SITUATION POLITIQUE DE L'EUROPE
TABLEAU DE LA SITUATION POLITIQUE DE L EUROPE AU COMMENCEMENT DE l' ANNÉE 1827.
853. Mettemich à Apponyi, à ParU (E. D.), Vienne, le 29 janvier 1827.
8tf3. Nous regardons le moment actuel comme celui de la crise ]a plus forte qui ait eu lieu dans le cours des dernières années. Cette crise est la suite naturelle et en quelque sorte une condition nécessaire de la situation générale des choses en Europe, des fiantes de tout genre commises par les Gouvernements, enfin de deux circonstances fortuites, savoir : de Tappel de M. Ganning au département des afiFaires étrangères en Angleterre, et du changement de règne en Russie.
La révolution, après s*étre feite dans les esprits, s'est montrée au grand jour en France, en 1789. Ses fureurs ont borné son existence flagrante à une époque fort courte; un homme doué de fecultés extraordinaires s'est élevé du sein même du peuple français ; fort de la trempe de son esprit et de celle de son caractère, et non moins fort de la faiblesse de ses rivaux et de ses adversaires, il ne lui a fallu que peu de temps et beaucoup de fortune pour fondre l'anarchie en un despotisme militaire sans exemple dans les temps modernes. Mpis les mêmes qualités et les mêmes, défauts qui formèrent sa force d'ascension durent amener sa chute, le jour où il avait atteint son apogée. Voulant monter encore, il est tombé, et la restauration du principe de la légitimité, n'ayant été opérée que dans un sens abstrait, a tourné, par suite de fautes immenses, en un déchaînement nouveau de la révolution. Celle-ci s'est pour ainsi dire anoblie, et le radicalisme a arboré la bannière du libéralisme.
La conduite des afiFaires publiques, entre les années 1814 et 1820, a fourni aux factions la mesure des forces morales des différents Gouvernements. De nouvelles révolutions ont éclaté. M. Ganning a été appelé au gouvernail des affaires de son
pays, et la trempe de son esprit, ses côtés forts comme ses côtés faibles, son incapacité sous tant de points de vue essentiels, comme sa grande habileté sous d'autres rapports, son ambition exaltée enfin, lui ont permis de choisir entre les rôles; il a pris celui qui n'était point occupé, il s'est fait le chef du libéralisme monarchique. Dès lors le monde a dû prendre une couleur nouvelle.
La mort morale de l'Empereur Alexandre avait précédé sa mort matérielle. Trompé en toute chose, affaissé sous le poids des regrets, manquant de cette force d'esprit qui, s^il en avait été doué, l'eût empêché de se préparer à lui-même autant de justes sujets de peines, cet infortuné Prince a laissé le trône à un jeune successeur qui 'semble doué de bien de;> qualités qui avaient manqué à son prédécesseur. Mais, malheureusement pour l'Europe et pour lui-même, ses premiers pas sur le champ de la politique ont été faussés par suite de graves erreurs commises par quelques hommes de la trempe la plus faible.
Le sort de tout un avenir est placé aujourd'hui sur un point où une lutte s'est établie entre les qualités que nous nous plaisons à regarder comme appartenant personnellement au Monarque, et le besoin que doivent ressentir tout naturellement ses faibles conseillers de justifier ce qui ne saurait l'être ni devant le tribunal de la raison, ni même devant celui de certaine diplomatie chétive qui devrait être bannie de tout Cabinet d'une grande puissance.
M. Canniug a usé de l'Empereur Nicolas comme il n'est pas rare de le voir tenter par d'adroits spéculateurs envers des héritiers qui parviennent jeunes et inexpérimentés à une grande fortune.
La question du jour, comme celle de l'avenir, dépend tout entière du parti auquel va s'arrêter l'Empereur Nicolas, ou, pour m'exprimer plus correctement, de celui qu'il doit déjà avoir pris et qui parviendra très-incessamment à notre connaissance.
Mais, quelle que soit la marche de la Russie, l'époque des facilités pour M. Ganning est passée. Celle des difficultés en