‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 10 sur 123 · SLR L'INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

SLR L'INTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE

occasion la force des influeiu'es locales, et nous devons reconnaître le pouvoir que des influences pareilles peuvent exercer sur un (fouverneinent ; Thistoire de rAutriche dans rAlliance a fourni bien des preuves de la mesui'e de nos sentiments sous ce rapport. C'est en feisant soigneusement la part de ces justes égards que nous avons agi en 1821; c'est en respectant ces nécessités, sans cependant arrêter leur action, que les trois Monarques ont sauvé FEurope de la ruine immanquable que .lui avait préparée la révolution de Naples, résultat immédiat et naturel de la révolution espagnole.

Justes en 1821, nous le sommes de nouveau en 1823. Nous admettons que la révolution espagnole puisse se présenter sous des points de vue différents à la (>rande-Bretagne et aux puissances continentales. L'Angleterre pourrait rester longtemps en jouissance dun état de paix et de prospérité intérieure , lorsque déjà les puissances continentales se trouveraient livrées aux dangers les plus réels. Il est des commotions intérieures qui n'agissent pas au même degré sur les États rapprochés du foyer révolutionnaire et sur ceux qui en sont séparés par de grandes distances; mais quels que soient la proximité et le danger de V effet, c'est la îiature du mal qui peut en faire un principe de dissolution et de mort pour tous les corps exposés aux mêmes atteintes. Tel est le cas du déplorable événement qui nous occupe. L'Angleterre peut ne voir dans la révolution espagnole qu'une révolution ordinaire ; l'instrument qui a opéré cette révolution ne saurait beaucoup alarmer un Gouvernement qui, comme celui de la Grande-Bretagne, est par son essence plus civil que militaire. Les puissances continentales , au contraire , voient et doivent voir avant tout dans la révolution espagnole le moyen qui lui a servi de levier. Comme elles ne peuvent se passer d'armée, à moins de renoncer aux premières conditions de leur existence, le désordre qui a bouleversé l'Espagne est du genre de ceux qui empoisonnent les sources et attaquent le principe de la vie. La révolution espagnole se présente aux puissances comme se présenterait peut-être à l'Angleterre un événement de même nature qui serait amené et conduit par quelques matelots osant

38 HECIEIL de documents (1823-1 829).

tenter de donner à la force armée sur mer le droit d'imposer la loi à la métropole.

Si les deux positions diffèrent essentiellement sous ce point de Tue, la question de 1823 offre une autre différence non moins sensible avec celle de Tannée 1821. Nous en trouvons des traces dans Tune des pièces anglaises : « L'Espagne offre des points de vue d'un intérêt plus particulier pour l'Angleterre. » A ne partir que du point de vue politique, nous serons aussi loin de méconnaître cette réalité , que nous serions disposés à nier que , dans un ordre de choses naturel , les intérêts et le sort de l'Italie et de l'Allemagne touchent de plus près aux intérêts de l'Autriche que ceux de la Péninsule occidentale. Aussi n'eussions- nous pas été chercher une afGaire en Espagne si l'Espagne n'était venue nous la présenter, en nous forçant de songer sérieusement à notre propre conservation. Nous n'ignorons pas que les fectieux de ce Royaume prétendent ne s'être immiscés dans les affaires d'aucune autre nation. Mais si les témoignages les plus éclatants ne s'élevaient de toutes parts pour démentir cette assertion, elle prouverait seulement que le mal qui dévore l'Espagne est d'un caractère assez contagieux pour créer par lui-même et sans aucune action positive les funestes effets qu'il a incontestablement produits dans plus d'un pays de l'Europe.

Ce qui agit avec une force aussi positive sur nous, pourrions-nous méconnaître son action sur les intérêts les plus directs de la France , de ce Royaume placé en contact immédiat avec le foyer du mal ?

L'Angleterre attache-t-elle à l'attitude de la France la valeur d'une ingérence isolée de cette puissance dans les affaires nationales de l'Espagne? M. Ganning dit dans sa dépêche à sir Robert Gordon : « Les motifs qu'invoque maintenant la France pour foire la guerre sont d'une nature toute différente de ceux qui ont été prévus et auxquels il a été pourvu à Vérone dans les stipulations défensives du procès -verbal. » II nous paraît nécessaire de fixer avant tout le sens que Ton attache à cette observation. Si elle ne portait que sur la distinction toujours vague, et quelquefois difficile à établir, entre une guerre

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