MARIAGE DE METTERNICH (18S
n*hésîtez pas et partez sans que rien vous arrête. Vous êtes attaché à Maurice Dietricbstein ; je le prierai de vous accompagner. Hyères, Nice ou quelque point de la côte de Gênes, — peut-être Gênes même, tous ferait sans doute plus de bien que Paris.
J'espère que j'apprendrai bientôt que mes prévisions seront inutiles ; mais ce n'est que Gall, et non pas vous qui pourriez en décider. Pensez à moi et aux soucis que vous me causeriez si TOUS ne suiviez pas les conseils de votre médecin. On ne risque jamais rien en obéissant, et ce que vous ne tenez pas pour vous, faites-le pour moi.
Je vous supplie, mon cber Victor, de me donner de vos nouvelles, mais surtout de m'en faire donner bientôt par Gall. J^attends avec impatience deux nouvelles, ou bien celle que Gall ne vous demande rien, ou bien celle que vous ferez ce qu'il vous dira. L'une et l'autre mé feront du bien, et vous voulez certes m'en faire.
J'ai fixé le jour de mon mariage au 29 de ce mois. Il se fera à Hetzendorf , où le duc de Wurtemberg reste exprès pour cela. Neumann, qui part d'ici, pourra vous dire que tout s'est arrangé à ma véritable satisfaction.
Meltemich à la comtesse de Zichy-Ferraris *• Vienne^ le 20 octobre.
848. Au lieu de vous faire aujourd'hui le récit de ce qui me regarde, je crois pouvoir me servir de l'extrait ci-joint d'une lettre que j'ai adressée naguère à la seule personne à laquelle j'aie écrit à ce sujet. Voici mes paroles :
« Je n'ai pas besoin de vous annoncer ce que vous avez appris par cent voix. Ce que je fais, je m'y suis décidé avec la raison et avec le calme qui sont dans mon esprit et dans mon cœur. Dans les grandes décisions, je ne demande des conseils à personne. Ce que peuvent me dire des amis, je le sais, car je me le suis déjà dit à moi-même ; ce que me disent ceux qui
* Mère de la comtesse Mélanie, qui devint plus tard la femme du chancelier d'Eue. (Note de C Éditeur.)
ne le sont pas n'a aucune valeur à mes yeux. Je consulte dans ces occasions ma conscience, et je tâche de la satis&ire. A Tàge de yingt-cinq ans, j'aurais douté de mes fecultës pour juger avec de véritables lumières les situations des autres et ayee impartialité la mienne propre. Â mon âge, je suis moins modeste, et je ne forme plus le même doute. Je sais ce que je dois feire, et dès lors je le fais. La conduite des hommes peut se trouver influencée par les circonstances que crée parfois le cadre dans lequel ils sont placés. Celui où je me trouve est d'une sphère élevée. Je suis fort en évidence, et le public s^occupe de préférence de ceux qui frappent journellement ses regards. Beaucoup de commérages signalent bien malheureusement l'esprit de la société de Vienne, et cetfe société ne songe pas toujours où elle peut pousser la volonté des hommes indépendants. Il est heureux pour mon sort à venir que de bien indignes propos aient tracé la route que j'avais à suivre; elle ne contrarie ni les affections de mon cœur ni le premier besoin de ma vie privée, — un intérieur. Cet intérieur, je vais le trouver, et il m'offrira une garantie toute particulière de repos par cela même qu'il se restreindra à une seule personne ; je n'épouserai point de parents.
« Voilà mon histoire. Elle est fort simple, car elle est fort honnête.
« Je complète, au reste, deux grandes et bien heureuses expériences. Les amis les plus sûrs de ma vie sont ma famille et mon Maître. L'Empereur a été le seul confident que j'aie cru devoir chercher, et, dans cette nouvelle occasion, il est resté ce que toujours il m'a prouvé être pour moi, — le guide le plus sûr et le plus tendre des pères. Mes parents, — tout ce qui se trouve placé sur la première ligne de mes aCFèctions et de mes justes égards, se sont montrés ce qu'ils ont toujours été ; ils ont été pour moi les amis les plus sûrs. Ce qui est à ma charge doit y rester, et je saurai défendre ce qui s'y trouve. »
MARIAGE DE METTERNICH (1827). SAl
25 octobre.
849. Ma yie, mes bonnes amies, — car je tous parle à toutes, — est une fort singulière chose, et qui est loin de ressembler à celle du grand nombre des mortels. Cette vie est composée de deux parties que mon caractère me permet de conduire Tune parallèlement avec l'autre, et qui jamais ne se confondent. L'une des deux parties appartient au monde, et Dieu sait que celui-ci ne saurait, sans commettre une grande injustice, m'accuser d'être avare à la dépenser à son service. L'autre est de mon domaine particulier, et les plus affreuses peines me sont tombées en partage. J'ai perdu tout ce qui constitue le bonheur de l'homme ; j'ai survécu à tout, car les peines ne tuent pas. J'ai un besoin de repos invincible : — voilà le secret de mon cœur, et celui-ci n'appartient qu'à mes amis. Il n'est pas aveugle, ce cœur; il n'est point soumis aux tristes influences des passions; il est calme et chaud, serein et sévère, et, si je ne me trompe, dans une juste proportion. Ce que je désire, c'est que ceux que j'aime me comprennent, et j'ai le sentiment qu'auprès de vous je suis mieux compris qu'en d'autres lieux.
MeCtemich à son fils Victor. Vienne, le 3 novembre.
850. Mon mariage se fera après-demain. La cérémonie a été retardée de huit jours , à cause d'une fluxion que votre tante a prise, et comme le mariage se feit à Hetzendorf, il eût été impossible que ma sœur n'y parût pas.
13 novembre.
851. C'est avec une bien vive satisfaction que j'ai vu par votre lettre, et par un mot que m'a écrit Neumann, que votre santé est remise. Je vous aime trop pour ne pas être inquiet quand je vous sais malade, et j'ai passé par des journées bien pénibles. Je n'aime pas les maux qui ne se décident pas.
et quand je vous ai vu arriver à la quinzaine sans que la solution me soit devenue claire, je me suis laissé aller à des pré?isions que le Ciel a daigné démentir. J'aurais désiré qu il eût traité la triple alliance comme il vous a protégé, c'est-à-dire qu'il Teût guérie.
... Quant à vous, suivez les conseils de Gall. Son philhellénisme et sa craniologie ne m'effrayent pas ; il est fort bon médecin, et il connaît les natures allemandes. S'il deTait vous conseiller le voyage du Midi, je serais ou pour Nice ou pour Gènes. S'il ne vous conseille rien, ne feites rien. Je ne vous recommande pas de vous ménager ; je me flatte que vous le faites. Un petit soin peut souvent faire éviter une grande peine , et la santé n'est pas une afEaûre de pure bntaisie.
J'ai établi mon intérieur comme j'ai désiré qu'il le fût, c està-dire simple et sans fi'acas. J'ai trouvé ce que j'ai cherché, et les pauvres enfants sont heureuses ; c'est ce qu'il me &ut. Vous avez écrit une lettre parfaite à Léontine, et telle que vous l'eût dictée mon cœur.
9 décembre.
852. ... Veuillez dire à M. le comte Âpponyi que les seules nouvelles que j'aie de Constantinople, depuis le 11, sont une dépêche que le courrier m'a apportée. Elle est du 24, et il en ressort deux faits : l'un est celui que, sur la demande instante de l'internonce, la Porte a levé l'embargo qu'elle avait mis sur les bâtiments marchands ; le second, que les représentants des trois Cours ont eu une conférence avec le reis-effendi dans la journée du 24.