SUR L'ÉLECTION DU SUCCESSEUR DE PIE VII
Le second des objets que j^ai dit mériter une mention particulière, est la désignation du conclaviste ecclésiastique qui devra accompagner M. le cardinal Albani au conclave.
Le chanoine Emiliani, dont il est parlé quelque part dans les rapports de l'ambassade, et qui doit avoir été employé utilement dans le dernier conclave, pourrait peut-être convenir pour cet emploi; mais comme il s'agit ici d'un choix sur lequel je dois principalement me rapporter à votre avis et à celui de M. le cardinal Albani, je vous invite, Monsieur le comte, à vous concerter avec Son Éminence pour me proposer ensuite le plus tôt possible, soit ledit chanoine Kmiliani, soit tel autre individu que vous aurez jugé propre à remplir les fonctions importantes de conclaviste ecclésiastique. Je m'empresserai de soumettre cette proposition à l'agrément de l'Empereur et de vous fiBiire connaître la détermination de Sa Majesté
Je passe maintenant à la partie de votre instruction qui embrasse le fond même de l'objet.
Je ferai observer d'abord à Votre Excellence que l'immixtion de notre Cour dans les affaires du conclave, étrangère à toute arrière-pensée et entièrement dans l'esprit de l'alliance européenne, ne doit avoir pour seul et unique but que d'influer dans l'élection du nouveau Pape d'une manière utile au bienêtre de la Religion et à l'intérêt général de l'Europe. Dégagé de toute affection ou prédilection particulière pour tel ou tel cardinal, l'Empereur n'a d'autre désir que de voir monter sur le trône pontifical un personnage vertueux, joignant à une piété éclairée un caractère conciliant et des principes modérés, et tel enfin qu'il soit, par l'ensemble de ses qualités, à la hauteur des circonstances graves et difficiles dans lesquelles il se trouvera appelé à prendre les rênes du Gouvernement spirituel de l'Église et de celui de ses États. Au lieu des différents partis qui n'ont que trop souvent divisé les conclaves, Sa Majesté Impériale voudrait n'y en voir qu'un seul, celui dont les vues et les démarches tendraient uniquement et sincèrement à ÉBiire placer la tiare sur la tête la plus digne de la porter.
Vous voyez d'après cela. Monsieur le comte, que l'instruction que je suis chargé de vous donner se réduit en dernière
analyse et sous le point de vue le plus général h la seule et unique tâche de faire en sorte que tout cardinal qui n'aurait pas les qualités désignées ci-dessus soit écarté de la Papauté, et de seconder au contraire de tout votre pouvoir et par tous les moyens honnêtes et dignes d'un but aussi noble, Texaltation de Tun ou Tautre des cardinaux qui réunissent lesdites qualités, et nommément de celui qui vous paraîtra les réunir au degré le plus éminent.
Mais quoiqu'une mission si belle et si honorable à avouer ne puisse que rendre forte Tattitude de ceux qui en sont chargés, vous ne vous dissimulerez cependant pas. Monsieur le comte, que, malgré l'avantage que vous et M. le cardinal Albani saurez en tirer, vous n'ayez tous deux encore besoin de toute votre prudence et de toute votre habileté pour atteindre sûrement le but que vous devez vous proposer.
Ce serait en effet bien mal juger la position* d'un négociateur appelé à influer sur la marche et sur les délibérations d'un conclave, si l'on ne reconnaissait pas que dans le cours de ces délibérations, ou plutôt de ces manèges, où tant d'ambitions sont éveillées, tant d'amours-propres aux prises, mille incidents doivent na(tre, mille aspects se présenter, qu'un tel négociateur n'a pu prévoir d'avance, et que, s'il n'a l'art de bien juger chaque jour, à chaque heure, la véritable position des choses, s'il ne possède pas le talent de saisir les à-propos et de pénétrer l'arrière-pensée de ceux avec qui il traite, il ne remplira qu'imparfaitement sa mission.
Mais s'il existe pour un tel négociateur des situations difficiles, dans lesquelles ce n'est que de lui-même et du moment actuel qu'il peut et doit prendre conseil, il est aussi toutefois certaines règles générales de conduite, et quelques écueils fixes, que l'histoire des conclaves a signalés, et dont il ne sera pas inutile que je vous dise ici un mot.
Une expérience constante a prouvé que l'exclusion formelle et patente que les Cours qui sont en possession d'envoyer des ambassadeurs au conclave ont droit de donner à un cardinal déterminé, présente des inconvénients réels, et que presque toujours lesdites Cours, lorsqu'elles ont usé de ce droit, s'en