit dans les
sphères supérieures à une époque où il aurait barré le chemin aux événements d'octobre, sans diminuer Tinfluence des éléments d'où ces événements sont sortis et sans les affaiblir ainsi autrement qu'en apparence.
L'organisation intérieure de l'Empire d'Autriche est teUement particulière qu'au bout de la révolution dans le sens exact du mot se trouve le double feit du danger qu'elle crée pour l'État et de la résistance que l'État peut lui opposer. La raison en est dans la séparation des parties qui forment l'Empire et dans l'intérêt incontesté que ces parties trouvent à être réunies. Le résultat naturel de la révolution est nécessairement, pour un corps politique organisé comme l'Autriche, le danger de la séparation des parties entre elles, par conséquent la ruine de l'Empire, pendant que la force de résister à ce danger réside précisément dans Vintérêt que toutes les parties ont à rester réunies. Cette considération — et c'est la seule qui puisse s'adapter à notre Empire — conduit aux conclusions suivantes : les deux objets principaux de la Révolution, c'est-à-dire le triomphe de la doctrine de la souveraineté du peuple primant le principe de la souveraineté du monarque, et l'introduction d'un système de centralisation, non-seulement ne sauraient s'appliquer à l'Autriche, mais encore sont condamnés à y entrer en lutte ouverte avec la base de la vie politique, c'est-à-dire avec les intérêts matériels des parties qui constituent l'ensemble de la Monarchie. La passion des chefs du parti radical et la sottise, des libéraux qui leur servent d'instruments ne reconnaissent pas ces vérités, qui n'ont rien de problématique et qui sont, au contraire, basées sur des faits. Elles ne sont pas méconnues par le nouveau ministère, c'est ce que prouvent son programme et l'excellente déclaration qu'il a opposée à l'article premier de la proposition concernant les droits fondamentaux. Vous voyez que je vous suis pas à pas dans votre marche. On peut suivre quelqu'un qui marche, on ne peut pas suivre quelqu'un qui se laisse traîner par un autre ou qui court après un tiers; or, du mois de mars au mois de novembre, on n'a pas fait autre chose.
Une autre considération relative à Tapplicatioii de la question de souveraineté est la suivante, que je vous soumets.
Si ron envisage cette question en laissant de côté toute discussion sur le caractère qu'elle a au point de vue des principes ou des doctrines, on en arrive à conclure que la souveraineté du monarque forme la base de la Monarchie et la souveraineté du peuple celle de la République, Élever des édifices sur d'autres bases que celles qui leur conviennent, c'est une folie qui a trouvé son application dans le juste milieu de la révolution de Juillet, et dont la. révolution de Février a été Tiniaillible résultat. Une des faiblesses de Tesprit allemand est la manie d'admirer et de s'approprier tous les articles de mode français comme étant les meilleurs à l'user. C'est ce qui est arrivé pour l'application de la souveraineté du peuple, qui ne peut servir de base qu'à une république, à la monarchie du juste milieu. Deux troupes ont joué de concert dans ce drame : la troupe radicale et la troupe libérale, la première ayant pleine conscience de ce qu'elle fiiisait, l'autre étourdie par les fumées de l'ivresse. Ce tableau est de l'bibtoire. Mais comment le feit se présente-t-il, appliqué à l'Âutricbe?
Le caractère particulier de cet Empire est la séparation naturelle de ses parties et leur réunion en un tout. Un observateur superficiel sera tenté d'y voir une analogie avec le Saint- Empire allemand d'autrefois. Sans doute la situation présente des ressemblances ; toutefois, une différence capitale empêche la similitude d'être absolue, et cette différence est tout à l'avantage de rAutricbe. Elle consiste dans le fait que l'Empereur d'Autriche porte également les couronnes de toutes les parties qui forment l'Empire, avantage que n'avaient pas les Empereurs d'Allemagne. Je rappelle cette différence essentielle parce que je ne l'ai encore jamais vu établir et parce qu'elle a la valeur d'un impedimentum dirimens dans l'application de la base du juste milieu à notre Empire. En effet, il est absolument certain que Vunité de l'Empire d'Autriche ne peut reposer sur aucune autre base que cette souveraineté du monarque, parce que la souveraineté du peuple, dans son application à cet Empire, se transformerait en souveraineté des peuples qui en forment les parties. Or, la souveraineté du monarque peut s'étendre à plus d'un peuple, ce qui arrive dans l'État autrichien, tandis
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que la souveraineté du peuple est limitée à un seul peuple, parce que les souverainetés ne peuvent pas se superposer. Donc» celui qui parle de la souveraineté populaire appliquée à r Autriche parle implicitement de la dissolution de Tiimpire. Les hommes qui n'ont pas hésité à changer le titre d'Empereur par la grâce de Dieu pour le remplacer par les mois absurdes ^Empereur constitutionnel sans plus, ont-ils pensé à Vimpedimentum in re qui se montrait nettement devant eux? Certainement non. Mettez à profit la force qui réside dans le Fait; celui-ci se présente sous la formule que voici : ou bien TEmpire d'Autriche, ou bien sa dissolution ! 11 n'y a pas de milieu.
La même question se dégagera de la question dunite' sur le terrain allemand, sur le terrain de Francfort, La différence entre son application à l'Autriche et son application au territoire fédéral est la même que celle qui existe entre la différence des nationalités et celle des races de même nationalité.
Ne croyez pas, mon cher prince, que j'improvise des réflexions de ce genre. Elles m'ont servi de règle dans ma longue vie d'affaires, et si vous trouvez le temps (ce dont je doute) de jeter un coup d'œil sur les volumineux documents que j'ai écrits autrefois, vous y verrez ces vérités exprimées sous cent formes différentes. Mais puisque je suis en train d'écrire, je vais encore appeler votre attention sur quelques objets.
Comme je l'ai dit plus haut, il y a une faiblesse dans le caractère allemand; c'est la manie de singer toutes les nouveautés françaises. Ce mal se révèle jusque sur le terrain constitutionnel ; il a subsisté à l'état chronique depuis l'époque où Louis XYIII a octroyé sa charte, jusqu'à celle de la république rouge. Une fois que la fabrication de constitutions (besogne qui logiquement ne peut aboutir qu'à des produits avortés) est devenue une nécessité inévitable, qu^on adopte au moins la meilleure forme et non la plus mauvaise; car si, comme je l'ai dit, la possibilité d'y échapper n'est plus entre les mains des hommes, ceux-ci restent néanmoins libres de choisir en ce qui concerne la partie formelle de la tâche. Parmi les formes constitutionnelles, la forme anglaise est bien préférable à la forme
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française; dans ses traditions parlementaires, la première ne connaît que des amis et des adversaires du Gouvernement. C'est pourquoi le Parlement ne présente que deux côtés, et ces côtés se trouvent en face Tun de Tautre. Quant à des subdivisions dans le pour et le contre^ le Gouvernement ne s'en préoccupe pas; il dit : Qui n'est pas pour moi est contre moi. La tradition française ne reconnaît pas les droits de cette logique évangélique; elle a un centre, une droite et une gauche, et, pour porter la confusion à son comble, elle a encore imaginé un côté demi'Avoit et un côté demt-gauche, que le parlementarisme allemand a docilement adoptés. On est encore allé plus loin : en France, et par conséquent en Allemagne aussi, a surgi la tribune. Les inconvénients qu'elle présente apparaissent dans les directions les plus diverses, parmi lesquelles la forme théâtrale vient en première ligne, forme qui contribue à paralyser beaucoup de bons esprits et à stimuler les bavards remplis d'eux-mêmes. Est-il encore possible de revenir chez nous à de meilleurs errements? Je n*examinerai pas la question ; il y a là quelque chose à faire par le Gouvernement, — et cela n'est pas sans importance ; — si peu que ce soit, cela est d'un grand poids par les conséquences qui en dérivent. D'après les traditions anglaises, on dit : a le Gouvernement de Sa Majesté », au lieu de dire comme chez nous : « le ministère » ou même les ministres. Aux mots le Gouvernement du Monarque se rattache Tidée de Torigine du pouvoir; cette idée repose sur une grandeur permanente^ tandis que dans l'autre méthode la puissance tombe de sa hauteur permanente entre les mains d'une grandeur passagère. Cette réflexion n'est pas le fruit de la pédanterie, mais d'une logique pratique. Je comprends que de petits esprits puissent être charmés de parler d'eux comme du pouvoir ; aussi est-il incontestable que les adversaires du pouvoir sont enchantés quand celui-ci se rapetisse autant que possible et qu'il se livre ainsi à ceux qui veulent l'étrangler ; mais précisément parce que je comprends ces conséquences, mon esprit les repousse.
A présent, mon cher prince, je cesse d'abuser de votre temps. Je pourrais vous dire encore bien des choses que j'ai
sur le cœur, mais en Toilè assez pour aujourd'hui. Vous you$ êtes entoure, dans votre département, d'hommes capables» c*est tout ce qu'un chef peut faire. Si tous voulez leur communiquer cette lettre, il n'y en aura pas un parmi eux dont le sentiment diffère du mien.
Je vous envoie ci-joint une lettre adressée à l'Empereur que je vous prie de lui remettre. Je serai très-heureux s'il veut vous la faire lire*.
Recevez Tassurance de ma vieille amitié.
Metternich iSi Schwarzenberg (Mémoire sans date).
1950. Aucun État ne peut se soustraire aux conditions auxquelles est subordonnée sa vie intérieure et au contre-coup de la situation générale sur sa situation particulière.
Celte question : Quelle est la situation de l'Autriche? implique donc aussi cette autre : Quelle est la situation du continent européen? On peut répondre à la deuxième de ces questions en disant que c'est un état chaotique. Dans une pareille situation, les éléments qui, lorsqu'ils sont convenablement réglés, forment la vie politique, sont eu lutte les uns avec les autres. C'est dans une lutte de ce genre que la Révolution française a jeté le continent européen; elle dure depuis soixante ans et n'est pas encore près de finir. II n'est pas étonnant qu'elle se soit étendue aussi à l'Autriche. Dans quelle situation a-t-elle mis ce grand Empire du milieu? Voilà la question relativement à laquelle le Gouvernement impérial ne doit se livrera aucune illusion; il faut qu'il la comprenne bien s'il veut trouver le salut.
La révolution de Mars a mis fin dans notre Empire à l'ancien ordre des choses. Pouvait-elle traiter de même les conditions fondamentales de la vie de l'Empire? Certainement non.
* Cette lettre se trouve dans la note qui accompagne le Journal de la princesse Mélanie, page 43. (Noie de t Editeur,)
INDICATIONS POUR LE MINISTRE, ETC. (1849). ÂSb
Les rëvolutions sont des perturbations momentanées dans la ▼ie des États. Ce ne sont pas elles, ce sont leurs conséquences finales qui déterminent la forme politique — bonne ou mauvaise — qui en résulte. L^ordre finit toujours par reprendre ses droits; les États ne meurent pas comme les individus, ils se transforment ; la tâche des pouvoirs protecteurs est donc de diriger la transformation et de veiller à ce qu^elle suive la véritable voie. Quelles sont les conditions fondamentales de la vie de l'Empire autrichien? G^est dans la conception nette de ces conditions seulement qu*est le salut; si Ton n'en tient pas compte, ou si le pouvoir protecteur entre dans quelque mauvaise voie, TEmpire sera inévitablement perdu.
En Autriche, on se sert depuis longtemps dans la langue usuelle des mots : la Monarchie. Ce titre ne convient pas à un lÊXdil formé de parties gouvernées monarchiquementy mais distinctes entre elles sous bien des rapports, La seule idée applicable à un pareil assemblage politique est Tidée d'un Empire, La raison pour laquelle cette expression, la Monarchie, si fiicile à comprendre j» avait cours partout, est dans l'application du mot Empire au Saint-Empire allemand d'autrefois dont les chefs ont été, pendant une longue suite non interrompue d'années, les Monarques autrichiens.
Quelque insignifiante que puisse paraître la réflexion consacrée à une expression si simple en apparence, elle n*en a pas moins une valeur considérable, car elle porte sur la différence radicale qui existe entre un corps uniforme dans son organisation intérieure et un corps composé à l'intérieur de plusieurs membres.
L'Empire d'Autriche est un composé, et cela pour des raisons qui ne sont nullement arbitraires, mais pour des raisons d'une force invincible, en tète desquelles se trouve la différence des nationalités.
Pour montrer dans tout son jour ce que c'est que l'Empire autrichien, il suffit de comparer les conditions essentielles de
son existence et celles de Fancien Empire germanique et du plus grand État unitaire du continent européen, de la France.
Si le principe de l'unité, qui, par suite de la Révolution, s'est développé en France jusqu'à amener une centralisation dépassant les bornes d'une saine pratique, si ce principe, dis-je, ne présente aucun point d'appui pour la comparaison des condi* tions de Texistence de T Autriche avec celles delà France, — que celle-ci s'appelle Monarchie ou République, — il n'en est pa& de même de la comparaison entre la situation de l'Autriche et celle de l'Empire d'Allemagne d'autrefois, comparaison qui est tout à l'avantage de l'Autriche.
Dans l'Empire d'Allemagne, les droits de souveraineté appartenaient à l'Empereur et à l'Empire. Les parties dont cet Empire se composait étaient gouvernées par des princes qu» possédaient la souveraineté territoriale; cette situation amenait fatalement des conflits on ne peut plus regrettables entre les pouvoirs supérieurs, et l'influence qu'elle a exercée sur l'existence de l'Empire a fini par en causer la dissolution.
Il n'en est pas ainsi de l'Autriche. C'est dans l'Empereur que se concentrent les droits souverains de toutes les parties dont la réunion forme l'Empire. Les conflits qui se produisaient fatalement dans l'Empire germanique d'autrefois n'ont aucune raison d'être dans l'Empire d'Autriche.
Ce fait, dont il importe tant de tenir compte, a toujours été présent à mon esprit : — qu'il me soit permis de parler ici de moi. Je l'ai prouvé par la proposition du couronnement de TEmpereur François, proposition que j'ai faite à la suite d'une sage ordonnance rendue par cet Empereur lorsqu'il accepta la couronne impériale d'Autriche. On n'a pas compris l'importance que j'attachais à cette question, et si je cite le fait, ce n'est pas pour lui attribuer la valeur d'un contre-coup immédiat sur les funestes événements de l'année 1848, mais simplement pour montrer qu'il forme la base de l'existence de l'Empire d'Autriche, et pour rappeler une vérité incontestable, que je formule ainsi : l'exclusion absolue du principe de la souveraineté du peuple appliqué à t Empire d'Autriche. Je ne veux pas m'engager dans une dissertation approfondie, et je me borne, en ce
qui concerne le corps politique autrichien^ à répéter que ce principe ne peut nullement s'appliquer au groupe d'États qui forme dans son ensemble le corps politique portant le nom d'Empire d'Autriche.
J'ai déjà formulé cette maxime, que la révolution de Mars trace une h'gne de démarcation profonde entre l'ancien ordre de choses et un nouveau régime à créer dans l'Empire d'Autriche, et j'y ai ajouté cette réserve, que le changement ne doit pas atteindre les conditions essentielles de l'existence de cet Empire.
Au nombre de ces conditions je reconnais :
P Le maintien des parties qui forment l'Empire, maintien contraire à l'abus de la centralisation telle qu'elle existe en France.
2*" Le maintien absolu de la souveraineté du Monarque, sans laquelle V Empira dans son ensemble ne saurait se concevoir, parce que des souverainetés nationales ne peuvent pas se superposer l'une à l'autre, et que YEmpire existant comme corps politique sous leur autorité est une véritable utopie.
Les difficultés qu'entratne nécessairement la transformation de l'ancien ordre de choses en un nouveau régime sont-elles résolues par le fait qu'on reconnaît comme exactes ces maximes? Assurément non ; mais cette reconnaissance assure une base à la transformation; or, c'est folie pure que de vouloir élever un édifice sans base.
On n'a sans doute jamais vu d'absurdité plus grande que la proclamation d'un Empereur constitutionnel d'Autriche^ et cela non-seulement parce que des princes peuvent être nés a légitimes » , mais non constitutionnels y mais parce que, pour rendre le mot intelligible, il faudrait plutôt dire : régnant constitutionnellement, mots qui équivaudraient à Fépithète «honnête » ou a juste » ajoutée au nom d'un particulier quelconque. Si cette expression absurde pouvait se justifier, ce serait par l'hypothèse de la dignité impériale considérée comme une émanation
de la souveraineté du peuple, c'est-à-dire par une idée qui, pour ce qui concerne notre Empire, n*est susceptible d'aucune application.
En m'appuyant sur les deux points que j'ai posés comme étant des conditions vitales pour T Autriche, je rencontre une question qui repose non-seutement sur des exigences de Tépoque , mais encore sur des droits acquis. J'appelle ainsi l'organisation des corps représentatifs dans l'Empire.
Si le Gouvernement n^admet pas l'existence de corps représentatifs dans les parties dont se compose l'ensemble de l'État, il fera intervenir le sentiment des nationalités sur le théâtre de la lutte et compromettra l'idée de l'unité de l'Empire. S'il a en vue une représentation centrale avec le maintien de la représentation provinciale, il créera des Parlements superposés, c'est-àdire une organisation dont l'existence serait impossible, et cela pour des causes inévitables. Le Parlement central absorberait nécessairement les représentations locales, ou bien ces dernières le paralyseraient dans sa marche. Si l'on peut concevoir un chef politique exerçant des droits de souveraineté sur des corps représentatifs distincts entre eux, ce qui existe réellement en Suède et en Norwége par suite de Vunion per^ sonnelle enti'e ces deux pays, et ce qui existait avec quelques restrictions avant la suppression du Parlement irlandais et son absorption dans le Parlement britannique, on ne peut concevoir la subordination d'un Parlement à un autre.
Sans doute on pourrait chercher le moyen d'arriver au but dans un partage rigoureusement pondéré des compétences parlementaires , mais ce moyen ne serait pas efficace. La tendance à franchir les limites de leur compétence est naturelle aux Parlements; combien ne serait-elle pas plus forte là où la lutte s'engagerait non pas sur le terrain des pouvoirs législatif et exécutif, mais uniquement sur celui de la compétence législative?
S'il n'est pas possible d'éviter une représentation centrale à côté des états provinciaux , — et je crois que cela est inévitable, — je ne connais pas d'autre solution que celle que pourrait présenter le point de départ des représentations, c'est*
à-dire la loi électorale. Les mêmes électeurs ne peuvent être appelés à nommer leurs représentants dans les assemblées pro- TÎnciales et dans le Parlement central. Comme on peut admettre que les pays dont se compose TEmpire n'offriraient peut-être pas le nombre nécessaire d^individus aptes à Fournir des députés pour les deux genres d'assemblée, les meilleurs candidats se porteraient, ou bien aux élections de la représentation provinciale, ou à celles de la représentation centrale, selon que Tune ou Tautre leur présenterait plus de chances d'activité utile.
Ces considérations, Fondées sur Tétude pratique de la question, me ramènent au système dont s'occupait le Gouvernement avant le fjEital mois de mars 1848 : à celui de la convocation des membres des états provinciaux pour former un conseil consultatifs conseil auquel il faudrait assigner aujourd'hui une sphère d'activité plus étendue. La position de la représentation centrale échapperait ainsi aux difficultés inhérentes à V élection populaire, et les membres les plus éminents des assemblées provinciales arriveraient à former ainsi une reprébcntation centrale par une voie plus facile et généralement plus sûre que l'élection.
J'ignore quel plan le Gouvernement suit par rapport à l'organisation d'une représentation. Quel qu*il soit, la manière de former la représentation centrale est, à mes yeux, d'une importance considérable, je dirai même capitale *.
J'ai considéré tout d'abord comme inévitable le résultat que faisait prévoir la chimère d'une Allemagne unitaire. Il n'y a rien de stable dans tout ce qu'on a fait à Francfort, et la même destinée est réservée à l'entreprise de Berlin. En somme, le Corps germanique est engagé dans une lutte entre la république rouye et les anciennes convoitises prussiennes.
L'histoire n'o£Fre pas un second exemple d'évolutions comme celles que l'année 1848 a présentées dans la situation de rAllemagne; une pareille succession d'événements ne peut s'expliquer que par l'anéantissement de la force gouveme-
* Voir sur ce sujet le chapitre suivant : « Sur une Constitution en Autriche. ■
{Note de C Éditeur.)
mentale à la suite de la terreur que la révolution de Mars avait répandue sur toute rAlIemagne. Ce n'est qu'à cette condition qu'on a pu voir se produire des bits tels que la réunion d'un Parlement préliminaire^ la nomination d'hommes de confiance, celle de la commission des Cinquante, choisie dans ce Parlement préliminaire, les élections ordonnées par les Gouvernements eux-mêmes pour T Assemblée nationale constituante, cet acte dont la base absolue était la reconnaissance de la souveraineté du peuple par les princes !
En ce qui concerne TAlIemagne, TAutriche ne peut être qu'à la télé du Corps germanique ou en dehors, La première situation ne peut se concevoir sans la base du principe monarchique; l'Empereur d'Autriche ne peut pas se courber sous le joug de la souveraineté populaire allemande, car même s'il consentait à se placer lui-même sous la souveraineté des populations de son propre Empire, il ne pourrait en aucun cas se mettre dans la dépendance de deux mattres !
La question allemande, telle que les circonstances l'ont développée, est un non-sens, et ne peut, par conséquent, se résoudre ni dans le sens des représentants de la démocratie en Allemagne , ni dans celui de l'esprit de conquête qui anime la Prusse. L'Autriche a été rendue étrangère à l'Allemagne ; l'attitude qu'elle a prise en présence de l'état actuel des choses est la seule correcte ; c'est celle qui convient à des situations dans lesquelles un grand État ayant droit à l'indépendance ne peut accepter la place qui lui est assignée et doit, par conséquent, se mettre en dehors et à côté de cette place que la raison lui défend d'occuper. La situation dans laquelle la Prusse s'est mise est, ou bien celle d'une nation qui montre au grand jour ses désirs de conquête, ou celle d'un pays qui cache ses visées ambitieuses sous le masque de la protection. De pareilles situations se dénouent mal, car elles provoquent toujours la résistance matérielle à côté de la résistance morale.
La sagesse humaine et rexpérience ne suffisent pas pour prévoir avec quelque certitude le dënoûment de la situation actuelle. Ce qu'on peut dire de Tétat général des choses s'applique également à notre Empire. L'époque où nous vivons est une période de transition; c'est la destruction, et non la réédification, qui forme le caractère principal de ces périodes, où la sagesse pratique se borne à se cramponner aux bases de la vie de l'ensemble et à celles de l'existence des divers États. D'après ma conviction , les bases de l'existence d'un Empire autrichien sont, indépendamment de celles qui sont communes à tous les États , les suivantes :
L'unité jointe à la variété ; l'unité du Gouvernement et la prise en considération de la différence des parties qui forment TEmpire ;
Le maintien des droits légaux des différents pays, reposant sur la différence des nationalités, ce grand moyen de faire ressortir les idées dont l'effacement sert de base à la situation gé- ' nérale ou l'on se trouve;
L'affermissement du pouvoir gouvernemental par l'action du gouvernement dans le véritable sens du mot, et la pondération pratique de la représentation des pays dans leurs parties et au centre. Sous ce dernier rapport, j'ai déjà dit que je regardais comme impossible la superposition de Parlements issus d'un seul et même système électoraL
L'appui donné à la grande propriété foncière, comme étant le seul contre-poids effectif à opposer à l'invasion de la démocratie.
Je n'ai pas besoin de rappeler que ces indications ne donnent pas les moyens de supprimer entièrement les difficultés inhérentes à la situation. Il y a bien une différence entre s'occuper de ces difficultés et trouver les moyens d'arriver au but, c'est-à-dire à la conservation de l' Empire. Ce n'est qu'à des Gouvernements sachant bien ce qu'ils veulent qu'il est possible de triompher des vicissitudes du présent et d'avoir des chances d'avenir.