ÉTAT DE LA QUESTION D'ORIENT (1826). 29T
servir à rinstruction de Mgr rArchiduc FerdinaDd pour le cas, fort présumable, où le nouveau Souverain de la Russie dût aborder vis-à-vis de lui cette grave question.
Gomme le Mémoire retrace le plus succinctement et le plus correctement possible Tattitude de notre Cour et le jugement que nous n'avons cessé de porter sur le conflit, je trouve utile de le déposer dans les archives de nos principales missions. N'étant à autre fin, je prie Voire Excellence de borner l'usage qu*ElIe en fera au seul soin d'en prendre connaissance*
Exposé historique de la question d*Orieut. Mémoire de Metternich. (Annexe du n*» 827.)
828. L'insurrection des Grecs a été condamnée dès son début par les principales puissances de la chrétienté, explicitement et publiquement par les unes, tacitement et virtuellement par les autres, comme un attentat révolutionnaire que Toppression même la mieux caractérisée (si les auteurs de la révolte avaient pu la démontrer) ne pouvait jamais justifier, et comme un événement qui allait ajouter une nouvelle masse d'embarras et de dangers à Ja situation déjà trop critique de l'Europe. En toute autre circonstance, les Souverains, pour être fidèles aux principes qu'ils avaient solennellement proclamés et appliqués à plus d'une des révolutions de notre temps, devaient à la cause de la paix, du bon ordre et du bon droit, de pi;iéter main^forte au Gouvernement outragé, de l'aider à étouffer le plus tôt possible un incendie qui menaçait le repos de trois parties du monde. Ce qui les empêcha de remplir un devoir qu'au moment même où éclata Tinsurrection ils exécutèrent en d'autres contrées , ce ne fut point d'abord, comme on pourrait le croire aujourd'hui, l'ascendant de Vopi" nion publique; car à l'époque de l'explosion de la révolte, cette opinion n'était pas à beaucoup près aussi générale, aussi prononcée et aussi puissante que malheureusement elle Test devenue depuis par le travail infatigable des factions, par l'ignorance et la crédulité du public.
i08 RECUEIL DE DOCUMENTS (1823-1829).
Une seule considération arrêta dès le premier moment les Souverains ; il leur répugnait de fournir des armes à une domination exercée par un pouvoir professant des dogmes ennemis du Christianisme, contre des sujets coupables, mais chrétiens et malheureux. C'est cette considération qui les jeta dans le pénible dilemme de ne pouvoir ni aider les Grecs sans violer les principes du droit public, ni les combattre sans blesser des sentiments religieux. Une attitude passive (bien différente d'une neutralité proprement dite) était le seul moyen de concilier ces deux grands intérêts. Dés lor> le rôle des puissances se bornait à employer tout ce qu'une diplomatie éclairée, bienveillante et habile, pouvait leur suggérer, et tout ce que leur influence réunie leur assurait de moyens propres à mettre un terme à une lutte dans laquelle il leur élait défendu d'intervenir par leurs forces matérielles. En sortant de ce rôle, elles eussent risqué de rendre nulles les seules ressources qui leur restaient, ou bien de se précipiter dans une de ces extrémités qu'il leur importait également d'éviter.
Il JBaut le dire, puisque c'est la vérité et que l'histoire ne pourra pas l'ignorer : c'est la Russie qui, en premier lieu, s'est privée et qui a privé ses alliés des avantages d'une position fort restreinte, difficile et délicate en elle-même.
Entraînée, non par des vues d'ambition ou de cupidité, — toujours étrangères à l'àme du Monarque qui dirigeait ses destinées, — mais par des conseils faibles ou équivoques, elle tomba dans deux fautes dont les suites ne pouvaient manquer de s'étendre très-loin. La première était celle de se laisser entraîner à croire qu'il était pour la Russie d'une nécessité impérieuse d'intervenir, et d'intervenir à tout prix, dans l'affaire de l'insurrection, et par conséquent, comme elle ne voulait ni ne pouvait agir sur les Grecs y di agir fortement sur la Porte, dans quelque sens et par quelques moyens que ce fût.
Pénétré de cette opinion, le Cabinet de Russie donna bientôt à ses démarches à Constantinople un caractère d'autant plus alarmant et d'autant moins adapté à la circonstance, que