OUVERTURE DE LA DEUXIÈME CAMPAGNE RUSSO-TURQUE
9M. Meuernîch à Etterluizy, à Londres (Lettre confidentielle). Vienne, le 19 avril 1829.
946. Il me serait fort difficile de vous donner des informations sur ce qui se passe sur le théâtre de la guerre. Ce n'est point faute de nouvelles; mais celles-ci sont tellement contradictoires , elles sont tellement décousues et marquent si fort en faveur de tous les genres de désordre , que Tobservateur impartial doit se résigner à attendre et à ne chercher que dans les résultats ce qui dans les préparatifs n'offre point de base aux calculs.
Le général Diebitsch se donne beaucoup de mouvement. Nous n'en avons jamais douté. Les deux Principautés sont dans un état de ruine absolue. Il paraît que la Russie veut fiùre la guerre avec des recrues de seize à dix-neuf ans. J'admets qu'il ne faille pas d'autres soldats pour battre les Turcs; ce qui néanmoins est certain , c'est qu'il ne faudra guère au delà de trois mois de campagne pour que les deux tiers de l'armée soient de nouveau à l'hôpital. Là où les hommes faits n'échappent pas aux influences délétères du climat et de la &tigue, les enfants doivent succomber.
Le service de l'administration de la guerre ne présente pas encore de chances plus favorables que celles mises en évidence par la dernière campagne. Faute de bétès de trait et de somme, le peuple, hommes, femmes et enfants, a été mis en réquisition pour le transport des vivres. Il parait que
CANDIDATS AU TRONR DE CnÈCE (1829). 501
la première opération sérieuse aura lieu contre Silistrie. Les Turcs n*ont laissé dans cette place que des combattants ; ils Vont fait évacuer par tous ceux qui ne le sont pas.
Que font les Turcs? Nous n'en savons rien, car tout genre de contrôle est impossible aussi souvent qu'il s'agit de leurs dispositions. Ce qui est certain , c'est qu'ils ont refoulé dans les Balkans un grand nombre d'hommes. La Servie et l'Albanie sont couvertes d'agents russes , et l'argent de cette puissance y est répandu à pleines mains.
Le sort matériel de la campagne sera de nouveau décidé en faveur de celui qui fora le moins de foutes grossières. Il ne fout pas chercher autre part un avenir qui tient beaucoup du hasard.
L'Empereur de Russie sera à Varsovie le 15 mai (n. st. ). Il s'y fera couronner civilement, car on vient de s'apercevoir qu'un Prince grec ne peut point être sacré par un archevêque catholique; il paraft que l'Empereur Alexandre n'y avait pas pensé en foisant de l'acte de couronnement un article fondamental de la Constitution polonaise. Après le couronnement, l'Empereur et l'Impératrice verront le Roi de Prusse quelque part sur les frontières , et puis l'Impératrice ira passer quelques semaines à Berlin. Voilà ce qui est décidé. L'Empereur se rendra-t-il à l'armée? Nous croyons que le foit dépendra grandement de la marche des premiers événements *.