‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 37 sur 75 · LE CONSEIL DE L EMPIRE EN AUTRIGBE · texte numérisé non relu

LE CONSEIL DE L EMPIRE EN AUTRIGBE

(Page 94.)

i960. Le baron de Riibeck ï MeUeriiich(Letlre). Vienne, le 24 janvier 1851. — 1961. Metternich au baron de Kûbeck (Lettre). Bruxelles, le 14 février 1851.

1860. Après mon retour précipité de Francfort, j'ai trouvé ma femme gravement malade en Moravie , et j'ai eu d'autres tribulations qui m'ont entièrement absorbé. Je n'avais alors aucun pressentiment de ce qui m'attendait. Plus tard, quand je vins à Vienne et que je me présentai à Sa Majesté l'Empereur et au prince de Schwarzenberg, je fus simplement invité à dire ce que je pensais de l'institution du Conseil de l'Empire. Ainsi que Votre Altesse peut le supposer, je me prononçai pour la nécessité d'une pareille institution ; tout en indiquant rapidement quelques bases de l'organisation de ce Conseil et quelques conditions indispensables pour en assurer le succès, je crus néanmoins devoir exprimer le désir de voir Sa Majesté décréter cette institution, mais en faisant appel auparavant aux lumières de plusieurs personnes compétentes qui en discute* raient les statuts, afin que l'Empereur eût sous les yeux un tni* vail sérieux sur cette question.

L'Empereur et le prince de Scbwarzenberg accueillirent

LE COHSEIL DE L*EMPIRE EN AUTRICHE (l851). 535

cette proposition, et me chargèrent en même temps de diriger la commission et de présider le futur Cîonseil de l'Empire.

Dans la commission nous ayons tiré parti de tous les travaux antérieurs sur le Conseil d'État autrichien. Comme je me rappelais que dès 1816 Votre Altesse ayait développé à Milan, en ma présence et devant le éomte de Stadion , alors ministre des finances, ses idées sur une réorganisation de notre Conseil d'État, et comme je savais que plus tard vous aviez soumis à l'Empereur un travail sur cette question, je fis immédiatement faire des recherches. Mais jusqu'à présent on n*a trouvé trace de ce travail que dans les actes de Cabinet du comte de Wallis, dans un avis motivé donné parce dernier. Toutefois je me rappelle fort bien en gros les conversations de Milan et de Vienne, sans avoir jamais vu l'acte lui-même. J'ai profité de mes souvenirs dans la direction des travaux de la commission ; Votre Altesse pourra s'en convaincre dès que je trouverai une occasion sûre de lui soumettre le résultat de ces délibérations.

Ainsi que Votre Altesse l'avait recommandé à l'Empereur François, l'organisme du Conseil d'État ne fut pas entièrement supprimé; mais on n'en garda que la division en sections dirigées par des chefs de section, et, en général, la réforme ne fut pas exécutée de manière à répondre à ce qu'on en attendait. A cette époque, on avait fait appréhender à l'Empereur qu'on n'eût Fintention , sinon de restreindre son autorité , du moins d'en gêner Texercice par des formes que l'Empereur regardait comme de véritables entraves. Cette appréhension a été la cause première de l'état incomplet dans lequel resta alors l'organisation du Conseil d'État. Dans notre situation actuelle, la difficulté n'est plus de ce côté-là, elle est dans la toute-puissance ministérielle, qui croit prévoir, du côté du Conseil de l'Empire, des empiétements et des entraves qu'elle désire éviter. J'espère néanmoins que l'Empereur et le prince de Schwarzenberg ne perdront pas de vue la position de la Couronne, et qu'ils n'iront pas affaiblir eux-mêmes le sérieux appui qu'elle peut trouver dans le Conseil de l'Empire *.

* Le Gonieil de l'Empire, donc il s'agit ici, entra bientOc en fonctioD, À la

52(5 RECUEIL DE DOCUMENTS (lg48-1853). — APPENDICE.

A la suite d'observations attentives , j'ai trouvé notre situation fort améliorée à certains égards, inquiétante à d'autres.

Je l'ai trouvée améliorée en tant que l'immense majorité de la population de l'Empire est dégoûtée de la révolution et de ses fruits, et que, principalement en Hongrie, en Transylvanie et en Galicie, elle soupire après la domination du Monarque, d'un Roi, attendu qu'elle ne cojinaft pas les ministres et qu'elle ne comprend ni n'a envie de comprendre les mots, vides de sens, de responsabilité et d'irresponsabilité.

Ce que je trouve inquiétant , c'est l'état de nos finances , la nature et la portée d'un grand nombre de mesures gouvernementales empruntées à la révolution , et surtout la résistance matériellement passive, mais moralement très-active, que la population oppose à tout cet appareil de nouveautés qui forment toute une bibliothèque d'actes législatifs postérieurs au mois de mars.

Toutes les nouvelles créations portent plus ou moins la marque de leur origine révolutionnaire ; elles flottent entre la vie et la mort. Elles ne peuvent pas devenir bien vivantes, parce qu'elles sont contraires aux habitudes, aux mœurs, à la situation de la plus grande partie de notre population, et que, par suite, elles ne peuvent pas prendre racine dans l'Empire; mais il ne sera pas si facile de les supprimer, parce qu'elles ont pris une force artificielle répandue dans leurs organes, qui gagnent du terrain comme des plantes parasites et qui tâchent de se cramponner où ils peuvent.

L'Empereur, le prince de Schwarzenberg et, comme je le crois, le ministre Bach, dont le jugement est sûr et droit, ne se font pas illusion sur l'état des choses et comprennent bien la situation.

Mais comment en sortir? Voilà la question , voilà le problème dont la solution s'impose au Gouvernement, qui est allé trop loin, et qui s'est trop hâté de prendre les devants.

Puisse le bon génie de Bruxelles apparattre bientôt dans

suite des lettres patentes impériales du 13 avril 1851. D'après sa composition et ses attributions, c'était une refonte de Tancieu Conseil d'État.

(JVofe de VÊdiieur.)

LE CONSEIL DE L'KMPIRE EN AUTRICHE (l85l). 52T

l'Empire, $a patrie, pour nous assister au moins de ses «conseils !

Metternich au baron de Riibeck (Lettre). BruxelleSy le 14 février 1851.

1961. Je profite d*une occasion tout à fait sûre pour vous dire que j'ai reçu , le 9 de ce mois , votre lettre du 24 janvier. On retrouve bien dans ces lignes le caractère de tout votre être moral, de la marche pratique de votre esprit et du discernement qui vous fait reconnaître la vérité dans les situations du jour et qui est le privilège exclusif des esprits qui ont des yeux pour voir. La situation dans laquelle se trouve aujourd'hui ootre Empire a est telle que vous la concevez ». Ces paroles renferment la preuve que je sens le mal et le mieux (non le bieuy car nous n y sommes pas encore arrivés) dans la mesure et dans les directions que vous indiquez en peu de mots. Je suivrai votre exposé en gardant Tordre que vous observez vous-même dans votre lettre.

Page 1