L'EMPEREUR NICOLAS ET METTERNICH (1826). 3S
nellement, il a pleine confiance dans l'Empereur notre Maître; 2* qu'il éprouve à mon égard une méfiance prononcée ; 3** que, jusqu'à ce jour, l'Empereur Nicolas est seul et qu'il n'a pas encore rencontré un homme qu'il puisse considérer comme un de ces appuis qui sont utiles à tout Souyerain , ainsi qu'à tout homme d'affaires en général , comme un instrument solide et sûr de ses volontés.
Dans ce portrait, le bien l'emporte de beaucoup sur le mal. J'avouerai même que, comparativement au bien, je trouve que le mal est si peu de chose , que ^envisage l'avenir avec confiance. Ce qu'il y a de plus regrettable, c'est qu'on ne peut guère espérer voir de sitôt surgir près de l'Empereur un homme qui soit à même de remplir la haute mission d'un conseiller tout à 6ait sûr.
La méfiance que l'Empereur Nicolas éprouve pour moi n'a qu'une valeur secondaire à mes yeux , car elle est la consé** quence naturelle de longues machinations , et il serait étonnant que le jeune Souverain, débutant en homme étranger à la politique , eût résisté ab ovo à l'influence de ceux qui travaillaient à le circonvenir. Les hommes, même les plus forts ^ commencent presque toujours par croire; ils n^arrivent à savoir que dans la suite.
Mais ce qui est démontré pour moi jusqu'à l'évidence , c'est que l'Empereur Nicolas n'aurait pu se tourner d'aucun côté sans être excité contre moi d'une manière plus ou moins active. Tout Tenfer est contre moi ; parmi mes adversaires je range tous les (aibles, dont le nombre est infini, et tous les hommes firanchement mauvais , qui sont plus faciles à compter , c'est-à* dire tous les rêveurs, tous les doctrinaires et tous les fiedseurs de projets de notre temps. Quelle lutte fatigante il me £aiut soutenir tous les jours! Que de gens, même honnêtes, vois-je errer devant moi, perdus dans le brouillard! C'est une expérience que je fois à satiété, et j'en fois bien d'autres encore. Plus je suis fidèle à la ligne de conduite que j'ai choisie, plus le nombre de mes adversaires augmente, car ils sont les ennemis de la cause du droit commun et de son véritable repré* sentant, le bon sens.
' 3S0 EECUEIL DE DOCUMENTS (1838-1899).
Une fiàcheuse circonstance a beaucoup contribué à prévenir lejeune Empereur contre moi. Lorsqu'il recueillit la succession de cette affaire d'Orient qui, depuis plus de cinq ans, était menée d'une si triste £siçon par le Cabinet russe , il fallut que les hommes politiques qui avaient été à Toeuvre jusqu'alors rejetassent la faute de leurs erreurs sur une puissance étraiigère ennemie de la Russie. C'est ce qui eut lieu; or, dans des situations pareilles, c'est toujours la puissance qui avait raison dès le début d'une affaire, qui est l'ennemie. Cette puissance, c'était moi, cela est* bien prouvé aujourd'hui. Aussitôt qae l'Empereur fut entré dans la voie que j'avais désignée comme étant celle qu'il fallait suivre invariablement, il arriva ii un résultat qu'aucun de ceux qui avaient jadis conseillé TEmpereur Alexandre n'avait voulu atteindre. Mais c'est précisément lorsque le nouvel Empereur eut hautement manifesté ses intentions, que le misérable parti qui désirait l'égarer se mita la recherche de nouveaux moyens, et ces moyens, l'Angleterre les lui offrit sur l'heure. C'est là la véritable histoire du temps. Comme un sûr moyen de me noircir dans l'esprit de l'Empereur Alexandre , de ce Prince que le chagrin et le remords ont tué, les Pozzo et consorts avaient imaginé une fablq ridicule; ils avaient osé dire que j'avais oj^er/ à la France une alliance contre la Russie. Le fait est aussi vrai que rhistoire des royalistes français mettant le feu à leurs propres châteaux en 1791 et en 1792. Du reste, plus un conte est absurde, plus on y ajoute foi, et c'est ce que savent fort bien les romanciers et les menteurs de salon. Je dois souhaiter toutefois que TEmpereur Nicolas acquière la .certitude que toutes les allégations que je traite de contes étaient absolument mensongères; mais ce vœu est certainement difGcile à réaliser, parce qu'on ne peut guère admettre que l'Empereur, pas plus que son Cabinet, consente jamais à me faire connaître la source d'où est sortie cette grossière invention. Je consens même à admettre qu'en .dehors des dénonciations inventées à plaisir par le général Pozzo, et qui sont parvenues à ma connaissance , il n'en existe point d'autres, et que les griefs articulés contre moi soient purement et simplement un prétexte pour mettre Vindépen'
L'EKPEREUR NICOLAS ET METTERNLCH (l82tf). 331
dance du jeune Monarque à l'abri de mon influence. Même si cette supposition est juste, on aura beau faire; jamais on n'arrivera à prouver que tout cela n'est qu'un grossier mensonge, car il n'y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.
Malgré cela , j'ai mûrement examiné s'il ne serait peut-être pas utile que je fisse une démarche ayant pour but d'amener l'Empereur Nicolas à s'expliquer. Tout bien pesé, je crois devoir renoncer à cette tentative , et voici pour quelles raisons :
Le mal existe; il tient à l'état général des affaires, non moins qu'à la situation particulière de l'Empereur Nicolas , et il a des racines si profondes , qu'ici , comme dans la plupaii: des cas analogues, le temps et l'expérience sont les seuls remèdes qui puissent le guérir.
C'est moi que les libéraux ont pris pour point de mire ; c'est me faire beaucoup d'honneur. Ce n'est pas là précisément ce qu'ils ont voulu ; ils ont prétendu fiure croire au monde que la cause du bon droit n'est plus , à proprement parler, que le préjugé d'un seul homme.
Si cela était vrai , je serais nécessairement plus puissant que tous les Monarques de la terre ; il y a mieux : je serais bien plus fort que mon époque, ou bien mon époque serait faible. Dans ce cas, la cause de celle-ci serait perdue.
 présent que les choses en sont là, la lumière ne peut plus se £aire sur la situation de chacun et sur la force de la position qu'il a prise , que si la victoire se prononce en faveur d'une cause, d'un parti ou d'un homme, comme on voudra. Tout ce qu'on pourrait tenter entre ces extrêmes serait insuffisant et certainement inutile. Je suis donc fermement résolu à ne rien essayer de ce genre, et je compte dépenser toute ma force à des actes.
Nous sommes aujourd'hui au moment solennel qui décidera de tout ; on va voir si la Russie s'entendra ou non avec l'Angleterre pour servir la cause des révolutions. Mes relations personnelles avec le Cabinet russe sont étroitement liées à la solution de cette question. J'attends tranquillement que la situation se dessine. Si Votre Altesse trouve une occasion toute naturelle d'édifier l'Empereur Nicolas sur le jeu qu'on
S3S lECVEIL DE DOGUMEHTS (1823-1929).
joue aTec lui à propos de mon nom , £BÛtes-Ie ; je vous prie toutefois de veiller attentirement à ce que des explications de ce genre ne dégénèrent pas en polémique entre vous et le Czar.
mÉPONSE DE l'ACTBICHE A LINVrTATION, FAITE PAR LA RUSSIE ET PAR l'aNOLETERRE, d'aOIR DE CONCERT CONTRE IJl PORTE.
8S8. Metteniîcli it Tatistscheff et it Welletley (Note), Vienne, le 2Î àkxmbre 1826. — 839. Mettemich an comte de Bombelles, à Sainte Pétenboor]; (E. D.), Vienne, le %k décembre 18t6.
838. Le soussigné, chancelier de Cour et d'État, etc., etc., au moment où il a reçu les communications que Son Excellence M. le bailli de Tatistsche£F, ambassadeur, etc., a été chargé de lui remettre conjointement avec M. Tambassadeur de Sa Majesté Britannique, relativement aux démarches à faire prés de la Porte Ottomane pour la pacification de ses provinces insurgées, s'est empressé de les porter à la connaissance de TEmpereur, et il vient de recevoir de Sa Majesté Tordre d'y répondre de la manière suivante :
Sa Majesté Impériale a reconnu dans ces communications, avec une satisfaction bien réelle, l'intérêt que les deux augustes Cours attachent à un objet auquel l'Empereur a voué, depuis des années , sa constante sollicitude , et Sa Majesté sait apprécier la confiance que ces Cours ont bien voulu lui témoigner.
C'est avec la même satisfaction que Sa Majesté voit l'heureux accord entre les voeux énoncés par ses augustes allié» et ceux qu'ElIe n'a cessé de former Elle-même.
Sa Majesté ne reconnaît pas moins dans les mesures indiquées pour atteindre un but aussi désirable , ainsi que dans le plan dont les deux Cours se sont réservé de développer plus parti* culièrement les détails et de fixer les limites, des vues coih formes aux propositions fiaites par son Cabinet à l'époque des conférences de Saint-Pétersbourg, en 1825.
Cependant Sa Majesté, habituée à répondre à des ouvertures