‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 45 sur 123 · ÉTAT DE LA QUESTION D'0R1«NT · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA QUESTION D'0R1«NT

la Porte, — consternée d'une catastrophe aussi terrible qu'inattendue, et qui, par suite d'un calcul aussi perfide que profond de la part de ses auteurs, fut amenée sous Tétendard emprunté de la Russie, — était absolument hors d'état de juger sa propre position, de consulter ses intérêts, ou de soutenir des discussions politiques. I^ Russie, se croyant repoussée et offensée, et n'écoutant que l'irritation du moment, commit alors une seconde faute, plus grave dans ses conséquences que la première, celle de rappeler sa mission et de se priver ainsi du seul moyen d'accomplir ce qu'elle désirait ellemême avec tant d'ardeur, et d'agir directement sur la Porte.

Par cette résolution funeste, la Russie se plaça nécessairement dans l'alternative, ou de perdre peu à peu son influence et une partie même de sa considération à Gonstantinople, ou de iGaire la guerre à la Porte; parti qu'abhorrait l'Empereur par les motifs les plus puissants et en même temps les plus généreux et les plus respectables. Son Cabinet, pour s'être g^tuitement fermé toutes les avenues directes, se vit alors obligé de confier aux ministres de ses alliés les plaintes, les explications, les réclamations qu'il crut devoir poursuivre auprès de la Porte, et auxquelles en effet il ne pouvait pas renoncer sans s'isoler tout à fait d'une question qui devait l'intéresser si vivement.

Les Cabinets alliés se chargèrent de cette commission, une des plus pénibles qui soient jamais tombées en partage à la diplomatie. Leurs soins et leurs efforts étaient paralysés par la retraite même de la Russie, retraite qui, aux yeux de la Porte, rendait ou inefficaces ou suspectes les démarches les mieux combinées qu'ils pouvaient tenter. Ces démarches devaient d'ailleurs se partager entre deux branches de négociations différentes, et dont chacune réclamait hautement leur attention.

Le départ de la mission de Russie avait produit à Constantinopte un état d'exaspération et de crainte que les déclarations successives du Cabinet de Saint-Pétersbourg, et les demandes qu'il mettait en avant au sujet des stipulations de ses traités avec la Porte, étaient peu propres à calmer, et bien

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platôt de Dature à renforcer. Chaque jour fit éclore, de part et d'autre, de nouveaux griefs, de nouvelles prétentions, de nouvelles récriminations ; et les efforts des ministres des alliés se trouvèrent bientôt restreints aux soins de conjurer Toraçe qui semblait prêt à éclater. Au milieu de ces inquiétudes, ils ne devaient pas perdre de vue le grand objet de la pacification de la Grèce. L'absence de la Russie dut se Caire également sentir dans tout ce qui avait rapport à cette question, et réduisit les alliés à des représentations facilement repoussées par la Porte. Ils n'en continuèrent pas moins à fisiire entendre des avis de modération et de clémence ; se bornant à femilia* riser les ministres ottomans avec les moyens les plus convenables pour arriver à une pacification que les résultats des opérations militaires commençaient à rendre problématique, et à préparer ainsi les voies à des négociations plus efficaces, que TafEaiblissement progressif des insurgés faisait entrevoir comme possibles, mais que le retour d'une mission russe pouvait seul couronner de succès.

Le temps viendra où Ton rendra justice à la manière dont les Cabinets alliés, et notamment celui de Vienne, — point central d'où partaient les impulsions, — se sont acquittés de cette double tâche; à l'inépuisable patience avec laquelle ils ont bravé les difficultés ; à l'activité toujours renaissante avec laquelle ils ont abordé tant de complications; au mérite enfin d'avoir soutenu, pendant quatre ans, l'édifice de la paix et de l'alliance contre les nombreux dangers dont il était assailli, et détourné de l'Europe les nouveaux malheurs qui la menaçaient.

Le Congrès de Vérone et la réunion des deux Empereurs à Czemowitz au mois d'octobre 1823 avaient pleinement rassuré les Cabinets sur les dispositions personnelles de TEmpereur Alexandre. Son attachement constant à l'alliance, ses sentiments modérés et pacifiques s'étaient manifestés de nouveau de manière à imposer silence à toutes les appréhensions. Le Cabinet de Vienne en prit acte pour redoubler de soins et de zèle, pour travailler sans relâche à tout ce qui pouvait feciliter un rapprochement si désirable. Il avait depuis longtemps

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