SLR L'ÉLECTION DU SUCCESSEUR DE PIE VII
sont mal trouvées. Cette considération a déterminé Sa Majesté à ne permettre l'emploi de ce moyen que comme dernière ressource et seulement pour le cas où, dans le cours du conclave, les apparences d'une élection qu'il nous importerait d'empêcher à tout prix deviendraient si fortes qu'elles ne nous laissassent plus d'autre expédient. Dans une telle supposition, ^otre Excellence ne perdrait pas un instant pour nous en informer, et elle attendrait les directions ultérieures que je m'empresserais de lui faire pai^venir.
Mais j'aime à me persuader que nous n'aurons pas à craindre de voir les choses prendre une tournure aussi fâcheuse, surtout si les Couronnes s'entendent pour charger leurs plénipotentiaires respectifs de se concerter entre eux à l'effet de prévenir, par le moyen de l'exclusion indirecte, l'élection de tout candidat qui, d'après le jugement qu'ils en aui*aient porté en commun, ne réunirait pas les qualités nécessaires pour être Pape
Dne vérité également confirmée par l'expérience, c'est que le Sacré Collège ne voit pas avec indifférence et sans une sorte d'ombrage l'intervention des Cours étrangères dans l'élection du Pape ; d'où il suit que le moyen le plus sûr pour les plénipotentiaires desdites Cours d'exercer quelque influence dans cette élection est d'éviter d'en trop faire paraître l'intention
Vous aurez, en conséquence, à assurer les cardinaux en toute occasion, comme Votre Excellence l'aura déjà fait dans sa harangue au Sacré Collège, que Sa Majesté ne vous a . accrédités l'un et l'autre près du conclave qu'en vue de protéger la liberté des suffrages, et de concourir par les conseils et les exhortations que vous êtes chargés d'adresser en son nom aux cardinaux, à faire placer la tiare sur la tét^ d'un Pape tel que l'honneur du Saint-Siège, l'intérêt de la Religion et la tranquillité de l'Italie et de l'Europe le demandent; que c'est là le vœu le plus ardent de l'Empereur, vœu qui sera pleinement satisfait si le choix du Pape futur tombe sur un cardinal dont les principes modérés et le caractère conciliant et impartial lui assurent la confiance de tous les Souverains et
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leur donnent la certitude qu'ils trouveront en lui un père et un ami commun, ayant pour tous une égale affection, et porte, autant par sentiment que par une politique digne du chef de rÉglise» à entretenir entre eux la concorde et la paix, et à les affermir et seconder dans le noble dessein de la consolider dans toute l'Europe.
681. Observations de Metcernich sur la lettre de Nesselrode à lord Slrangford, h Constantinople. Saint-Pétersbourg, le 7 mai 1823. (Annexe du n» 682;. — 652. Mettemich à Ottenfels, à Constantinople (D.), Vienne, le 21 juin 1823.
681. La lettre de M. le comte de Nesselrode à lord Strangford* énonce les raisons qui ont déterminé jusqu'ici et déterminent encore Sa Majesté l'Empereur Alexandre, malgré son désir sincère de rétablir au plus tôt ses relations diplomatiques avec la Porte, à retarder l'envoi d'un ministre, et même d'un chargé d'affaires à Constantinople.
Les griefs spécifiés dans la susdite lettre donnent lieu aux observations suivantes :
!• « La disposition moyennant laquelle les hospodars de Valachie et de Moldavie récemment nommés par la Porte ont été choisis dans la noblesse de ces provinces, est un changement dans le système d'administration y changement qui, comme tel, aurait dû, pour devenir légal, être notifié à la Russie et recevoir son assentiment formel, »
La Porte n'admettrait pas sans beaucoup de difficulté que les droits conférés à la Russie relativement à l'administration
* L'ambassadeur anglais à Constantinople, lord Slrangford, était aussi chargé de représenter la Russie près delà Porte, attendu que les relations diplomatiques étaient rompues entre ces deux puissances. Nous ne reproduirons pas cette lettre, vu qu*il est facile de connaître, par le document ci-dessus, ce qu*elle contenait en substance. (Note de f Éditeur,)
des Principautés pussent s'étendre à une question sur laquelle rien n'a été statué dans les traités ; elle opposerait à l'objection du Cabinet de Russie qu'elle n'a jamais été liée dans le choix des hospodars par des stipulations ou des règlements quelconques. Mais Sa Majesté Impériale ayant généreusement déclaré qu'elle ne voulait pas insister sur cette objection, il serait inutile de s'y arrêter davantage.
2* « La prétention de la Porte d'établir une corrélation entre les questions du moment et l'un des objets de la négociation antérieure aux événements de 1821 est jugée inadmissible par l'Empereur et ne sera jamais reconnue, »
Cette prétention, dans l'état actuel des choses, ne ressemble sans doute que trop à une mauvaise chicane, et il est bien à regretter que les efforts que les ministres des Cours alliées ont Éaits pour l'écarter n'aient pas eu un succès complet. Cependant, grâce à leur persévérance, ils ont obtenu que l'article des places sur la mer Noire, auquel se rapportait la prétention des Turcs, ne fut point inséré dans la lettre officielle du reis-effendi au comte de Nesselrode. Comme rien d'ailleurs n'annonce jusqu'ici que les ministres de la Porte envisagent l'arrangement définitif de cet article comme une condition préalable au rétablissement des rapports diplomatiques, et qu'au contraire ils semblent ne l'avoir mis en avant que dans la crainte que leur silence sur ce point n'eût l'air d'un abandon de leur droit, il est bien permis d'espérer qu'on les engagera à remettre à un moment plus opportun cette discussion, toujours difficile et pénible à quelque époque qu'elle se produise.
3** « L'arrestation du boyard Villara à Bukarest, »
En réponse aux démarches que nous avons fait faire à Constantinople contre un acte d'autorité qui, tel qu'il nous avait d'abord été annoncé, justifiait indubitablement notre intervention, le reis-effendi a déclaré à l'intemonce : « Que cette arrestation n'a pas eu lieu sur un ordre arbitraire du pacha de Silistrie ; — qu'elle a été commandée par la Porte, et motivée par des rapports officiels de Bukarest ; — que Villara n'a point été arrêté pour des délits politiques, mais pour
des délits purement administratifs, puisque, ayant occupé avant les troubles de la Valachie la charge de grand trésorier de la province, il s'était rendu coupable de malversations et de concussions. »
Nous ne possédons pas encore les données qu'il nous faudrait pour fixer notre jugement sur des versions aussi contradictoires, bien que plusieurs circonstances nous fassent présumer que celle du reis-effendi n'est pas entièrement dénuée de vérité. Quoi qu'il en soit, nous ne croyons pas que ce fait isolé, et qui paraît n'avoir rien de commun avec l'amnistie politique, serait assez grave pour influer sur les résolutions ultérieures de Sa Majesté Impériale de Russie, et nous nous flattons que ce Monarque, n^écoutant jamais que les considérations les plus élevées , partagera notre opinion à ce sujet.
i* « U évacuation des Principautés par les troupes turques n'est pas complète : il en reste encore dans ces provinces, sans qu'aucun événement extraordinaire ni aucun besoin urgent motive la prolongation de leur séjour, »
Nous sommes persuadés que si la Cour de Russie avait aujourd'hui des agents dans les Principautés, elle reconnaîtrait, comme nous la reconnaissons , la nécessité de la présence du très- petit nombre de troupes turques qui se trouvent encore dans ces provinces. La tranquillité publique n'y est pas encore solidement rétablie , et il faut du temps pour arriver à ce but h la suite d'aussi violents orages. Ces pays sont en outre infestés par des bandes de brigands et de voleurs, héritage ordinaire des révolutions dans des contrées peu civilisées ; ils le sont au point que sans l'assistance de la force armée, quelque peu considérable qu'elle soit, on ne pourrait plus sortir en sûreté des capitales, et les grandes routes seraient impraticables. Les hospodars sont hors d'état de remplacer le militaire turc par une troupe nationale; leurs moyens pécuniaires, fort afBaiblis par les événements, ne le leur permettent absolument pas. Aussi, loin de se plaindre du séjour des troupes ottomanes, dont la conduite, d'après les rapports unanimes qui nous parviennent, a élé irréprochable jusqu'à ce moment, ces princes désirent et réclament eux-mêmes la conservation du dernier
moyen qui leur reste pour maintenir Tordre et la paix autour d'eux.
Nous communiquerons ces observations au Cabinet de Russie, et nous sommes sûrs que ce Cabinet éclairé en sentira le poids.
5* « Le firman de la Porte pour rétablissement d'une marine marchande turque est de nature à frapper le commerce de la mer Noire d'une stagnation complète, et à porter la plus sensible atteinte à la prospérité des provinces russes situées sur cette mer. »
Les plaintes du Cabinet de Russie contre ce règlement aussi injuste qu'absurde sont entièrement fondées, et nous les embrassons dans toute leur plénitude. Non qu'un projet aussi chimérique, et pour l'exécution duquel tous les moyens manquent à la Porte, puisse nous inspirer des alarmes sérieuses pour la navigation et le commerce des autres nations, mais parce qu'il ouvrirait la voie à des vexations insupportables , et parce que plusieurs dispositions du nouveau règlement sont incompatibles avec le droit commun, avec les traités et les capitulations qui assurent le commerce des puissances chrétiennes dans le Levant , et notamment avec le traité de commerce entre la Russie et la Porte.
Toutefois, la pièce, très-instructive et parfaitement bien raisonnée , annexée h la lettre de M. le comte de Nesseirode , n'a signalé que deux paragraphes de ce firman comme absolument inadmissibles pour la Russie, et, en vérité, également inadmissibles pour les autres puissances européennes intéressées au commerce du Levant. Ces paragraphes sont : le quatrième, qui accorde aux bâtiments turcs, dans toutes les échelles de l'Empire ottoman, le privilège de décharger ainsi que celui de prendre leur chargement avant tous les autres navires, dont aucun ne doit commencera charger avant que ceux-là aient pris toute leur cargaison; — et le neuvième, qui ne permet plus, pour l'avenir, que le transbordement des denrées et marchandises d'un bâtiment turc à un bâtiment franc, ou d'un bâtiment franc à un bâtiment turc, en défendant sévèrement aux bâtiments francs de transborder des denrées et marchandises sur un autre bâtiment franc.
Ces deux articles , établissant en faveur des bâtiments turcs un monopole odieux, vexatoire et absolument contraire à tous les traités, ne peuvent être passés sous silence par aucune des puissances prenant part au commerce du Levant, et Sa Majesté l'Empereur de Russie n'y consentira jamais.
Mais comme il s'agit ici d'un règlement qui à peine a vu le jour, qui n'a pas même été régulièrement communiqué aux missions étrangères, et qui porte plutôt l'empreinte d'une mesure improvisée sur la proposition de quelque fieiiseur irréfléchi que d'une ordonnance mûrement méditée , il nous parait qu'il ne serait ni impossible ni même excessivement difficile de déterminer les ministres ottomans à sacrifier les deux paragraphes en question , ou à les modifier de manière à Saire droit aux justes griefs de la Russie. Ces ministres, quelle que soit la hauteur habituelle de leurs prétentions, doivent eux-mêmes rendre justice aux ménagements extrêmes avec lesquels le Mémoire russe s'exprime sur une pièce dont le but ne pouvait point échapper au Cabinet de Saint-Pétersbourg, et contre laquelle pourtant il n'a élevé que les objections que lui dictaient le bon droit et l'intérêt évident de la prospérité intérieure de la Russie. Ils ne peuvent pas méconnaitre non plus que dans toutes ces questions de navigation Sa Majesté l'Empereur Alexandre a feit preuve d'une modération et d'une magnanimité peu communes. Au lieu d'insister sur le rétablissement des avantages dont la Russie avait joui sans interruption depuis quarante ans, l'Empereur s'est contenté de demander que par l'admission des bâtiments de quelques autres nations commerçantes dans la mer Noire, ou par tout autre arrangement conduisant au même but, le commerce de ses provinces sur cette mer , et tous les grands intérêts qui y tiennent , soient replacés dans une position analogue à celle qui leur était assurée avant le commencement des troubles. Cette demande est éminemment juste ; les alliés de la Russie sont obligés , en conscience , de lui prêter tout leur appui, et si la Porte désire sincèrement une réconciliation complète avec la Russie, il faut lui fisiire comprendre qu'elle doit, de toute nécessité, céder sur un
article que la Russie regardera toujours comme une condition indispensable de cette réconciliation.
6* « La Russie ne peut se désister de t alternative établie dans le procès-verhal de Vérone par rapport aux affaires de la Grèce; elle continue à la regarder comme un préliminaire indispensable de sa réconciliation avec la Porte, »
Nous avons dûment, pesé et approfondi les difficultés qui s'attachent à cette question. La Russie a déclaré que pour qu'elle fût satisfaite sur le sort des Grecs, il faudrait «que la Porte prouvât, par une série de faits, qu'elle respecte leur religion et qu'elle cherche à rétablir la tranquillité intérieure de la Grèce sur des bases solides et durables » . La Porte soutient, de son côté, que cette série de faits est établie, que dans tout le cours des dernières campagnes pas un acte attentatoire à la religion grecque n'a été commis, ni par ses agents ni par ses troupes, et qu'elle n'a cessé de proclamer pardon et amnistie pour tous ceux des insurgés qui rentreraient sous ses lois.
Il est certain qu'en admettant même cette apologie , on n'y découvre pas, tant s'en feut, le terme final de cette lutte déplorable qui désole depuis si longtemps une partie aussi intéressante de l'Europe, et qui, tant qu'elle durera, menacera toujours les puissances voisines de complications, de vexations , et même de dangers de toute espèce. Nos communications nombreuses avec le Cabinet de Russie et nos démarches auprès de la Porte ont suffisamment prouvé que nous seconderions de nos voeux , de notre suffrage , de notre concours le plus empressé , tout arrangement propre à faire cesser cette malheureuse insurrection. Nous savons que les autres Gouvernements pensent comme nous à cet égard , et que lord Strangford se féliciterait particulièrement de pouvoir amener un résultat aussi désirable. Mais comment y parvenir?
La jalousie de la Porte dans tout ce qui regarde l'administration intérieure de son Empire est extrême. Dans les moments mêmes où elle avait le plus à craindre une guerre prochaine avec la Russie , elle a constamment déclaré qu'elle se refusait à toute intervention des puissances étrangères dans le régime
futur de ses provinces insurgées; et il est enfin prouvé que les démonstrations les plus menaçantes ne la feraient pas renoncer à ce lang^age.
Mais le nœud de la diBBcuIté n'est pas uniquement dans ces dispositions de la Porte. Les insurgés opposent, de leur côté, des obstacles insurmontables à toute pacification. Ils dédaignent absolument l'amnistie que leur offre le Gouvernement; leurs actions comme leurs paroles attestent cbaque jour qu'ils sont loin de vouloir poser les armes avant d'avoir atteint leur liberté entière ; ils n'ont pas Sait une seule démarche annonçant rintention de se soumettre ; ils ont répondu à des insinuations amicales qui leur ont été adressées à cet égard , qu'ils ne pouvaient entendre parler de paix sans que leur indépendance absolue ait été préalablement reconnue.
Dans un pareil état de choses, il ne reste à la Porte, en lui supposant même les intentions les plus conciliantes, les plus favorables aux insurgés , que la triste ressource de la guerre. Ce n*est pas sans les plus sinistres pressentiments que nous voyons s'ouvrir une nouvelle campagne, dont l'issue, à moins que , par un incident heureux , il ne s'opère un rapprochement inattendu, doit nécessairement amener de nouvelles complications et de nouveaux désastres. Car, si les insurgés en sortent victorieux , la guerre se prolongera , puisqu'il est à prévoir que la Porte ne consentira jamais à leur indépendance sans être poussée aux dernières extrémités. Et si les succès des Turcs étaient assez décisifs pour soumettre finalement les insurgés , ils seraient (par la nature même d'une guerre entre des peuples presque également féroces) accompagnés d'horreurs et de catastrophes qui feraient frémir l'humanité.
L'insurrection des Grecs est pour ainsi dire entièrement sortie du domaine de la diplomatie : elle est devenue une question de fait, un problème que la Providence seule pourra résoudre dans la profondeur de sa sagesse. Nous n'entrevoyons pas comment, dans létat actuel de cette question, les puissances, en y employant même tous leurs soins et tous leurs efforts, pourraient la faire changer de face, et nous croyons que lord Strangford ne peut être rendu responsable de ne
pas avoir obtenu ce qui est au-dessus de toutes les facultés politiques. Sa Majesté TEmpereur Alexandre reconnaîtra cette vérité avec nous; ses lumières , sa haute pénétration et sa grandeur d'àme nous en répondent.
En résumant ce qui a été dit dans les observations précédentes, nous trouvons que parmi les griefs énoncés dans la lettre de M. le comte de Nesselrode, il n'y en a que deux qui admettent et qui exigent Tintervention active des ministres des Cours alliées, et dont le redressement doit nécessairement précéder le rétablissement des relations politiques entre la Russie et la Porte.
L'un est celui qui regarde la prétention du Divan d'amalgamer avec les affaires du jour les objets d'une négociation antérieure ; prétention que la Porte doit abandonner entièrement , sauf à se contenter de ce que renferme à cet égard la réponse de M. le secrétaire d'État au reis-efFendi.
L'autre est celui que fournissent à la Russie plusieurs dispositions inadmissibles du nouveau firman pour la navigation; dispositions auxquelles la Porte doit renoncer, à moins de se résigner à une prolongation indéfinie de l'absence d'une mission russe.
Mettemich à Ottenfels, à Goostantinople (D.), Vienne, le 21 juin 1823.
682. Je vous envoie ci-joint une expédition que le Cabinet de Russie m'a invité à faire passer à lord Strangford. M. le comte de Nesselrode ayant bien voulu me transmettre des copies de sa lettre à cet ambassadeur ainsi que de son office au reis-effendi , je suis à même d'accompagner l'expédition russe des réflexions que me suggère le désir de voir conduite à bonne fin une affaire aussi compromettante pour les premiers intérêts de l'Europe, et en particulier pour ceux de la Monarcbie autrichienne , que l'est sans aucun doute l'état de tension existant entre la Russie et la Porte (n* 681 ).
II me serait difficile de ne pas déplorer que des circonstances particulières soient venues jeter du louche sur la marche du Gouvernement ottoman dans un moment où le Cabinet de
Saint-Pétersbourg s'est trouvé appelé à répondre à une première démarche de conciliation de sa part. L'arrestation du boyard ViJlara n'a en réalité point été accompagnée de toutes les circonstances aggravantes avec lesquelles elle nous avait été annoncée de Bukarest même. Mais le fait n'en est pas moins à regretter, et s'il fallait au Divan des preuves du tort qu'il fait à sa cause par les foutes journalières auxquelles il se livre, il en trouverait dans la coïncidence malheureuse de cette affaire particulière avec le moment même où les Cabinets se sont occupés avec le plus de zèle de la recherche des moyens de rapprochement entre les deux Cours voisines. Ajoutez à cet incident les chicanes que l'aveuglement des ministres de la Porte ne cesse d'inventer pour entraver le commerce , — c'est de tous les objets peut-être celui qui affecte le plus les intérêts directs de la Russie , — et nous aurons à nous féliciter de ce que les principes immuables de l'Empereur Alexandre aient de nouveau résisté à des circonstances d'autant plus déplorables, que le mal qu'elles font à la cause que soutiennent les puissances retombe toujours, en dernier résultat, sur le Gouvernement qui est assez aveugle pour les créer.
Le comte de Nesselrode répond au reis-effendi dans des termes qui, s'ils sont compris selon leur juste valeur, devront satisfoire le Divan.
La Porte se plaindra sans doute de ce que le représentant de Sa Majesté Impériale de toutes les Russies , dont elle désirait l'arrivée à Constantinople , n'arrive pas. Mais pourraitelle inférer de ce fait un changement quelconque dans les intentions bienveillantes et généreuses de Sa Majesté Impériale? Elle se tromperait, et c'est aux soins des représentants des Cours amies et de la Russie et de la Porte, qu'il appartient d'empêcher une erreur qui pourrait n'être que trop riche en conséquences fatales.
Lord Strangford, que la confiance flatteuse de Sa Majesté Impériale Russe investit de nouveau du soin de plaider un intérêt que nous n'hésitons pas à regarder comme commun à l'Europe entière, — car cet intérêt, c'est la conservation de la paix, — est habitué à me voir placer sous ses yeux toute
la pensée de notre Cabinet. Il a bien voulu vouer quelque confiance aux vues que , dans le cours de plus de deux années , nous avons développées avec une égale franchise et à Saint- Pétersbourg et à Constantinople ; je me sens donc appelé à lui parler avec un abandon parfait , et j'espère que cette fois encore il me comprendra. Ce ne sont pas les vues qui seraient particulières à la Russie que j'entreprendrai de développer et de soutenir ; ce sont les nôtres que je vais consigner dans la présente dépêche. Si dans Fénumération de ces vues il se trouve de la concordance avec celles de l'Empereur Alexandre , ce fait même confirme de nouveau que Sa Majesté Impériale, dans ses projets d'accommodement avec la Porte, ne suit d'autre ligne que celle qui doit conduire à la pacification des deux Empires limrtrophes et par conséquent au bien général.
L'affaire arrivée à sa phase actuelle est considérée par nous sous le seul point de vue des faits.
Nous posons ainsi en thèse :
!• Que le différend qui, à son origine , a pu paraître à Constantinople avoir été le résultat d'un plan occulte du Monarque russe , doit en toute conscience avoir perdu dans ce lieu même, si riche en erreurs et en (aux calculs, la couleur sous laquelle il s*y était présenté peut-être tout naturellement, mais pas moins sans aucun fond de réalité. *
2* U est en conséquence permis d'admettre que beaucoup de préjugés qui ont existé à Constantinople ne sauraient plus aujourd'hui fasciner la vue du Divan.
La vérité tout entière se trouve dans les faits suivants :
Une insurrection des sujets grecs de la Porte a éclaté. Vingt motifs, ou permanents, ou liés à des circonstances du moment, sont la cause de cette insurrection.
La Russie pouvait s^emparer de cet événement déplorable si la politique de son Monarque se fût dirigée vers ce but. Loin de là; ce même Monarque a fourni aux moins clairvoyants, depuis le premier jour de l'insurrection des Grecs, des preuves non interrompues de sa désapprobation la plus entière de cet événement.
La Porte, dont tous les intérêts sont concentrés dans le
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rétablissement de son autorité dans les pays insurgés, n'est en attendant pas arrivée à cette fin dans le cours de plus de deux ans. La Grèce tout entière est encore insurgée; elle eût sans aucun doute consolidé déjà son existence interne s'il était dans la nature de ses peuplades de savoir se gouverner. L'astuce des Grecs et Tineptie des Turcs ont feit manquer deux expéditions maritimes, et le manque de vivres, résultat d'une absence totale d'ordre et de prévoyance, a expulsé deux tbis les armées ottomanes des conquêtes qu'elles étaient parvenues à faire par le simple mouvement qui les portait en avant.
Des expéditions ottomanes nouvelles par terre et par mer s'organisent. Leurs opérations réussiront-elles? C'est à l'avenir de nous l'apprendre. Je ne me permets en aucune manière de compter sur des succès décisifs de leur part.
Ce que l'Empereur de Russie a voulu le premier jour, il le veut encore aujourd'hui. Il avait offert à la Porte de se mettre, lui et ses alliés, dans une situation apte à influer sur la cessation de la révolte des Grecs ; la Porte ne voyant pas dans cette offre ce qui s'y trouvait réellement, et y cherchant au contraire tout ce qui ne s'y trouvait pas, l'Empereur n'a pas insisté sur ses propositions. Ce que des soins actifs et réunis eussent pu atteindra, il en a confié la solution à l'avenir.
Cet avenir (et il s'est écoulé presque une année depuis que Sa Majesté Impériale l'a appelé au secours de la Porte) n'a pas même commencé à produire ses effets au foyer véritable de l'insurrection.
Qui plus que nous rend justice à la modération envers ses sujets grecs, hors des limites des pays insurgés, que le Sultan a feit succéder aux actes d'une fougue irréfléchie dont les suites, si l'on avait continué à lui lâcher la bride, eussent bouleversé l'Empire ottoman lui-même? Qui plus que nous s'est employé dans le but de calmer en Russie une irritation toute naturelle, et de combattre en Europe le jeu d'une faction à laquelle les excès commis par le Gouvernement ottoman lui-même, ou pour le moins tolérés par lui, n'ont que trop prêté de secours? Nous nous reconnaissons en conséquence.
plus que nul autre, le droit de ne pas flptter les erreurs du Gouvernement ottoman et de lui parler le langage tout entier de la vérité.
Plus nous Saisons à ce Gouvernement la part de sa modération, là où cette part lui revient, et plus nous sommes en droit de combattre les erreurs auxquelles il peut s'abandonner encore.
3* La Porte, malgré les dangers imminents dont elle était menacée, et malgré les avis de ses amis, n'ayant point voulu entendre raison, et T Empire de Russie ayant admis pour sa -part le principe de l'attente, une politique toute simple eût dû engager le Divan à diriger les mesures les plus actives et les plus promptes vers la soumission de la Grèce. Rien dans sa marche (et je n'excepte pas même ses derniers armements maritimes) ne me prouve que le Gouvernement ottoman, se conformant encore à bien des antécédents de son histoire, ne fesse entrer dans ses calculs bien plus les exemples du passé que les besoins du moment. Les événements ne tarderont pas à nous démontrer si les opérations militaires contre la Morée, que l'on nous annonce, auront un caractère sérieux, ou bien si le Divan ne croit point à la possibilité de voir les insurgés se soumettre de guerre lasse. Mon opinion sur les plans du Divan penche bien plus vers la dernière de ces chances.
Que fiait en attendant le Gouvernement turc?
11 blesse la Russie dans ses intérêts permanents les plus directs, dans ceux de son commerce.
Il arrête des mesures qui n'entravent et ne compromettent pas moins le commerce des autres puissances.
Il borne sa politique au vœu stérile de voir la Russie établir avec lui ses relations diplomatiques ordinaires, sans constater par une seule de ses mesures la disposition sincère de concourir à l'accomplissement de ce vœu; mesures réclamées par l'Empereur de Russie et uniformément par tous les membres de l'alliance.
Tel est le tableau véritable de la position des choses du moment.
Je vois. Monsieur le baron, que vous êtes uni, ainsi que
tous yos collègues à Constantin opie, avec lord Strangford, dans le sentiment du bien qui devrait résulter du rétablissement immédiat des relations diplomatiques entre les deux puissances. Je me sens exposé au risque d'être accusé, par des autorités qui à mes yeux ont un grand poids, de me livrer à Terreur et d'entraver le bien là où il pourrait peutêtre dépendre de moi de le servir. Ma conscience toutefois est forte, et elle est tranquille. Je défends la cause de la vérité, et la vérité est que, abstraction faite du pour et du contre dans la question, Tenvoi d'un représentant de la Russie à Gonstantinople est impossible. L'Empereur de Russie ne le veut pas.
La Porte désirerait cet envoi, et elle a raison dès qu'elle ne s'arrête qu'à l'effet qu'il produirait sur les insurgés de la Morée. Cet effet néanmoins serait de peu de conséquence; il serait surtout positivement passager s'il n'était soutenu par des efforts matériels positifs et bien réglés.
Le Cabinet de Russie se refuse à l'envoi parce qu'il voit dans l'affaire plus que la seule soumission de l'insurrection. Il attache au rétablissement de ses relations diplomatiques ordinaires la valeur de leur durée ; — il craindrait de les voir compromises par des mesures arbitraires du Gouvernement ottoman. Il est donc l'ami et non l'ennemi de l'existence de cet Empire.
Le point de vue entre les deux Gouvernements diffère dans la base ; le Divan, habitué à ne voir dans l'insurrection grecque qu'un jeu de la Russie, voudrait tuer ce jeu, et il espère y parvenir par le seul fait d'une démarche patente de la puissance sa voisine, et selon lui sa rivale. Ce calcul eût peut-être été juste il y a des années ; il ne l'est plus dans le moment présent, dans une combinaison de choses où Sa Majesté Impériale regarde la révolte des Grecs comme un incident déplorable, comme un motif d'inquiétude pour le repos de l'Europe, et comme une chance de brouille intense entre lui et la Porte. L'Empereur ne désire que la paix dans toute l'étendue des possessions ottomanes, et ce n'est pas lui qui aujourd'hui pourrait se regarder comme le rival d^un Empire
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POINTS LlTIGlErX ENTRE LA RUSSIE ET LA PORTE (1823). 15
dont Texistence n'a pas un appui plus actif que dans la sagesse de la politique conservatrice de ce Monarque.
Dans une pareille situation des choses, que doivent et que peuvent faire les Cabinets amis des deux puissances en contestation ? Ils doivent ne pas perdre leurs soins à vouloir arriver à rimpossihle, mais les diriger vers les moyens de conciliation possibles.
En examinant les chances auxquelles se rattachent ces derniers, j'arrive pour ma part à ranger Tinsurrection grecque dans la seconde ligne de mes calculs, et toutes mes pensées se portent vers Fintérét le plus actif du moment, et cet intérêt me parait être celui du commerce de la Russie.
Et c'est tout juste cet intérêt que la stupidité ottomane attaque le plus directement, c'est lui qu'elle froisse journellement par des mesures non-seulement injustes, mais sans profit véritable pour la Porte. C'est vers ces foutes graves que doivent se tourner les regards et les soins les plus actifs des représentants des Cours à Constantinople, et c'est à ce soin que devra se trouver lié le succès de la cause commune.
Le Gouvernement ottoman me parait suivre dans ce moment la ligne de conduite à laquelle ne s'abandonnent que trop souvent des particuliers en faillite. Ne sachant plus comment soutenir leur fortune, on les voit se livrer à des spéculations partielles qui, même si elles réussissent, ne les sauvent pas de la perte ! Ce sont des calculs du même genre qui fixent aujourd'hui les regards du Divan sur la navigation marchande des Turcs, sur une navigation qui, dans les temps de la prospé- * rite de l'Empire, n'a point existé, et qui certes ne se créera pas à une époque de désastres.
Lord Strangford fait observer justement que les intérêts du commerce russe ne seront jamais bien soutenus que par les agents de la Russie; le fait est indubitable; mais pour le réaliser, que le Divan ne prenne pas des mesures journalières qui entravent l'arrivée de ces agents. On nous dit que tout viendra à cesser; que les pensées du Divan se modifieront par la présence d'un représentant de la Russie ; — que les afEaires se régleront dès son apparition et par ses propres
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soins : ces fiaits sont-ils bien certains? Pour qu'ils le soient, que le Divan prouve qu'il ne se trompe pas sur ses focultës ; qu*il cesse de susciter des obstacles au rapprochement; qu^ii ne perde pas son temps à des règlements sans résultats possibles; qu'il soit juste et humain envers ses sujets égarés, ferme et juste envers des rebelles incorrigibles; qu'il cherche le point du raccommodement là où il se trouve en réalité ! Le Divan me répondra qu'il y a de la mauvaise volonté à Saint-Pétersbourg ; je rétorque l'argument, et je serai plus juste que lui ; je n'admets pas qu'à Constantinople il y ait de la mauvaise volonté, mais il s'y commet assez de fautes pour briser entre les mains des amis de la Porte les armes dont ils sont prêts à se servir en sa faveur. Que le représentant de la Russie nous arrive, me dira le reis-efFendi ; il arrivera dès que ce représentant n'aura pas la charge de négocier dans le but de sauver les intérêts administratifs de son propre pays; il arriveia dès que ses soins pourront être regardés comme des soins ordinaires entre deux puissances en paix.
Les affaires se placeront différemment si l'essai est tenté ! Je répondrai à cette proposition, sans même l'examiner, que l'Empereur de Russie ne juge pas ainsi qu'on le Sait à Constantinople les chances attachées à l'apparition immédiate de son représentant à la Porte, chose qu'avant tout il ne voudrait pas tenter sous les seuls auspices d'un essai, — tout essai ne pouvant que trop fecilement renfermer le risque que le rappel de l'agent russe ne suive de trop près le fait de son apparition à Constantinople.
M. le comte de Nesselrode parle à lord Strangford de l'envoi d'un ambassadeur ottoman à Vienne. Lord Strangford et vous, déclarez cette idée comme ne pouvant point être réalisée ; vous êtes sur les lieux et vous jugez mieux les Turcs que je ne puis le faire. Ce qui me reste à vous dire à ce sujet doit ainsi se borner au soin de détruire toute idée fausse sur le but de la proposition. La vérité est que le Cabinet de Russie ne demanderait pas mieux que d'entrer en contact direct avec la Porte. Je viens de vous prouver que l'Empereur Alexandre ne croit pas que ce serait à Constantinople