‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 117 sur 123 · CANDIDATS AU TRONE DE GRECE · texte numérisé non relu

CANDIDATS AU TRONE DE GRECE

947. Meuernîcli k Etterfaazy, à Londres (E. D. rét.), Vienne, le 30 9rnliSf9.

947. Ce que j'avais prévu n'a pas tardé à arriver. La décision prise entre les trois puissances alliées , que la Grèce serait

* La faite des opérations de la demûème caaspafna est connue. La place de Silistrie se rendit ans Russes le 30 juin. Da 17 an 26 joillet, DithiuA franchit les Balkans^ et apparat le 5M^ aoât devant Andrinople.

(NoudetÉéUuur.)

59î RECUEIL DE DOCUMENTS (1823-1829).

constituée en un État indépendant, sauf quelques vaines formalités qui réserveraient au Grand Seigneur certains droits de suzeraineté *, a sans retard donné Féveil à plus d'une famille régnante , et de ce fait même naîtront des intrigues politiques de divers genres.

Nous savons que quelques princes apanages d^Allemagne commencent à convoi! er le trône grec **. Nous avons certaines données , — à la vérité encore vagues , — que le Roi de Bavière pense également à un prince de sa Maison. Le fait cependant le plus avéré pour nous est celui qui se présente à Naples. . .

Une remarque, — et elle me semble cependant fondamentale , — parait avoir échappé jusqu'à cette heure aux princes qui se mettent sur les rangs. C'est celle de la nécessité que le chef de la Grèce soit avant tout du rit grec. Or, certes, aucun prince catholique ne changerait de religion , et le Roi de Naples se trompe grandement s'il croit que le peuple grec se contenterait d'un prince du rit grec^um. Les Grecs schismaliques détestent bien plus les Latins, — et les Grecs-unis sont aussi catholiques romains que les Latins, — qu'ils ne haïssent les Turcs. Il pourrait en être autrement de princes protestants, parmi lesquels la majeure partie ne ferait pas Une difficulté de passer à rÉgli»e grecque orientale.

Ce qui indubitablement ressortira du dilemme, c*est une nouvelle et grande somme de mouvement et d'intrigues diplo-

* Le protocole de la conférence tenue k Londres par les trois paissances est daté du 22 marii i8S9. Outre la fixation des frontières et du tribut annuel imposé ù la Grèce, il contient la stipulation que cet £tat s^adiuiiiisirerait librement soua la suzeraineté de la Porte, et que le gouveitinmciit y serait exerce, à liire hi'réditaire, par un Prince chrétien, mais choisi en dehors des familles des trois Souverain» alliés. (A'o/e fie V Editeur,)

** Le Prince Léo|iold de Cobourg, qui fut plus tard Roi des nel{;t^, était au nombre des candidats. Du moins Mtftternich écrit-il plus lard, relativement i^ ce candidat au trône, à Âpponyi, qui se trouvait alors à Pariât, les lip,nes suivantes : ■ J*c<«pc*re que le choix du Itéfjentpour la Grèce ne tardera pasd*ètre fixé. Mgr lu Prince Léopold de Cobourg doit èti*e piqné de la lareniulo [tour Touloir de ci^tte place. U(*gni*r sur le vide est une triste beitogne, et encore ;î la Grèce n*offraitque le vide, il y aurait moyen de b'entendre; mais il n*ea est pas ainsi, car elle est, au contraire, pleine de désordres de tout genre. •

{Note de l Editeur.)

LE MINISTÈHK POLIGNAC (1839). 598

matiques, qui tourneront toutes en faveur de la Russie. Je suppose qu'à Theure qu'il est le Cabinet de Saint-Pétersbourg commence déjà à ressembler à une salle où le trône de Grèce devra être mis à Pencbère.

Vous remarquerez sans faute , mon prince , que Tesprit du Roi de Naples est travaillé par la terreur très-naturelle que lui inspire depuis longtemps la possibilité de voir un État révolutionnaire se constituer en Grèce , et qu'il est poussé , d'un autre côté , par certaines velléités d'une ambition dynastique peu réfléchie*. Aussi notre réplique à la démarche très-amicale de Sa Majesté Sicilienne ne sera-t-elle pas difficile à faire. La question religieuse en formera la base toute naturelle.

Veuillez, mon prince, vous entretenir avec lord Aberdeen, avec une entière franchise, sur le sujet assez curieux de la présente dépêche , et inviter Son Excellence à nous mettre au fait de la pensée de son Cabinet sur une question qui ne saurait manquer de se présenter incessamment aux Cabinets et sous les fiaces les plus diverses.

LE MINISTERE POUGNAG.

948. Metternich k l'Eropereiir François (Rapport), Kœnigfwart, le 13 aoàt 1829* Réscdadon «ouyeraine du 18 aoât 1829.

948. Je viens de recevoir le rapport que Votre Majesté trouvera ci-joint, rapport que le comte Âpponyi m*a envoyé par une estafette, le 9 de ce mois. Je trouve que le contenu de ce document a une trop grande importance pour ne pas le soumettre à Votre Majesté en le lui faisant parvenir par une voie extraordinaire.

Le changement de ministère qui vient de se produire en France est un événement d'une importance capitale. Il a ce caractère parce que le ministère tombé , qui n'avait aucune vitalité, ne servait qu'à favoriser le mal; toutefois, ce qui n'est

pas moins important, c'est le caractère tout royaliste du nouveau Cabinet.

Tous les nouveaux ministres sont des royalistes purs. Les hommes les plus marquants parmi eux sont :

La Bourdonnaye, le ministre de Tintérieur ;

Monlbely ci-deTant maire de Toulouse, et ami intime de Villèle;

Courvoisier, procureur général à Lyon, qui a été jadis doctrinaire pour devenir ensuite un royaliste pur ;

Rignyy ministre de la marine; en ce qui concerne ses opinions en matière politique et administrative , je ne le connais guère ; au sujet de la question d'Orient, il pense comme nous, et, sous ce rapport, sa conduite a toujours été irréprochable;

Polignac, ministre des affaires étrangères, partage tout à fhit nos opinions. Son avénemeilt au pouvoir exercera une très-heureuse influence sur le Cabinet anglais et sera un coup de foudre pour le Cabinet russe.

En théorie, tout cela est parSsiit. Mais, pour ce qui est de la pratique, toute la question sera de savoir quelle attitude les partis prendront en France, et si le Roi et le Gouvernement auront assez de force pour résister aux sérieuses attaques que prépare inévitablement au nouveau ministère la révolution déjà toute décidée *.

Du reste, tout l'événement a la valeur d'une contre-révolution.

Metternicr, m. p.

Je prends note de ce que vous |me mandez. L'avenir seul montrera ce qui doit résulter de ce changement. Dieu veuille que tout se passe comme nous le désirons.

François, m. p,

Piarsenbeug, le 18 août 1829.

* Quelques semaines plus tard, Mettemidi, pressentant les événements qui allaient arriver, écrit au comte Apponyi, ambassadeur à Paris : • Les aperças que vos derniers rapports ont renfermés sur la situation du ministère français nous ont offert un grand intérêt. Votre manière calme et réflédûe de

LA PAIX D'ANDRINOPLE (1839). ft95

LA PAIX D ANDHINOPLE.

040. MettemicK à EftCerhazy, à Londres (E D.), Linz, le 21 septembre i8î9. — 050. MettemicK à Gentz (Lettre), Lioz^îe 21 septembre 1820. -— 051. Eléments d'un article pour V Observttteur. Manuscrit de Metternicb.

949. Nous voilà enfin arrivés à Tépoque que nos vœux avaient depuis longtemps appelée ! Nous touchons au dénoû* ment final de TaflEBiire orientale ; mais ce dénoûment s'offre à nos yeux sous un aspect peu propre à calmer les inquiétudes des hommes d'État.

A rheure où je commence la présente dépèche, le traité doit être signé au quartier général russe* ; ce traité banal d'un instrument de paix et de bonne amitié entre les deux Empires n'en apportera pas moins un changemeqt total dans leurs positions mutuelles et dans l'ensemble de leurs relations avec l'Europe.

Le moment qui va terminer une des plus déplorables crises qui aient jamais occupé les Cabinets, ne sera pas pour l'Europe

juger des positions est conforme à une saine pratique. Il n'y a, selon ma con-* viction intime, rien à ajouter ni à rabattre dans ce que vous dites. Tout est Trai, car tout est vague, et c'est, avant tout, le vague qui s'est emparé des affaires publiques en France. Je désire du fond de mon cœur, et plus que je n'y crois, que M. de Polignac ne se trompe pas sur la position véritable des choses. Si son entière sécurité parle en faveur de son caractère, elle n*en £iit peut-être pas autant relativement à son esprit. Ce qui est sûr, c'est que les libéraux ne savent également pas où ils vont, et que tout le monde est faible en France. Vous ne pourrez jamais exprimer avec trop de chaleur les vœux que nous formons en faveur de la durée et des succès de l'administration actuelle. « {Note de f Editeur.)

* Le traité de paix conclu entre la Russie et la Turquie est dalé du 14 septembre. Aux ternies de cet acte, la Russie, fidèle à la promesse qu'elle avait faite aux puissances européennes, rend à la Turquie toutes ses conquêtes, moins une partie du pacbalik d'Akhalzik (Poti, Achalka et Anapa). Les Russes obtiennent le droit de trafiquer dans tout l'Empire ottoman ; la mer Noire est ouverte aux navires marchands de toutes les nations; la convention d' A ckerman reçoit sa pleine exécution. La Porte payera dix millions de ducats de frais de guerre et, de plus, à titre de dommages et intérêts, un million et demi à des négociants russes. Reconnaissance de l'indépendance de la Grèce.

(Note de V Editeur.) S8.

le signal de ce repos qui suit les pacifications ordinaires. Rien dans cette afEaire n'a eu des précédents dans Thistoire de la diplomatie; tout aussi, dans ses conséquences, doit amener des combinaisons nouvelles. Ce n'est pas à la veille de ces combinaisons que nous pourrions nous croire appelés à scruter le passé; le présent, Tavenir surtout, ont trop de droits à captiver exclusivement notre attention , et si je sens le besoin de m'expliquer sur ce que je regarde, à tant et à de si justes litres , comme le premier objet de nos sollicitudes , mes parole» doitent bien naturellement s'adresser d'abord au Cabinet britannique.

Je vous invite , mon prince , à porter la présente dépécbe à la connaissance de lord Aberdeen; je me flatte qu'il lui vouera l'attention que des amis sont toujours disposés à prêter aux explications de ceux dont ils connaissent et dont, sous bien des rapports, ils partagent la pensée.

Reconnaissons avant tout combien il est nécessaire que les chefs des Cabinets se dépouillent de toute illusion ; qu'ils s'appliquent franchement à la recherche de la vérité, et qu'ils ne s'abandonnent pas à l'idée que l'époque actuelle ue réclamerait de leur part que des soins ordinaires.

L'Empire ottoman est ébranlé dans ses fondements. L'État condamné à devoir son existence à ce que la masse du public se plait facilement à qualifier de modération de la part du vainqueur , a cessé de compter au nombre des États indépendants. De grandes révolutions imprévues , des guerres improvisées , pourraient momentanément le relever de sa décadence ; mais ce n'est pas sur de semblables événements que les puissances ou le Sultan peuvent baser un calcul.

Le mal est fait; les pertes sont irréparables v l'existence future de l'Empire ottoman est devenue problématique; et cependant il n'y a pas de puissance plus intéressée que l'Autriche à la conservation de ce qui restera de cet Empire.

Tout nous autorise donc à élever la voix en face des nouveaux périls qui nous attendent; nous croyons même, en proclamant de tristes et utiles vérités, remplir un devoir de saine politique. Au nom de ce qu'il y a de plus sacré, que les

Page 1