‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 103 sur 123 · POLITIQUE DE LA PRUSSE (18S · texte numérisé non relu

POLITIQUE DE LA PRUSSE (18S

Que pourra-t-elle faire et que fera-t-elle?

Aussi longtemps qu'il n'y aura pas une scission ouverte entre les Cours de TEurope, la Prusse, je ne le mets pas ^n doute, ne s'ëcartera pas de la ligne sur laquelle elle se trouve placée ; le jour où un ordre de choses différent viendrait à s'établir, perspective que les vœux de Sa Majesté Prussienne comme ceux du chef de son Cabinet repoussent d'une manière très-prononcée, nous verrons la Prusse s'allier avec la Russie.

En nommant le Roi et M. le comte de Bernstorff, il est essentiel de ne pas se tromper et de ne point confondre les vœux de ceux qui aujourd'hui règlent la politique du Royaume, avec ceux d'une grande masse de l'armée et des employés prussiens dans les diverses branches de l'administration civile. Le nombre des hommes dans le Royaume qui sentent et pensent avec autant de modération que le Cabinet' est restreint. Il compte heureusement dans ses rangs le successeur au trône, et si entre le Roi et le Prince royal il existe une différence dans le sentiment politique, elle se borne à un penchant (qui n'excède cependant pas les affections du cœur) que Sa Majesté nourrit pour la famille impériale de Russie. L'affection toute naturelle que le Roi ressent pour son auguste gendre et pour la famille impériale de Russie ne va pas jusqu'à lui donner de l'engouement pour le système politique de cette puissance, sur la nature et la valeur de laquelle le Roi ne se fait aucune illusion, et qui répugne même directement aux principes d'une politique saine et régulière auxquels Sa Majesté est entièrement dévouée.

C'est en dernier résultat à ce Monarque lui-même et à la force négative, à la vérité, mais non moins réelle, qui forme la base de son caractère, que l'Europe doit l'attitude adoptée par la Prusse dans l'une des situations les plus scabreuses. Le fonds si riche de confiance et de véritable amitié, je dirai même de reconnaissance, que le Roi porte à l'Empereur notre auguste Maître, pour les preuves multipliées d'intérêt et pour les secours véritables que notre Cour a fournis à la Prusse à l'époque de ses affreux désastres, n'y est point resté étranger. M. Canning, dont la marche en toutes choses nous a constam-

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ment paru à rebours du bon sens, a, de son côté, contribué à décider de Tattîtude de la Prusse dans les affaires trilatérales. Il a pris à tache de se brouiller personnellement avec M. le comte de Bemstorff, au moment même où tout esprit moins fort que n'était celui de M. Ganning; aurait jugé plus conforme à ses vues de se concilier Tamitié de la Prusse.

Habitués à ne jamais vivre au jour le jour, à ne pas avancer dans des brouillards, et à faire tout ce qui est possible pour éclairer la route que nous devons parcourir, nous n'avons jamais, durant le cours de temps si difficiles, manqué aucune occasion pour nous orienter sur le fond de la pensée du Cabinet prussien. A cet effet, nous avons eu recours à notre moyen habituel; nous avons établi et entretenu de franches explications entre les deux Cours. Pour fournir une démonstration claire de notre manière de procéder à cet effet, il devra me suffire de vous mettre au fait des dernières explications qui ont eu lieu entre Vienne et Berlin.

Ce n'est pas à Votre Altesse que je pourrais rien apprendre sur le système de calomnies que tous les partis déversent sur TAutriche. Les partis en ceci ont raison; ils connaissent ceux qui les gênent. Nous présentons une masse forte, compacte et difficile à renverser et même à remuer, ce qui par cela même doit les contrarier beaucoup. Depuis le premier jour de la Révolution française jusqu'à celui qui court, FAutriche s'est toujours trouvée là pour traverser les plans de subversion. On a trouvé dans vingt campagnes notre puissance combattant la Révolution sur le champ de bataille, et, au sein de la paix politique, c'est encore à nos frontières que sont venues s'éteindre les torches incendiaires, à moins que pour les éteindre nos forces militaires ne se soient élancées sur les foyers de l'incendie à l'étranger. Que les fections politiques ne puissent pas se consoler d'une action aussi soutenue que contraire à leurs desseins, rien n'est plus naturel. Ce qui devrait le paraître moins, c'est la conduite du Cabinet russe à notre égard. Mais le jour où la politique libérale est devenue celle de la puissance la plus despotique de son essence, il a dû se présenter une foule de contre-sens dans le déploiement de la

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