SUR HNTERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE
674. Mettei nich à Esterfaazy (D.), Vienne, le 20 mars 1823. — 675. Metternich à Vincent (D.), Vienne, le 23 mars 1823. — 676. Melternicli à Vincent (D. rés.). Vienne, le 23 mars 1823.
674. Sir Robert Gordon a reçu ces jours derniers un courrier par lequel il a été chargé de me donner connaissance d'une dépêche du principal secrétaire d'État, renfermant des questions sur lesquelles le Cabinet britannique désire recueillir des lumières. Désirant vouer à cette communication toute l'attention qu'exige la gravité du sujet, j'ai prié M. le ministre d'Angleterre de me confier la dépêche de M. Cannîng. Je suivrai dans ma réponse l'ordre dans lequel ce ministre luimême a placé les questions. Nos explications seront franches et précises ; elles seront ainsi dignes de deux Cours liées par une longue série de relations intimes, et dont elles ont d'autant plus à se féliciter qu^elles ont été aussi heureuses que fécondes en résultats bienfaisants pour l'Europe entière.
La première question que nous adresse le Cabinet britannique porte sur une déclaration de neutralité de notre part,
SLR LINÏERVENTION FRANÇAISE EN ESPAGNE (1823). 35
dont ce Cabinet a cru pouvoir déduire Fldée du texte d'un article inséré dans la feuille de ï Observateur autrichien Au 5 février. M. Canning nous a fait foire, par suite de cette version, la communication confidentielle de plusieurs pièces de sa correspondance diplomatique relative au grand intérêt du moment. Il en prend occasion pour nous témoigner Tespoir « que le Gouvernement du Roi pourrait trouver dans rAutriche un appui pour seconder les efforts qu'il fait pour prévenir un événement (la guerre entre la France et T Espagne) dont les conséquences paraissent frapper vivement le Gouvernement impérial » .
L'article dans V Observateur a un sens clair et précis, et l'objet qu'il a eu en vue n'a été autre que de détruire le jeu d'une faction qui, pour opérer une baisse sur les fonds et en particulier sur les nôtres, avait pris à tàclie de faire regarder au public la guerre générale comme la conséquence nécessaire de toute entreprise dirigée par la France contre la révolution espagnole.
La profession de foi politique de l'Empereur est trop notoire pour qu'il ait pu nous paraître nécessaire d'entrer, à l'occasion d'un article de gazette destiné à notre public, dans des explications motivées. Il a dû nous suffire de donner un démenti à la faction, sans aborder la lutte entre le principe de conservation et celui de destruction.
L'idée de la neutralité dans cette lutte est incompatible avec notre système politique. Combattant pour une même cause depuis plus de trente ans, forcé tantôt, par des événements plus forts que sa puissance , de suspendre son action , mais la reprenant aussi souvent que des circonstances plus favorables ont pu le lui permettre, l'Empereur ne saurait se déclarer neutre lorsqu'il s'agit de soutenir un principe sur lequel reposent l'existence de son Empire et le bien-être de ses peuples; principe que nous n'avons cessé de regarder comme la base fondamentale de l'Alliance , et qui , après un quart de siècle de tourmentes et de bouleversements, a donné enfin la paix à l'Europe ; cette paix que les puissances ont maintenue avec une constance et un scrupule peut-être sans exemple dans
rjiisloire, et que d'odieuses tentatives de la part des perturbateurs perpétuels du repos des nations ont seules entrepris de troubler.
Les offices que le Cabinet britannique a bien voulu nous communiquer ont été, de Taveu même des rédacteurs, conçus «dans le but d'amener un accommodement à l'amiable entre la France et TEspagne » . En prenant ce but mûrement en considération, nous arriverons, parles voies les plus faciles, au point qu'il doit importer le plus au Gouvernement britannique de voir précisé entre nous.
Toute action de la France sur l'Espagne ne peut découler que de deux sources. Elle peut se fonder sur le principe que nous professons, opposé, comme il le sera toujours , à ceux de la Révolution ; ou bien , elle pourrait avoir pour but des vues isolées, appartenante une politique exclusivement française. I^ France, dans le premier de ces cas, marcherait en conformité du principe de l'Alliance; dans le second, elle en dévierait. Dans la première de ces hypothèses , elle a tout droit à l'appui des alliés ; dans la seconde , TAutriche et, — nous en sommes convaincus , — les autres Cours professant les mêmes principes que nous y loin de favoriser et plus éloignées encore d'appuyer une manière pareille de procéder, regarderaient la France comme isolée de leur pensée, et par ce fait même sans droits à leur appui.
Tout dans l'application de ce raisonnement nous parait simple, juste, conforme à l'honneur et à la bonne toi des Monarques. Pénétrés de la nécessité de se serrer sur un même terrain contre l'ennemi commun des trônes et des peuples, ils n'en reconnaissent pas moins celle de ne jamais consentir à ce que les maximes sur lesquelles ils fondent leur salut puissent servir à des fins directement opposées au principe qui forme la base de leur alliance et qui seul en règle l'esprit.
En reproduisant les vérités que nous venons de rappeler, nous n'avons nullement la prétention d'énoncer quelque chose de nouveau pour le Gouvernement britannique. Nous sommes trop justes et, — je me permets de l'avancer, — nous sommes trop éclairés pour ne pas avoir senti et apprécié en toute