LA FRANCE SOUS CHARLES X
opinions du Dauphin que spécule le parti libéral, et cet aveuglement explique tout à la fois les éloges que Topposition donne au Roi, et les cajoleries du Roi envers plusieurs libéraux.
Le nœud se débrouillera dans peu de semaines, car il faudra que le ministère agisse en public sans trop tarder. Alors les éléments, mêlés sans affinité, se sépareront d'euxmêmes.
Entre temps, tous les partis, les gobe-mouches et ceux qui savent bien ce qu'ils font, se réunissent pour culbuter le ministère, c'est-à-dire M. de Villèle. Ce ministre, après avoir fiait des fautes, paraissait avoir embrassé la véritable ligne de conduite qui convient à un homme d'État, et malgré ses maladresses, c'est encore, à l'heure qu'il est, le seul homme que ceux qui veulent le bien peuvent désirer de voir en place. Il paraît chanceler toutefois, et on croit assez généralement qu'il perdra son poste ou immédiatement avant ou peu après l'ouverture des Chambres. En effet, la partie liée contre lui est trop forte. Le Dauphin ne l'aime pas, et cette répugnance s'est déjà décelée dans plus d'une occasion. Quoique le Roi voie en M. de Villèle le principal auteur de la bonne intelligence qui a régné dans les dernières années entre lui et Louis XVIII, et qu'il croie lui devoir l'amélioration sensible de l'esprit public, le crédit de ce ministre auprès de Sa Majesté baisse néanmoins assez pour qu'on puisse s'en apercevoir, et il est à craindre que l'influence du Dauphin, qui prend séance au conseil, ne parvienne à le renverser. Le titre d'Altesse Royale accordé à la branche d'Orléans, et l'abolition de la censure des journaux, sont deux mesures dont la première a été adoptée sans la connaissance, et la seconde malgré l'avis des ministres.
Dans le cas assez vraisemblable du renvoi du ministère actuel, le nouveau sera composé ou par le Dauphin, ou par le Roi. S'il est formé par le premier, il faut s'attendre à voir sortir du creuset un produit semi-libéral et semi-royaliste ; si c'est le Roi qui recompose le ministère sans son fils, on ne peut préjuger les choix qu'il fera, mais on n'augure pas grand'chose de beaucoup de ses anciens amis royalistes.
En attendant, Tintrigue est en pleine activité, et le parti des royalistes mécontents porte M. de Bruges, le maréchal Soult, le duc de Fitz-James et M. de VitroUes au ministère.
La partie qui, en France, aurait le plus besoin d'une réforme totale, c'est celle des relations extérieures. Au dire de personnes qui ont pu s'en convaincre, la composition de ce département est plus que médiocre, et malheureusement on ne voit pas d'homme capable de le retirer de cet état de nullité et de poursuivre un système sohde. M. de Chateaubriand n'était certes pas l'individu propre à cette besogne, lui qui tantôt courait à M. Ganning, et tantôt s'imaginait agir selon les vues de l'Empereur de Russie parce qu'il abondait dans le sens d'un diplomate russe. M. de Damas a dû se trouver fort embarrassé à la tète du ministère des affaires étrangères, poste auquel la carrière des armes n'a pu le préparer. En effet, son langage vague, réservé et mal assuré, dénote l'embarras de sa position, et déjà l'opinion publique lui destine un commandement à l'armée d'occupation, en échange du portefeuille.
L'Espagne est maintenant le point qui occupe le plus péniblement les méditations du Gouvernement français. Dans une conversation que M. le comte de Zichy a eue sur cet 'objet avec M. de Yillèle, ce ministi^e a déploré la conduite du Roi d'Espagne, accessible à tous les conseils, les bons comme les mauvais. S'étant étendu fort au long sur les sacrifices d'argent que l'occupation coûtait à la France, le président du conseil des ministres laissa entrevoir à M. de Zichy la nécessité proèhaine de diminuer le corps d'occupation, de se borner à tenir quelques places fortes et à échelonner l'armée de manière à assurer en tout cas sa retraite. M. de Villéle se proposait de renvoyer incessamment M. de Talaru à Madrid, sans toutefois espérer beaucoup des efforts que pourra faire cet ambassadeur.
• Du reste, M. le comte de Zichy a trouvé M. de Villèle très-correct dans sa façon de penser sur l'union dans la marche politique des Cours.
732. Metternicli à Ottenfels, à Gonstandnople (Lettre confideniielle). Vienne, le 18 décembre 1824.
732. Je n'ai rien de particulier à ajouter à ma dépêche de ce jour, si ce n'est que la prochaine arrivée près de nous de M. Stratford-Canning devient probable. Après bien des tergiversations et remploi de tous les faux-fuyants , M. Ganning paratt s'être décidé à ne plus retarder l'envoi de ce diplomate, ou bien le Cabinet aura forcé dans ce sens le mauvais vouloir du principal secrétaire d'État *.
Les nouvelles les plus récentes de Saint-Pétersbourg me prouvent que le retard de l'évacuation des Principautés et l'affaire faussement représentée par M. Pisaui n'ont pas produit sur TEmpereur de Russie l'effet que sans doute eussent désiré Jes hétéristes. C'est le vœu d*en finir qui prédomine auprès de Sa Majesté Impériale, et le jour où elle apprendra que par la remise des lettres de créance de M. de Minciaky la Russie se trouve replacée sur la ligne des alliés, sera regardé par elle comme heureux. Voilà la vérité dans les choses; ne vous laissez dérouter par aucune apparence contraire , elle serait positivement trompeuse.
Si vous trouvez une occasion toute naturelle de vous expliquer dans ce sens envers M. de Minciaky , il n'y aura point de mal. Ce n'est pas à moi à lui indiquer ce qu'il aura à faire dans des circonstances positivement difficiles pour tout homme dans une position pareille à la sienne. Mais il doit savoir que je connais l'esprit de l'Empereur Alexandre, et que nous sommes décidés à soutenir sa cause avec une grande force et une correction aussi active qu'entière. Mes paroles
* Stratford-Canning avait pour mission de déclarer à Saint-Pétersbourg que l'Angleterre ne prendrait point part à la pacification, et de faire ajourner les négociations qui devaient avoir lieu à ce sujet. {Note de CÉditeur.)
ne peuvent donc point lui être suspectes. Mettez toutefois bien de la réserve dans une chose d'une nature aussi délicate. Je me fie sous ce rapport en entier à votre bon esprit et à votre savoir-Gaiire.
L'a£bire s'est trouvée dans la séparation des objets; elle se trouve aujourd'hui dans l'ouverture la plus prompte des Conférences à Saint-Pétersbourg, Gonstantinople doit dormir jusqu'à ce qu'une nouvelle impulsion y arrive de Pétersbourg. Afin que celle-ci puisse être salutaire , elle devra être régulée et arrêtée en somme et en détail. Pour que tel puisse être le cas, il faut se réunir et débattre. Voilà toute notre politique et notre marche. Ce qui se trouve à côté d'elle est faux en principes et en calculs.
MALADIE ET MORT DE LA PRINCESSE ÊLÉONORE DE METrERNICH ,