DÉCLARATION DES TROIS COURS ALLIÉES
joindre dans une forme quelconque à sa démarche, ferait, en se rendant à cette invitation, sortir notre Cour de Tattitude que jusqu'à cette heure elle a su conserver d'une façon immuable dans la complication orientale, attitude à laquelle nous devons en particulier la confiance que nos conseils peuvent inspirer encore au Divan.
Si M. l'envoyé de Prusse devait éprouver de l'hésitation, et je l'admets comme fort probable, à s'avancer sur la même ligne que notre représentant, la Cour d'Autriche perdrait immanquablement aux yeux de la Porte son attitude de bienveillante neutralité.
Enfin, de deux choses l'une : M. de Zuylen réussira dans sa démarche, ou il ne réussira pas.
Dans le premier cas, la Cour de Russie ne manquerait pas de nous accabler du reproche de n'avoir su foire emploi de notre influence sur le Divan que dans une occurrence où le succès des alliés lui paraîtrait une défoite russe; dans le second cas, M. de Zuylen ne manquerait pas de rejeter sur notre représentant une partie de la non-réussite.
Ma dépêche ostensible à l'Internonce vous prouvera, mon prince, que la marche que nous lui recommandons est parfoitement d'accord avec le système de réserve qui nous est commandé par les considérations susdites. Mais vous trouverez en même temps dans l'instruction secrète* que nous lui donnons, les preuves les plus incontestables de l'appui que sous
* Dans ces instructions secrètes da 10 décembre, Metternich écrit à l*internonce, à Gonstantinople : « Les deux Cours (d'Angleterre et de France) sont décidées à envoyer des agents à Gonstantinople le jour même où la porte leur en sera ouverte. Elles ont uniformément annoncé cette décision à la Cour de Russie. Pour en adoucir l'effet, et aussi par un ménagement que nous sommes loin de désapprouver, elles proposent au Cabinet de Saint-Pétersbourg de laisser les représentants des trois puissances réunis dans quelque port de la Méditerranée, et d'envoyer deux agents particuliers traiter de l'affaire trilatérale 2i Gonstantinople même.
« La délimitation de la Gi*ece est ;>rot;iVoire^ mais ce mot n'a pointde valeur
aux yeux du Cabinet britannique L'idée de l'émancipation totale de la
Grèce est définitivement abandonnée par les deux Cours. Il ne s'agira ainsi que de l'une de ces formes municipales qu'il ne serait donné à aucun Gouvernement de tolérer avec moins d'embarras qu'il n'en résultera pour la Porte,
5Si RECUEIL DE DOCUMENTS (1833-1839).
d'autres formes nous croyons pouvoir prêter à l'objet vëritable de la prochaine démarche. Cette instruction doit satisfaire le Cabinet anglais, à la connaissance duquel nous en con6ons seul le secret.
Je TOUS invite, mon prince, à donner connaissance de la présente dépêche et de ses annexes à M. le comte d'Aberdeen.
POLITIQUE DE LÀ PRUSSE DANS LA QUESTION D ORIENT. 908. MeUernich à Etterhazy, à Londres (E. D.), Vienne, le 12 décembre 1828.
908. . . .J'entends parler de Tattitude politique actuelle de la Cour de Prusse.
J'ai abordé déjà une fois cette question ; je ne puis en couscience encore aujourd'hui rien changer au jugement que je vous ai déjà énoncé à ce sujet.
La situation morale de la Cour de Prusse, à notre avis, n*a point changé. Ce qui a éprouvé une révolution complète, c'est la position de l'Empereur de Russie, et celle-ci exercera toujours, il ne faut pas en douter, une influence plus ou moins décisive sur la marche du Cabinet de Berlin.
Ce fait mis hors de discussion, il ne i:este qu'à examiner les questions suivantes :
Que désire et que veut en fin de compte la Prusse?
et de laquelle certainement aucan peuple moins' que celui de la Morée ne «aura jouir.
« Que le Diyan 8*arrête à TeTaluation de Tarantage immense de voir la tiiple alliance rompue dans toutes les parties qui sont à la char{>e de la Porte et maintenue dans la seule clause qui lui est favorable, dans celle par laquelle
TEmpereur de Russie a renoncé à tout genre de conquêtes La Porte, si
elle agit avec sagesse, devra faire tous les sacrifices d*amour-propre possibles pour faciliter Tarrivée des agents anglais et français à Gonstanlinople, et, en même temps, ne pas demander mieux que de voir les deux Cours ne point rompre ouvertement la lettre et Tétat apparent de leur alliance avec la Russie. ■ On sait que cette démarche resta sans résultat, car la méfiance de la Porte à l'égard des Gabineu n'était pas moins grande que sa confiance dans l'efficacité de ses propres ressources. (Noie de C Éditeur.)