‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 49 sur 123 · SUR L'AVENEMENT DE L'EMPEREUR NICOLAS · texte numérisé non relu

SUR L'AVENEMENT DE L'EMPEREUR NICOLAS

829. Metternich à Esterhazy, à Londres (E. D.), Vienne, le 8 janvier 1826. — 830. Metternich à Lebzeltern, à Saint-Pétersbourg (E. D ), Vienne, le iO janvier 1826. — 831. Metternich à Lebzeltern,à Saint-Pétersbourg. Vienne, le 10 janvier 1826.

829. . . . Nous avons trouvé dans Tincertitude si prolongée de Tavénement du nouveau Souverain de la Russie un motif bien positif pour retarder nos explications sur les grands intérêts politiques en instance jusqu'au moment où nous saurions lequel des deux grands-ducs, Constantin ou Nicolas, se serait chargé du fardeau de la couronne. Ce n'est qu'hier, 6 janvier, que nous avons été informés, à peu d'heures de distance, de l'avènement de l'Empereur Nicolas I*' et de sa proclamation à Saint-Pétersbourg et à Varsovie.

L'hisloire ne connaît point d'épisode aussi singulier dans ses causes que celui qui a tenu un grand Empire sans chef durant l'espace de près d'un mois ; on est heureux d'élre arrivé au terme d'une aussi étrange situation. Je n'entrerai dans aucun détail envers Votre Altesse sur les circonstances qui ont accompagné l'avènement de Nicolas !•'. La correspondance entre Pétersbourg et Londres est trop directe pour qu'il me soit possible de vous rien apprendre qui ne fût connu en Angleterre bien avant l'arrivée de nos nouvelles.

La révolte d'une partie de la troupe, la nature et la tendance de cet événement, semblent renfermer un avertissement pour le nouveau Monarque de ne point se faire illusion sur le travail des novateurs, avertissement salutaire surtout pour un jeune Prince que bien des hommes livrés au feux esprit du temps s'empresseront d'entourer.

La circulaire que M. de Nesselrode a adressée le jour de Favénement au corps diplomatique à Saint-Pétersbourg, est conçue dans des termes qui, par les ouvertures directes que le nouvel Empereur a fait pai'venir à l'Empereur notre auguste Maître, se trouvent amplement confirmés et étendus dans le sens le plus fevorable et le plus conforme à nos désirs

Il n*e$t pas douteux pour nous que TEmpereur Nicolas ne suive la marche de Tesprit de feu TEropereur dans raffaire de la pacification du Levant. La dernière dëmarche feite par MM. les représentants d* Angleterre et de France sera dès lors regardée par Sa Majesté Impériale comme la première qui lui est adressée par les deux Cours. II importera donc de régler d*une manière correcte et de fonder sur des points de départ fixes et placés à Tabri de tout blàme moral les premiers pas sur lesquels les puissances pourront s'entendre avec le nouveau Monarque.

Veuillez, mon prince, vous expliquer envers M. Ganning dans le sens de la présente dépêche et nous informer, dans le plus bref délai possible, des directions que peut-être aura dqà reçues ou que recevra lord Strangford.

Une circonstance pénible rendrait au reste, pour le moment, toute opération militaire de la Russie contre la Porte matériellement impossible. La peste vient d*envahir avec une bien malheureuse intensité les deux Principautés danubiennes

L'Empereur vient d'expédier les ordres nécessaires pour la formation du cordon au troisième degré de contumace. Cinq à six mille hommes devront être employés à ce service, et je suis persuadé que les feuilles libérales de l'Europe vont nous taxer d'armer en faveur des Turcs et contre la Russie, tandis que les mesures que prendra la Cour de Pétersbourg seront de leur part revêtues de la couleur opposée.

Mettemich à Lebzeltern, à SaÎDt-Pétersboui^ (E. D.), Vienne, le iO janvier 1826.

850. C'est avec une grande satisfaction que l'Empereur a appris que la lutte de générosité qui s'était élevée entre les deux successeurs éventuels au trône de Russie était arrivée à son terme.

Le manifeste publié le 26 décembre par l'Empereur Nicolas I*' est un monument de sagesse et de mesure. Il nous est démontré que le nouveau Souverain n'aurait pu, sans les

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