‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 34 sur 75 · LA LIBERTÉ DE L'ÉGLISE EN AUTRICHE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DE L'ÉGLISE EN AUTRICHE

dans son dernier retranchement, et ce retranchement doit être attaqué avec la question catégorique : « Voulez-vous être catholique ou cesser de Tétre? » A cette demande devra être jointe la déclaration que TEmpereur et son peuple sont et veulent rester dans TËglise et ne pas se placer en dehors de l'Église, et qu'ils veulent dès lors vivre avec elle en bon accord. Mille voix se prononceront pour, sur une qui s'élèvera contre, et il se trouvera que cette voix sera celle d'un fou, ou celle d'un esprit égaré» mais d'un cœur franc.

Ce n'est pas la question religieuse en Autriche qui se trouve seule aujourd'hui dans cette phase, où les masques cessent d'être à la disposition des partis qui se sentent le besoin d*en emprunter afin de se dissimuler. Voyez ce qui se passe en France; une véritable signatura temporis me paraît être le discours que M. Thiers a tenu dans la séance du 25 mai, dans l'Assemblée législative & Paris. Quand l'auteur de V Histoire de la Révolution française sent le besoin de se charger du rôle de défenseur de la vérité antirévolutionnaire, il faut bien que la situation ait changé. La lumière commence à se montrer. Malheureusement elle plane sur le chaos. La prétendue civilisation a ramené les situations aux premiers jours de la création du monde.

Je partage en entier, Monseigneur, votre sentiment à propos de ce qui se passe aujourd'hui dans les États sardes. Rien à cet égard n'a lieu de me surprendre; la leçon porte ainsi sur d'autres que sur moi.

J'ai vu^ il y a quelques jours, M. de Jarcke, qui a fait une excursion à Paris et à Bruxelles. Je regrette que le sentiment politique ne soit point chez Jarcke à la hauteur de l'activité de son sentiment religieux. Sa vie se concentre dans le journal dont il est un des premiers soutiens. Il prêche des convertis : je voudrais qu'il étendit ses soins aux pervertis.

Metternich à Viale Prela (Lettre). Bruxelles, le 7 juin 1850.

1888. J*ai rhonheur de vous accuser réception de la lettre que vous avez bien voulu m'adresser en réponse à celle où j'ai

exposé le franc ayeu de la double impression sous laquelle m*a placé la grande mesure du règlement des affaires religieuses dans TEmpire d'Autriche. Vous me confirmez ce que je savais, car il m'eût été impossible de mettre en doute que le mérite de cette grande œuvre ne remontât à la personne même du Monarque. Si pour m'orienter j'ai regardé comme nécessaire de fixer ma pensée sur les organes intermédiaires, je ne m'étais pas abusé pour cela sur le fait principal.

Gela établi, la vérité h l'égard des conséquences d'un fait accompli ante ou post diluvium ne perd rien de sa valeur à mes yeux ni dans le for de ma conscience. Si à ce sujet j'avais eu besoin, pour asseoir ma pensée, du secours de l'expérience, il ne m'eût point manqué dans le pays que j'habite en ce moment. Le pays est éminemment catholique ; il le serait d'une manière moins gênée si l'ordre dans les affaires religieuses ne s'y trouvait pas lié au point de départ du désordre politique. Mon regret est ainsi raisonné, et par cela même il n'est point entaché du sentiment personnel que Dieu dans sa miséricorde a tenu éloigné de mon individualité.

De bien importantes questions de détail restent encore à mettre dans l'accord qui leur est dû avec le principe qui aujourd'hui est proclamé dans l'Empire. Je regarderais comme utile que le Gouvernement tirât parti d'un fait historique, en ce qui concerne la législation fautive quia été le produit naturel des fausses doctrines du dix-neuvième siècle; c'est que, dans le cours des soixante dernières années, les lois existantes nom pas été exécutées par suite de l'impossibilité de leur application aux cas spéciaux ! L'argument me semble tellement ad homi^ nem, qu'il fait appel aux esprits droits. Étendre ce soin à ceux qui sont perdus ne vaudrait pas la peine.

La dernière allocution du Souverain Pontife réunit les conditions de la vérité aux nuances réclamées par la sagesse. Le passage qui a rapport à ce pays-ci ne restera pas sans un effet utile. Des élections partielles ont lieu dans ce moment, et le parti catholique est à même d'en tirer un profit qui se traduira par l'entrée dans la Chambre des représentants d'un à douze membres de plus de ce parti...

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