ÉTAT DE LA QUESTION D'ORIENT (18S
reconnu les inconvénients et les retards auxquels on était exposé en traitant simultanément, en confondant dans une même négociation deux genres de questions absolument distinctes: celles qui regardaient les réclamations de la Russie du • chef de ses traités avec la Porte, et celles qui avaient pour objet le rétablissement de la paix dans TEmpire ottoman. Les premières étaient les plus urgentes, et en même temps les moins difficiles à démêler ; les dernières, quoique d'une importance majeure, n'avaient point encore acquis ce degré de maturité qui aurait pu rendre leur solution prochaine ou seulement probable.
La Cour de Vienne renouvela formellement une proposition qu'elle avait articulée à plusieurs reprises, celle de séparer les questions, de ne s'occuper d'abord que des intérêts directs de la Russie sanctionnés par les traités, et de reserver l'affaire de la pacification à l'époque où les puissances auraient définitivement arrêté entre elles les moyens de l'entamer avec quelque espoir de succès. Cette proposition, acceptée par la Russie, eut tout l'efFet que Ton avait pu s'en promettre. En simplifiant les discussions, elle accéléra le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux Empires. L'envoi de M. de Minciaky à Constantinople annonça la volonté sincère de Sa Majesté Impériale de toutes les Russie s de terminer à l'amiable ses discussions avec la Porte.
L'évacuation des Principautés, commencée dès l'année 1823, fut achevée; on remédia par clés règlements précis aux entraves et aux vexations exercées pendant la crise des premières années contre la navigation et le commerce de la Russie ; la Porte consentit, avec quelques modifications dictées par l'intérêt de ses finances, au principe d'accorder à toutes les puissances qui y prétendraient, la liberté du passage de la^mer Noire. Enfin, au départ de lord Strangford de Constantinople, et à la remi.se des lettres de créance de M. de Minciaky (au mois d'octobre 1824), il étaitbien permis de croire terminé le premier acte de ces longues et pénibles discussions. Grâce à l'activité et à la persévérance des ministres des Cours alliées, la Porte avait répondu à tous les grieis.
satisfait à toutes les demandes de la Russie, à l'exception d^un seul article qui n'était pas même consigné dans les traités, — la restitution des anciens rapports entre les hospodars et les chefs des milices dans les Principautés, — article qui récemment a été réglé par Tintervention particulière de T Autriche.
La Cour de Russie avait témoigné elle-même sa satisEaction par plusieurs mesures qui semblaient mettre le sceau à ces transactions. L'Empereur avait £ait remercier lord Strangford dans les termes les plus honorables, et prier le Roi d'Angleterre de lui accorder une marque de faveur. Il avait nommé M. de Ribeaupierre ministre à Constantinople, et fait publier l'ukase de sa nomination. On se berça pendant quelques moments des plus belles espérances.
Cependant le plus épineux des problèmes, la pacification de la Grèce, restait toujours à résoudre. A mesure que les difficultés de cette affaire augmentaient et que les moyens d'action s'affaiblissaient, l'intérêt que la Russie y attachait semblait s'accroître. Dès le commencement de 1824, elle proposa aux Cours alliées d'établir à Saint-Pétersbourg des conférences ministérielles, pour prendre en considération un plan de pacification rédigé par son Cabinet, et pour convenir des mesures propres à le faire agréer par la Porte. Ces conférences, dont les premières eurent lieu en présence de Tambassadeur d'Angleterre, furent suspendues par le départ de l'Empereur Alexandre pour ses provinces orientales; on se préparait à les reprendre à son retour, lorsqu'un incident aussi fatal qu'imprévu changea tout à coup la face des choses. Le Gouvernement anglais, qui, pendant les premières années de l'insurrection grecque, avait constamment marché de concert avec les Cours continentales ; qui, même après le changement de ministère survenu en 1822, n'avait ni retiré ni essentiellement modifié les instructions d'après lesquelles son ambassadeur agissait à Constantinople ; qui enfin s'était efFectivement engagé à concourir aux conférences de Saint-Pétersbourg, — déclara aux Cabinets alliés que des considérations fondées en partie sur ses propres rapports avec les pays du Levant, en partie sur la difficulté même d'opérer dans les circonstances du