‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 2)Chapitre 42 sur 75 · SUR LES MESURES ARRÊTÉES PAR SA MAJESTÉ (185S · texte numérisé non relu

SUR LES MESURES ARRÊTÉES PAR SA MAJESTÉ (185S

État, on peut parler avec oa sans chances de succès du choix entre la forme monarchique et la forme républicaine, la possibilité même d'un pareil choix disparatt en ce qui concerne rÉtat autrichien.

La seule forme de gouvernement qui conyienne à Tagglomération de pays qui forment Tensemble de TEmpire, c'est la forme monarchique, parce que la cohésion des parties serait absolument impossible sous la forme républicaine, et qu'elle n'est possible que sous le gouvernement monarchique, qui trouve dans la personne de l'Empereur la pierre angulaire et la clef de voûte de l'Empire. Pour s'en convaincre, il suffit de quelques considérations extrêmement simples.

La monarchie repose sur l'idée de la souveraineté person» nelle comme point de départ de la plénitude des droits et de la puissance, de même que l'idée de la souveraineté populaire doit servir naturellement de base à la forme républicaine. L'idée de la dernière de ces formes n'est pas applicable à l'Empire d'Autriche ; cela tient au seul fait de la non^existence d'un peuple autrichien.

Il n'existe point de peuple de ce genre : l'Empire d'Autriche est une agglomération de peuples de races diverses, dont l'ensemble forme l'Empire. Si un Souverain personnel peut régner sur des populations d'origine différente, on ne peut concevoir, d'un autre côté, une souveraineté populaire placée au-dessus d'autres souverainetés de même genre et de même origine.

Partant de ce point de vue, qui embrasse à la fois des principes et des faits, point de vue dont il laut tenir compte dans toutes les directions où il est question de notre législation, j'arrive à une conclusion qui est d'une importance majeure pour bien comprendre la situation de l'Empire et des devoirs imposés par le temps et par les événements au pouvoir législatif, et qui se résume dans la nécessité de compter avec ces deux éléments qui existent dant l'Empire : « Vunitéet la diversité. *

On ne peut imaginer un plus violent contraste que celui que présentent à cet égard PÉtat français et l'État autrichien. De même que dans le premier de ces corps politiques l'élément de l'unité relègue, pour des raisons naturelles, celui de la di^

versité au second plan, de môme ces deux éléments se contrebalancent dans l'autre . Si en France Pidée de Tunité (en français, on dit : de l'unité et de Tindivisibilité) a pu aller jusqu'à l'excès dans la centralisation de l'administration, en Autriche, par contre, les tentatives du Gouvernement pour arriver à une égalité pareille échoueraient toujours. Quand deux forces sont en face Tune de l'autre, il faut que Tune cède le terrain à l'autre, ou bien il faut délimiter le champ d'action qui appartient naturellement à chacune et prévenir ainsi toute collision. On ne peut empêcher les conflits qu'en désignant le terrain propre à chaque élément. Pour l'idée d'unité dans tous les £tats, et paiticulièrement dans l'Empire autrichien, il faut le terrain gouvernemental; pour l'idée de diversité, il faut le terrain administratif. Il est inutile de faire remarquer que cette sorte de cantonnement de deux éléments se complique de mainte difficulté, et qu'elle intéresse le domaine juridique aussi bien que le domaine politique. Nier un feit, c'est perdre son temps; l'homme pratique reconnaît et règle ce qui est vrai et nécessaire.

2. Une des tâches qui s'imposent le plus sérieusement au Gouvernement, c'est l'examen des causes qui ont amené les difficultés du jour. Je range ces dernières en trois périodes, qui ont créé une triple tâche.

J'appelle ainsi le passé, la période intermédiaire et la période contemporaine.

Le passé finit au 14 mars 1848.

La période intermédiaire s'étend depuis ce jour jusqu'au 4 mars 1849.

Gomme point de départ de l'époque contemporaine, il faut indiquer l'édit constitutionnel du 4 mars.

Le passé a une valeur irrécusable pour Yétude de l'origine de la situation.

La période intermédiaire est marquée par un cataclysme tel que ceux qui répandent la destruction dans le monde physique et ne créent rien.

La période contemporaine exige la reconstruction de l'édifice politique, écroulé et ébranlé jusque dans ses bases.

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