‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 16 sur 123 · RESULTATS DE L'ENTBEVUE DES DEUX EMPEREURS · texte numérisé non relu

RESULTATS DE L'ENTBEVUE DES DEUX EMPEREURS

paix, et que vous, Monsieur rinternonce, de concert avec MM. les représentants des autres Cours alliées, aviez appuyées des arguments non moins sincères que nous avions mis à votre disposition, ont rencontré près de TEmpereur de Russie Taccueil que nous nous sommes crus constamment en droit d'attendre de l'élévation des sentiments de ce Monarque

Forts des espérances que nous n'avons jamais cessé de placer dans les résolutions équitables du Cabinet de Saint-Pétersbourg et dans les déterminations d'un Souverain toujours supérieur à des considérations secondaires, et confiants dans les soins auxquels la direction principale des bons offices des Cours était confiée , nous avons maintenant la satisfaction de voir que les explications devenues plus franches et plus précises de la part du Divan , n'ont pas tardé à être suivies d'une juste réciprocité et d'un retour plein de bienveillance de la part du Cabinet de Saint-Pétersbourg. Aujourd'hui , nous nous regardons comme récompensés. Le triomphe de la modération de l'Empereur de Russie est complet; et ce triomphe, grâce à la constance de nos vœux, est à la fois le nôtre.

Les déterminations auxquelles l'Empereur Alexandre vient de s'arrêter étant toutes consignées dans l'office que , d'ordre de son auguste Maître, M. le comte de Nesseirode adresse, sous la date de Czernowitz, le 10 octobre (28 septembre), à Son Excellence M. le vicomte de Strangford , je m'empresse, après m'en être concerté avec le ministre de Russie , de vous munir , Monsieur l'internonce , de la copie ci-jointe * de cette réponse , comme devant vous tenir lieu d'instruction commune

* RelatÎTcment au résultat le plus important de ces négociations de Constantînople que lord Strangford avait conduites avec la Porte au nom de la Russie, résultat dont les Souverains d'Autriche et de Russie furent instruits lors de leur entrevue à Czernowitz, Nesseirode écrit à lord Strangford, sons la date ci- dessus, ce qui suit : ■ Mon auguste Maître me charge de vous en témoigner tonte sa reconnaissance. Il voit avec un plaisir infini que, par vos soins, l'article essentiel des relations commerciales ait été réglé d'une manière qui remplit se.*; vœux, que la Porte renonce k la prétention de défendre le passage du Bosphore aux vaisseaux étrangers qui fréquentent les ports de nos provinces méridionales, que tous les pavillons européens seront admis à la jouissance de cette indispensable faculté, que celle du transbor^

et comme étant éventuellement destinée à servir de guide à la coopération bienveillante de MM. les représentants des Cours de France et de Berlin , après qu'ils en auront reçu la communication officielle de leurs Gouvernements.

L'office du Cabinet de Saint-Pétersbourg embrasse tous les points de litige qui avaient donné lieu à Tinterruption des relations diplomatiques entre la Russie et la Porte. Cet important document doit donc désormais devenir la base de votre action et former le seul point de départ auquel vous aurez à rapporter vos démarches. Il suffira à tout ce que votre position peut vous rendre désirable , et votre tâche comme la nôtre s'en trouvera de beaucoup simplifiée.

Vous y reconnaîtrez, Monsieur le baron, que l'article des relations commerciales, sur lequel Sa Majesté Impériale de Russie s'est montrée pleinement satisfaite, se trouve tellement défini et arrêté en principe de la part de la Porte , et accepté de la part de la Russie , que les soins des représentants des Cours doivent dés lors se borner à surveiller l'exact accomplissement des déclarations du Divan et à s'assurer d'une obsei'vance uniforme et suivie , la seule propre à faire loi pour les autorités ottomanes , ainsi qu'à constater dûment les droits acquis aux pavillons européens et à prévenir à cet égard le retour de nouveaux griefs entre la Russie et la Porte.

Vous reconnaîtrez, d'un autre côté^ que si, malgré nos vives et pressantes remontrances , il reste encore au Divan à compléter la satisfaction du Cabinet de Saint-Pétersbourg en achevant l'évacuation des Principautés du Danube, l'aplanissement

dément puisse s*exercer d*après un mode qui présente les garanties nécessaires de liberté et de bon ordre, qu'enfin, à la faveur de vos représentations, les visites supprimées, les chicanes interdites, les droits indus et onéreux abolis, cessent de rendre le passage du canal de Gonstantinople un continue] objet d*inquiétude et une source de pertes sensibles pour le commerce. L*Ëmpereur est fermement convaincu, Mylord, que ces fruits de vos négociations seront aussi durables qu'ils sont utiles, et qu'après avoir pu engager la Porte à donner une preuve d'intentions conciliantes, voos saurez avec le même talent prévenir de sa part un retour à cette politique qui a failli Tisoler de tous les Gouvernements d'Europe et lui attirer le fléau d'une guerre générale. » (Noie de VÈditeur.)

RÉSULTATS DE L'ENTREVtE DES DEUX EMPEREURS (1823). 83

de cette dernière complication dans les relations directes des deux Empires nous paratt d'autant moins douteux, que la solution en est à la fois entre les mains du Sultan et dans son intérêt. La haute valeur que la Porte doit attacher au rétablissement formel de ses relations diplomatiques avec son puissant voisin, ne permet pas de croire qu'après des témoignages aussi éclatants de bonne volonté et d'égards que le sont ceux qu'elle reçoit en ce moment de l'Empereur Alexandre , elle puisse balancer à rentrer complètement dans le statu quo antérieur à ses différends avec la Russie , et hésiter à abandonner les dernières traces de méfiance et de dispositions équivoques au prix infiniment supérieur de son entière réconciliation avec tous les États européens.

Cette accélération des mesures d'évacuation de la Yalachie et de la Moldavie est l'objet auquel vous aurez , Monsieur le baron, à vouer vos premiers soins, et, par devoir comme par justice , vous y êtes plus particulièrement appelé encore que ne le sont MM. les représentants des autres Cours, attendu que la contiguïté des possessions de l'Autriche avec les deux Principautés nous a donné plus qu'à tout autre la conviction des inconvénients et du danger de la prolongation d'une mesure de circonstance, devenue maintenant sans objet comme sans utilité

Quant à la question relative au rétablissement de la tranquillité en Grèce , cette discussion devant être dévolue à l'intervention collective des puissances alliées , je puis me réserver de vous fiaiire passer, Monsieur l'intemonce, une instruction spéciale à ce sujet, après que je me serai concerté avec le Cabinet de Russie.

Il m'est permis, en attendant, de foire reposer, Monsieur le baron , votre confiance comme la nôtre sur tous les motiËs d'espérance que nous devons puiser dans la généreuse détermination qu'a prise et proclamée l'Empereur Alexandre , de pourvoir au rétablissement de ses relations diplomatiques avec la Cour ottomane, du moment qu'elle aura satisfoit à l'évacuation des Principautés en conformité des traités. M. le comte de Nesselrode a été autorisé , comme vous le verrez , à foire

connaître au Divan a que Sa Majesté Impériale a résolu de s'occuper du choix d'un ministre à Constantinople aussitôt qu*Elle aura achevé son voyage » . L'Empereur, voulant de plus donner dès ce moment à la Porte un témoignage public de ses sentiments de modération, s'est décidé à envoyer à Constantinople M. le conseiller d'État actuel de Minciaky, dont, comme vous savez, nous avons eu de fréquentes occasions d'apprécier les vues loyales et éclairées , et déjà , par la présente expédition, M. l'ambassadeur de la Grande-Bretagne reçoit du Cabinet de Russie l'invitation de faire à Constantinople les démarches requises pour le firman nécessaire à M. de Minciaky, ainsi que pour assurer à sa mission l'accueil et les succès que la Porte, plus encore que toute autre puissance, a de pressants motifs de seconder de toute sa bonne volonté.

Sous des auspices aussi heureux, vous sentirez plus que jamais. Monsieur le baron, que vous ne sauriez apporter assez d'empressement et de zèle à soutenir en tous points les démarches de M. de Minciaky, comme aussi à vous unir constanmient d'intentions et de conduite avec M. l'ambassadeur de la Grande-Bretagne, ainsi qu'avec MM. les représentants des Cours de France et de Berlin , pour foire valoir aux yeux de la Sublime Porte une position de choses qui est tout en Éaveur de ses intérêts présents et des espérances qu'il lui est maintenant donné de pouvoir placer dans l'avenir.

Nous nous sommes chargés de faire arriver à Constantinople les expéditions du Cabinet de Russie , que je vous transmets ci-joint par le présent courrier. Vous en soignerez la remise sans le moindre retard, et vous voudrez bien m'en accuser tout de suite la réception.

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