‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 47 sur 123 · ÉTAT DE LA QUESTION D'ORIENT · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA QUESTION D'ORIENT

moment une réconciliation entre la Porte et les insurgés, Tempéchaient de prendre part à ces conférences. Les suites de cette résolution furent faciles à prévoir. L'absence de l'Angleterre devait, dans les conférences mêmes, se foire sentir par des incertitudes et des embarras de toute espèce ; et quel qu'en fût le résultat, toute tentative d'intervention devait perdre une grande partie de son poids à Constantinople, en confirmant la Porte dans le soupçon depuis longtemps nourri par elle, que les principales puissances de l'Europe n'étaient plus unies de vues et de système.

Le Cabinet de Vienne ne se fit point illusion sur ces nouveaux obstacles; mais toujours prêt à seconder ce qui, par des moyens même d'une efficacité très-douteuse, tendait au rétablissement de la paix ; pénétré, dans son propre intérêt, du besoin et animé du désir bien sincère de trouver un remède aux calamités et aux désordres du Levant, il ne s^en empressa pas moins d'offrir aux délibérations de Saint-Pétersbourg le tribut de sa bonne volonté et de ses lumières. Le résultat des conférences ne fut rien moins que satisfoisant. Le but des quatre Cours continuait à être le même, mais la divergence des opinions se manifesta dans plus d'un sens, non-seulement sur le choix des moyens qui pouvaient y conduire, mais sur la possibilité même d'employer ces moyens. On s'aperçut bientôt que les éléments les plus indispensables pour former un plan d'opération à la fois efficace et praticable manquaient de toute part; que des questions problématiques de leur nature n^étaient pas assez mûries pour admettre une décision positive. Pour ne pas perdre entièrement le fruit de leur travail et pour aplanir les voies à des mesures mieux méditées et mieux combinées dans leur ensemble, la conférence prit le parti de foire charger les ministres des quatre Cours à Constantinople d'une démarche verbale et confidentielle, ayant pour objet de représenter à la Porte la nécessité, et d'en obtenir l'admission du principe d'une intervention pacifique des puissances dans les affaires de la Grèce. Cette démarche, exécutée à la hâte et dans le moment le moins opportun, eut le sort que tout devait lui présager.

Le Cabinet de Russie, ne pouvant douter lui-même de Tinutilité de cette faible tentative, se détermina à pousser la question dans d'autres voies. Avant même d'être informé du refus de la Porte^ il adressa directement aux trois Cours alliées un office urgent sur la nécessité d'arrêter sans délai la marche qu'elles comptaient suivre dans le cas où le Gouvernement turc persisterait à ne pas accepter leur intervention. Malheureusement, cette communication du Cabinet de Russie contenait une proposition que le Monarque d'Autriche avait de tout temps regardée comme incompatible non-seulenent avec les intérêts politiques, mais avec ses sentiments de respect pour les droits d'autrui, pour la valeur des traités, et par conséquent en opposition avec sa conscience, la proposition d'admettre en principe le recours à des moyens coercitiË» contre la Porte^ si ceux de la persuasion restaient sans effet. Le Cabinet de Vienne se crut obligé, au risque même de déplaire à la Russie, d'exprimer son opinion à ce sujet avec la sincérité et la franchise qui avaient toujours caractérisé sa correspondance. En énonçant les raisons qui l'empêchaient d'accéder à la proposition du Cabinet de Saint-Pétersbourg, il y ajouta des considérations qui lui parurent d'un poids décisif pour convaincre ce Cabinet que la route qu'il indiquait était directement opposée au but qu'il s'agissait d'atteindre, et qu'en la suivant, loin de calmer l'orage, les puissances provoqueraient de nouvelles complications, bien plus étendues et bien plus incalculables que celles auxquelles elles voulaient mettre un terme.

L'Empereur Alexandre, mécontent de cette réponse, mécontent peut-être de la position dans laquelle, avec des intentions constamment pures et loyales, il se trouvait placé par des antécédents aussi éloignés des conseiU que contraires aux vœux de l'Autriche, se renferma dans un silence inquiétant sans doute pour les Cabinets, mais qui n'altéra pas la confiance inébranlable que celui de Vienne vouait à son noble caractère. Il en résulta toutefois une stagnation absolue entre le Cabinet de Russie et ceux du continent, dans les communications relatives à l'afbire du Levant, stagnation qui a con-

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tinuë jasqu'au moment déplorable qui vient de plonger dans le deuil la Russie et l'Europe.

Cet état de choses, ne pouvant pas se prolonger indéfiniment, aurait probablement cessé avec le retour de TEmpereur dans sa capitale, et, quelque parti qu'il eût pris alors, il nous aurait retrouvés les mêmes. Car rien n'a changé ni dans nos principes, ni dans nos points de vue, ni dans le jugement que nous avons porté sur la crise du Levant à travers toutes les époques de sa durée ; bien entendu que la fixité de notre base ne saurait nous empêcher de suivre, comme il convient à une politique éclairée, la marche des événements, et d'adapter nos idées aux phases différentes qu'ils nous présentent dans leur développement progressif.

Le projet de lord Strangford nous ramène sur le terrain que nous aurions désiré ne jamais quitter. Nous n'avons cessé de regarder comme Caible et stérile tout plan de pacification privé du suffrage et de la coopération active de l'Angleterre. Mais si cette puissance veut rejoindre ses anciens drapeaux, si elle veut s'entendre avec les puissances sur une des plus grosses questions que le mouvement du siècle ait soumises à la sollicitude des Gouvernements, si les cinq puissances enfin veulent et peuvent se réunir sur des mesures praticables et bien combinées, — ce ne sera pas l'Autriche qui manquera à leur concert, et, sans nous livrer à des espérances chimériques, sans répondre d'un succès qu'aucune sagesse humaine ne peut garantir, nous nous chargerons de notre tâche et nous la remplirons loyalement.

Nous ignorons jusqu'à quel point lord Strangford a été autorisé à rédiger et à communiquer son projet. S'il a agi d'après les instructions de sa Cour, ou si le Gouvernement britannique accueille favorablement les idées que la gravité des circonstances et l'aspect d'un danger imminent pour l'Europe ont inspirées à ce ministre, nous ne pourrons que nous en féliciter comme d'un heureux augure pour l'affermissement de la paix générale et pour le rétablissement d'une par&ite harmonie dans le système des grandes puissances.

Nous n'avons que peu de mots à dire sur les motifs qui

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