RÉSULTATS DE L'ENTREVUE DES DEUX EMPEREURS
que ce contact pourrait encore s*ezercer sans de g^raves risques. Ce qui empêchera que le Divan ne consente au mode proposé, ce sont ses craintes puériles sur des combinaisons qui n^existent que dans le sentiment de suspicion inné aux Ottomans. Ce qui a fait naftre chez Sa Majesté Impériale de toutes les Russies cette même idée, c^est son désir de s'entendre dans le plus bref délai possible avec la Porte ; nous rencontrons ainsi constamment des difficultés là où l'intérêt bien entendu de la Porte devait se trouver servi.
Il ne m'appartient pas de dire à lord Strangford ce qu'il aura h foire pour éclairer le Divan. Ma confiance dans les lumières de cet ambassadeur est entière, et depuis longtemps elle doit lui être prouvée telle. Tout ce que je puis faire, je le fois. Je lui dis tout ce que je sais. Je lui fournis ainsi les seules armes utiles que je puis lui fournir pour servir la cause, en établissant une base fixe sur laquelle il peut asseoir ses calculs relativement aux intentions de Saint-Pétersbourg, et je ne crains pas de recevoir un démenti de ce côté.
RÉSULTATS DE l'eNTREVUE DES DEUX EMPEREURS A CZERNOWITZ.
683. État des négociations à Czernowitz. Résumé de documents officiels à Tusage de TEImpereiir François. — 684. Le comte de Mercy à TEmpereur François (Rapport), Czernowitz, le 7 octobre 1823. — 685. Metternich à Oltenfels, à Constant! nople (E. D.), Lemberg, le 16 octobre 1823.
683. La Cour de Russie a demandé comme conditions préalables du rétablissement de ses relations diplomatiques directes avec la Porte :
P Une compensation convenable du détriment causé aux provinces russes situées sur la mer Noire, par la perte de la faculté dont la Russie a joui pendant plus de quarante ans de couvrir de son pavillon les bâtiments appartenant à d*autres nations ; • 2^ La suppression ou la modification de certains articles du
dernier (irman sur la navigation des bâtiments turcs revêtus d'une patente du Gouvernement ;
3** La cessation des entraves et vexations qu'a éprouvées en dernier lieu l'expédition des bâtiments russes dans le port de Gonstantinople.
Outre ces trois points, la Cour de Russie insiste particulièrement sur l'évacuation immédiate et définitive des Principautés comme condition sine qua non du rétablissement de ses relations diplomatiques.
D'après les derniers rapports de Gonstantinople, ces trois points avaient été concédés par le Divan et étaient au moment d'être définitivement réglés avec lui, par suite de ce qui avait été arrêté dans la conférence que lord Strangford avait eue le 30 apût.
Quant à l'évacuation des Principautés, sur laquelle lord Strangford avait éprouvé une forte résistance, il est à espérer que les ordres transmis le 13 septembre à l'intemonce d'Autriche d'insister avec la plus grande force sur l'évacuation immédiate, auront mis ce ministre et M. l'ambassadeur d'Angleterre à même de porter le Divan à cette dernière concession, et que celui-ci, informé à cette époque de l'entrevue des deux Empereurs à Gzemowitz, aura eu la sagesse de se prêter à nos avis. G'est ce que le courrier que nous attendons dans quelques jours de Gonstantinople nous apprendra ; mais en supposant même que le Gouvernement turc voulût encore opposer de la résistance, il suffira, pour y mettre un terme, d'une déclaration catégorique qui pourrait être faite au nom de la Russie par l'ambassadeur d'Angleterre et l'intemonce au Gouvernement ottoman, et qui porterait que, si dans le terme péremptoire de huit jours l'évacuation n'est point ordonnée, les relations diplomatiques entre les deux Gouvernements ne seront pas rétablies. Gette déclaration, datée de Gzemowitz, ne manquera certainement pas son effet.
Nous sommes donc autorisés à regarder les conditions dont la Russie fait dépendre ses relations diplomatiques avec la Porte comme remplies ou comme étant au moment de l'être.
Pendant que ce résultat favorable s'obtenait à Gonstanti-
RéSULTATS DE L'ENTREVUE DES DEUX EMPEREURS (1823). 19
nople, l'Empereur Alexandre agréait en principe à Pëtersbourg la proposition que nous lui avions faite de diviser en deux périodes les négociations ouvertes avec la Porte ottomane ; de rétablir ses relations diplomatiques avec elle dés qu'elle aurait satisfait aux justes demandes de la Russie concernant le commerce, ainsi que l'évacuation des Principautés ; et d'attendre une époque plus Eavorable pour la discussion des arrangements relatifs à l'intervention des puissances alliées dans l'œuvre du rétablissement de la ti*anquillité en Grèce. L'Empereur se réservait de reprendre cette proposition en plus mûre considération lorsqu'il serait informé du résultat des dernières démarches de lord Strangford; or, ce résultat ayant été favorable, comme on vient de Texposer, il parait que rien ne devrait s'opposer désormais au rétablissement instantané des relations diplomatiques entre la Russie et la Porte, puisque la première de ces puissances a obtenu la concession des demandes dont elle l'avait fait dépendre, et que, si elle ne s^en montrait pas satisfaite aujourd'hui, elle donnerait lieu au soupçon qu'elle veut la guerre, tandis que d'un autre côté elle nous placerait vis-à-vis de la Porte dans l'impossibilité de lui être utile, puisque nous n'aurions plus le droit de réclamer d'elle des concessions au delà de celles que nous avons obtenues, et que la Russie avait désignées elle-même comme conditions du rétablissement de ses relations diplomatiques.
Quant à nous, nous sommes en effet parvenus au terme de la négociation , et nous avons fidèlement rempli tous nos engagements envers la Russie, en lui offrant les moyens de terminer ses différends avec la Porte d'une manière conforme à ses intérêts, à sa dignité et aux conditions qu'elle y a mises elle-même. Si nous avions échoué dans nos efforts, en plaidant loyalement les intérêts de la Russie , nous nous serions trouvés dans une situation infiniment compromettante vis-à-vis de la Porte; mais du moment où ils ont été couronnés de succès, notre intervention doit se borner à ce résultat , et s'il ne satisfaisait pas entièrement la Russie, nous ne pourrions, dans aucun cas, aller au delà sans nous compromettre , et sans nous écarter de la stricte ligne de nos devoirs.
Le comte de Mercy * à TEniperciir François (Rapport), Czernowitz, le 7 octobre 1823.
684. D après ce que m'a dit le comte de Nesselrode , auquel , par ordre de Votre Majesté , j'ai fieiit part de la démarche que lui conseille M. le prince de Mettemich, Elle pourrait dire demain à l'Empereur Alexandre «que du moment où il est satisfait du résultat de la négociation confiée à lord Strangford et à rinternonce, qui ont obtenu du Gouvernement ottoman toutes les concessions que la Cour de Russie avait exigées comme condition préalable du rétablissement de ses relations diplomatiques avec ce Gouvernement , il serait aussi honorable que glorieux pour l'Empereur Alexandre de terminer ici personnellement cette importante affaire avec Votre Majesté, en autorisant le comte de Nesselrode, son ministre, à écrire officiellement h lord Strangford que Sa Majesté Impériale de toutes les Russies est satisfaite du résultat de ses négociations avec la Porte Ottomane, résultat d'autant plus désirable quil lui ouvre la possibilité du prochain rétablissement de ses relations diplomatiques avec ce Gouvernement » .
Cette déclaration spontanée de l'Empereur Alexandre placerait ce Souverain vis-à-vis de l'Europe d'une manière d'autant plus honorable que, vu la circonstance malheureuse de la maladie de M. le prince de Metternich, elle serait attribuée exclusivement à la profonde sagesse de sa politique et à l'influence bienfaisante de Votre Majesté.
Metternick à Ottenfels, à Constantlnople (E. D.), Lembcrg,]e 16 octobre 1823.
685. Les justes déterminations que la Porte a enfin la sagesse de prendre après les dernières interpellations que lord Strangford lui avait fait entendre , au nom de l'amitié la plus loyale et de l'intérêt le moins douteux de la conservation de la
* Le comte de Mercy, un des fonctionnaires de la chancellerie d'Etat, représentait, aux négociations de Czernowitz, le prince de Mettemich, que la maladie avait retenu à Lemberg. (Note de tÉditeur.)