‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 38 sur 123 · L'ÉVÉNEMENT DE NAUPLIE · texte numérisé non relu

L'ÉVÉNEMENT DE NAUPLIE

sion de grand nombre de pavillons dans la mer Noire un déchet positif pour l'industrie et pour les revenus de rAutriche ; mais l'Empereur s'en consolera par Tidée d'avoir fait à la fois une chose utile et agréable à Sa Majesté Impériale de toutes les Bussies et d'avoir assuré par sa condescendance un moyen de plus en faveur du maintien de la paix politique en Europe.

Telle est la vérité tout entière et fort simplement présentée. Je tiens trop à éclairer la conscience de M. le comte de Nesselrode, et je sais trop combien il aime à rejeter toute erreur, pour avoir cru pouvoir me dispenser de vous adresser ce peu de paroles, auxquelles j'ajoute le vœu que vous les portiez à la connaissance de M. le secrétaire d'État.

l'événement de NAUPLIE*.

781. MetternicL à Gentz (Lettre pertîculièi'e), Vienne, le 9 septembre 1825. — 782. Gonrersation de Metternich avec Tatistscheff, d*après les notes du prince. (Anneie du n® 781.)

781 ... J'avoue franchement que je regarde le fait de la> déclaration du Gouvernement de Nauplie en faveur des Anglais, et toutes les circonstances qui ont accompagné cet événement, comme un véritable deus ex machina, espèce de divinité qui est toujours la fidèle compagne de ceux qui ont raison. Quelle sera Tattitude, quelle sera la position que prendra Ganning? C'est à lui de le décider; mais ce qui est certain, c'est que, quoi qu'il fasse et de quelque manière qu'il agisse, il est et restera embourbé.

Comme nous sentons peu aujourd'hui le poids du reproche

* Voici en quoi consistait cet événement : le directoire grec avait résolu (le 24 juillet), au nom du clergé et du peuple, de se mettre sous la protection de l'Angleterre. A cette fin on rédigea un acte qui fut signé par deus mille individus environ, mais contre lequel s'élevèrent des protestations, entre autres celle du général Roche, agissant au nom du comité français des philhellènes. {Note de C Éditeur.)

que nous fiiit la Russie de ne pas avoir pris contre la Porte les excellentes mesures coercitiTes qu'elle réclamait ! L'emploi de ces mesures, combine avec les belles opérations d'Hamilton, aurait fait très-bon effet! Croyez-vous qu'on o^ encore venir nous proposer de forcer la Porte à soumettre les Grecs? Car tel était, en somme, le vrai sens de la proposition.

Comme l'expédition de Cochrane cadre bien avec la situation actuelle! Pour compléter l'imbroglio, il ne manquait plus qu'une chose : il fallait qu'Hamilton fût poussé par le général Roche à agir comme il l'a feit. Tout cela forme un ensemble admirable !

Du reste, Tatistscheff reconnatt tout comme moi combien cet événement est heureux. A présent, il ne croit plus luimême que des troupes russes marcheront vers la Moldavie, car il pense que , dans ce cas , les Anglais pourraient bien s'établir à Hydra. Le temps porte conseil ; or, le premier talent, c'est de savoir laisser mûrir le temps.

J'ai été très*-circonspect dans la rédaction de la note que j'ai fait insérer dans YObsei'vateur du 8, note i-elalive à l'article tiré du Spectateur oriental *. Je n'attends que le moment favorable pour m'avancer davantage. Il y a des circonstances où il importe de savoir se taire ; or, tel est le cas aujourd'hui.

* \J Observateur du 8 septembre emprunte au Spectateur oriental l'article sur l'événement de Nauplie dont nou8 avons parlé dans la note ci-dessus. La note rédigée par Mettemich à propos de cet article est ainsi conçue : • L'insurrection grecque est entrée dans une nouvelle phase. Ce qui était inévitable est arrivé : les délégués du comité philhellénique sont entrés en lutte les uns avec left autres et avec le Gouvernement insurgé, de même que les membre» de ce Gouvernement sont en lutte entre eux et avec les chefs des différentes peuplades du Péloponése et des îles. Notre impartialité d'historien nous commande d'attendre quelques renseignements plus précis pour arriver à caractériser plus nettement les éléments qui s'agitent dans le chaos actuel et qui le composent. L'immixtion de tant de parties hétérogènes, l'invasion sur le sol grec des passions et, à leur suite, des erreurs que, dans ces temps de désordre et de confusion, l'esprit de parti répand dans l'Europe chrétienne, ont-elles été utiles à la cause des Grecs? l'ont-elles servie ou n'ont-elles pas plutôt préparé sa ruine totale? C'est une question dont la solution ne saurait plus se faire attendre longtemps. Dès que nous verrons assez clair nous-mêmes pour

L'ÉVÉNEMENT DE NAUPLIE (1825). tSl

P. S. il septembre 1825*

Je vous envoie quelques lignes qui contiennent le résumé d'une conversation que j'ai eue avec Tatistscheff sur les dernières dépèches qu'un courrier lui a apportées de Saint- Pétersbourg (n* 782). Dans toutes ses lettres, Nesselrode ne fait que se lamenter. Quand un Cabinet comme celui de Russie est dans de semblables dispositions, il faut le relever. Le meilleur moyen de lui redonner du courage, c'est de lui faire entendre le langage de la vérité. C'est dans ce sens que je crois avoir parlé h TatistscbefF. Il a très-bien commenté mes paroles dans son rapport, en tant que mes discours ont besoin d'un commentaire» car, à mon sens, ils sont très-corrects et très-nets; ils doivent donc être accueillis partout comme tels.

J'ai cru devoir vous communiquer ce petit travail, car il contient ma profession de foi. Ainsi que je le dis, j'examiûe la situation par rapport a jx Turcs, aux Grecs et à TAngleterre. Si je pouvais aujourd'hui agir seul, à Constantinople comme partout, au nom des puissances continentales, je me ferais fort d'arriver à une bonne et prompte solution, car, dans le diffé-» rend qui nous occupe aujourd'hui, tout le monde a tort, moi seul excepté *.

pouvoir fournir à l*b»toire du jour des données positives et sûres, nous ne craindrons pas de prendre position; nous ferons voir cette fermeté que nous n'avons cessé de montrer depuis l'origine des événements d*Orient, sans tenir compte de ce système de tromperie qui 8*est partout répandu. » Gentz déclare que cette note est ce qu*on a pu dire de plus juste et de plus fort sur ces menées aventureuses. {Note de C Éditeur,)

* En réponse k cette lettre, Gentz écrivit de Gastein, le 17, une lettre où nous trouvons les lignes suivantes : « J'appellerais la dépêche que vous avez envoyée à Londres, non pas « un méchant factum sous une forme « adoucie » , mais un acte de vigueur, un acte décisif sous une forme trèssimple et très-modérée. Ce ne sera pas une petite besogne de répondre aux deux questions par lesquelles elle se termine. Je suis ravi du langage plein de franchise que Votre Altesse a tenu à Tatistscheff. La remarque suivante : « que ce que nous rencontrons journellement de difficultés et de répugnances « à Madrid, nous devons pour le moins aussi le rencontrer à Constantinople », est impayable. » (Note de l'Éditeur.)

Conversation de M etternich avec TatistschefF, d*après les notes du prince. (Anneie da D<*78i.)

782. Les derniers événements à Naples de Romanie altèrent-ils la situation morale et matérielle des quatre Cours continentales dans l'afiEaire du Levant?

Examinons ce qu'ont voulu ces Cours jusqu'à cette heure.

Elles ont voulu le maintien de la paix générale, et par conséquent celui des circonscriptions territoriales, et le respect dû aux traités. Le but de leur action morale a été la pacification la plus prompte des provinces insurgées; enfin, comme gaged'un état de tranquillité future, elles ont eu en vue une amélioration du sort des peuples dans ces mêmes provinces, en tenant compte à la fois des vœux de Thumanité et des droits de souveraineté.

Tout dans ces vues et dans ces vœux est légitime et correct, car hors de leur sphère ne se trouvent que la guerre partielle ou générale, le froissement entre les principaux intérêts politiques, la lésion des principes si noblement et si utilement défendus par Talliance, et le trouble matériel; eu un mot, tout ce que veulent et désirent les hommes et les partis imprégnés de l'esprit révolutionnaire.

Quand, il y a trois mois» l'intervention des puissances dans la pacification de la Grèce a été offerte pour la première fois au Divan, celui-ci s'est refusé à en admettre le principe. Il est permis de supposer qu'il a été engagé à ce refus par un sentiment de répugnance contre l'étranger, dans ce qu'il regarde comme une affaire domestique. Sa répugnance peut avoir été renforcée par la conviction que les forces ottomanes seraient suffisantes pour anéantir l'insurrection. Il ne peut s^agir entre nous de discuter sur la valeur ou sur la nonvaleur, sur la force ou sur la faiblesse matérielle ou morale du Gouvernement ottoipan ; bornons-nous à reconnaître que la Porte est une puissance, et que sans aucun doute elle se reconnaît comme telle, et nous n'aurons dès lors nul droit de nous étonner que le sentiment d'indépendance domine le

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