RELATIONS DE LA RUSSIE AVEC L'ANGLETERRE (18S8). SS
RELATIONS DE LA RUSSIE AVEC l' ANGLETERRE. 909. Metternich à Esterhazy, à Londres (D.), Vienne, le 18 décembre iSiS.
909. J'ai reçu par la voie de Berlin les rapports de notre chargé d'affaires à Saint-Pétersbourg. Il est clair pour moi que c'est par suite d'un concert avec Mgr le prince de Hesse que M. de Kaisersfeld aura rédigé ses-rapports.
Je vous autorise, mon prince, à en donner connaissance à M. le comte d'Aberdeen.
Je regarde le tableau que trace la dépêche du 16 novembre comme étant en réalité celui de l'exacte vérité sur les choses et sur les personnes à Pétersbourg.
Ce que M. de Kaisersfeld mande de l'irritation qui existe toujours contre l'Autriche, doit être juste, car les causes qu'il énumère sont vraies.
Ce à quoi j'attache enfin le plus de valeur, c'est à ce que la même dépêche renferme sur le compte de l'Angleterre.
Je désire beaucoup, — car je trouve que le salut de la cause est grandement lié au fait, — qu'en tdute occasion on soit pénétré à Londres de la certitude que, de toutes les puis-* sauces, c'est la Grande-Bretagne qui peut le plus sur la Russie. La cause de cette influence est tellement fondée dans la nature des choses, qu'elle saute aux yeux.
La Russie est une puissance toujours voulant, et qui par conséquent est toujours inquiète. Son humeur étant diamétralement opposée à la nôtre, les relations entre les deux Empires voisins doivent s'en ressentir. De notre côté, il n'y a point d'irritation, car nous n'avons pas tort; il en est autrement à Saint-Pétersbourg, où il est fort rare que l'on ait purement et simplement raison. Notre forte et lourde masse se trouve gêner par sa gravitation la marche toujours envahissante du colosse du Nord. Faute de mieux, il se rue sur un autre voisin que naguère on a eu le tort à Saint-Pétersbourg de regarder comme bien plus faible que l'expérience ne l'a heureusement prouvé. On ne nous aime pas, car nul n'aime iT. 84
la génc, mais on n'ose pas nous foire ouvertement la çuerre ; Tentreprise peut paraître trop sérieuse.
La Prusse, — on n'y pense pas.
Quant à la France, on ne s'y fie pas, et malg^ré une grande somme de points de contact et d'affinité entre les deux Cabinets, il n'y aura jamais une alliance bien réelle entre eux que le jour où elle serait basée sur un système de conquête et de déchirement des États intermédiaires.
Reste l'Angleterre; sans contact sur la terre ferme, cette puissance peut tout sur la Russie, car elle est à même de lui foire beaucoup de mal que celle-ci ne peut pas lui rendre.
Aussi suffit-il de reporter un instant son attention sur la marche des affoires dans le cours des six ou sept dernières années, pour se convaincre que c'est l'Angleterre seule qui a pu fociliter et même rendre possible à la Russie d'entrer dans les errements d'une entreprise que la Providence a rendue malheureuse, mais qui sans ce secours aurait pu tourner pour la Russie en un triomphe immense. En effet, ce n'a pas été durant la première et si longue période de l'affoire orientale que la Cour de Russie a jamais osé prendre un parti. Aussi longtemps que TAngleterre s'est tenue éloignée de cette affiaire, la Russie s'est renfermée dans le cercle de simples velléités ; sans le concours de la puissance anglaise, la Russie n'a bien manifestement rien osé entreprendre de sérieux. Dès qu'en 1825 les premières démarches du ministère britannique de cette époque eurent lieu, les affoires prirent sur-le-champ un autre essor. Plus tard, la Russie n'a plus foit qu'user des latitudes que dès lors elle s'était tellement reconnues, qu'elle s'en regardait comme suffisamment assurée, soit de la part des autres puissances prises isolément, soit même de leur réunion.
Ce qui a été vrai il y a trois ans, ne Test pas moins aujourd'hui et ne sera pas démenti demain. Ce que l'Angleterre ne voudra pas, la Russie ne le fera pas. C'est donc à Londres et non à Pétersbourg que nous voyons et que nous cherchons les topiques pour le prochain avenir.
Tout me dit, mon prince, que le Cabinet britannique ne démentira pas le point de vue du nôtre, et je dirai plus, qull