‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 24 sur 123 · LA FRANGE SOUS CHARLES X · texte numérisé non relu

LA FRANGE SOUS CHARLES X

731 • Mémoire écrit de la main de Metternich, le. 25 octobre 1824 (Annexe de la dépèdie ci-dessus sa baron de Wemer, du 23 octobre 1824, (no730).

731. Jamais avènement au trône n'a été accompagné en France d'un calme plus partit que celui de Charles X, et néanmoins, au moment de la mort de Louis XYIII, beaucoup de personnes redoutaient que cette crise n'amenât une secousse, trop forte peut-être pour des bases aussi neuves que le sont celles de la Monarchie française restaurée. Au moment du décès du Roi, quelques royalistes timorés parlaient d'une proclamation, de la nécessité de se montrer aux troupes, de recevoir leur serment; M. de Villèle s'est opposé à toutes ces mesures, et a calculé judicieusement qu'il était préférable de consacrer le principe de la continuité de possession, et que la simplicité d'un usage vénérable donnait au nouveau pouvoir plus de force véritable que des précautions qui trahiraient un manque de conGance. Le résultat a prouvé en faveur de ce calcul ; Charles X s'est assis paisiblement sur le trône de son frère. Ce passage tranquille, qui fetit de la Révolution un épisode historique, prouve sans doute que la régénération morale a fait des progrès en France ; mais quelques causes secondaires n'ont pas nui à l'issue heureuse d'un événement dont on avait lieu d'appréhender les conséquences. La fermeté que Louis XYIII a déployée dans ses derniers moments a flatté Tamour-propre français. Le début du nouveau Roi a été brillant ; il a satisfait tout le monde ; il a produit uû entraînement universel, qui a été contagieux même pour le parti opposant. Enfin il est permis de croire que la suspension momentanée de la liberté de la presse quotidienne n'a pas nui à ces succès. Le fait est que Charles X, dès les premiers instants de son règne, a visé évidemment à obtenir une popularité qu'il a réellement acquise, et qui est incontestablement un grand bien dans sa position. Reste à savoir s'il n'a point fait des concessions un peu trop larges pour se la procurer, si dans son

maintien (on pourrait dire dans ses avances] envers le côté gauche il n'a pas été peut-être un peu trop loin.

M. de Yillèle Ta si bien senti que, sans attendre une objec* tion à ce sujet, il s'est hâté d'en faire la remarque à M. le comte de Zichy, assurant au reste ce ministre que cette condescendance du Roi envers des libéraux notoires n'avait pour but que de leur faciliter le retour, mais qu'on se trompait fort si l'on supposait à Sa Majesté aucune tendance vers leurs doctrines.

Si cette affabilité si marquée pour des individus qui ne se sont feit connaitre que par des opinions perverses ou erronées n'est qu'une porte ouverte au repentir, on ne peut qu'applaudir à une conduite aussi modérée, dont les fruits se font déjà sentir, puisque les mêmes hommes qui naguère prophétisaient que le règne de Charles X serait celui des prêtres et de la contre-révolution, sont tout à coup métamorphosés en panégyristes du nouveau Roi. Mais beaucoup de personnes qui réfléchissent ne voient pas sans inquiétude les conséquences d'un accueil aussi flatteur fait aux coryphées du libéralisme. Charles X est franc, loyal, aimable, chevaleresque, religieux, mais en même temps il est facile, accessible à toutes les insinuations, fort entier toutefois, et même véhément dans ses préventions momentanées : tout cela laisse craindre une mobilité dans la marche du Gouvernement qui est dangereuse pour l'autorité, et de la faiblesse à résister à l'influence libérale que le Dauphin semble exercer sur son père.

Le libéralisme du Dauphin est un fait. Reste à savoir si les idées de ce Prince ont été radicalement faussées par les hommes dont il a été entouré pendant sa campagne d'Espagne, ou si c'est un rôle qu'il a adopté dans le vain espoir de former un parti intermédiaire, dans lequel il souderait et amalgamerait tous les intérêts libéraux et royalistes anciens et nouveaux. Il paratt toutefois plus vraisemblable que ce Prince, loyal et brave, mais médiocre, agit avec conviction. Avec un peu de sagacité, il se convaincrait bientôt que son système d'amalga* mation est bâti sur le sable, et qu'une fusion d'éléments hétérogènes de leur. nature est impossible. C'est néanmoins sur les

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