ENTRETIEN AVEC M. DE LA FERRONNAYS
ce prince est réservé, et c'est précisément cette réserve qui donne plus de poids à ce qu'il dit. C'est ainsi que le Roi me disait « qu'il ne sentait l'importance de la position qu'il avait prise dans le monde qu'à partir du jour où il avait acquis la certitude que la marche suivie par lui était tout à £ait d'accord avec les vues de Votre Majesté » . Le Roi n'a certainement jamais encore tenu un pareil langage vis-à-vis d'une puissance étrangère.
Je me rendrai demain à Dresde, où je resterai deux jours entiers, pour retourner ensuite à Kœnigswart. Je compte y arriver le 28.
Metternich, m. p.
Je prends bonne note de ce que vous me mandez. Vous exprimerez d'une manière convenable au Roi de Prusse ma reconnaissance pour les sentiments qu'il manifeste à mon égard. Quant à vous, je vous souhaite une bonne santé et un beau temps ; chez nous il fait froid et il y a de fortes pluies.
François, m. p.
Peryenbeog, le 28 août 1827.
ENTRETIEN DE METTERNICH ET DU COMTE DE LA FERRONNAYS SUR LA POLITIQUE ORIENTALE.
867. Metternich à TEmpereur François (Extrait de rapport), Tepliu, le 23 août 1827. — 868. Metternich à TEmperear François (Extrait de rapport), Kœnigswart, le 2 septembre 1827. — Résolution soureraine datée de Weinzierl, le 6 septembre 1827.
867. Je me suis entièrement mis d'accord avec le comte de LaFerronnays * relativement aux déclarations qu'il fera à Paris et à Saint-Pétersbourg. Dans quelques jours il se rendra à Pa-
* Ambassadeur de France à Saint* Pétersboarg ; il se trouvait alors à Tepliu. ( Note de VËdtteur. )
ris ; il ne s'y arrêtera que peu de temps et retournera ensuite à Saint-Pétersbourg.
Son jugement sur la situation morale de TEmpereur de Russie, ainsi que sur celle de sa propre Cour, concorde parfaitement avec le nôtre. Il est regrettable que le comte de La Ferronnays , qui inspire une grande confiance à Saint- Pétersbourg comme à Paris, n'ait pas toujours pensé comme il pense aujourd'hui. Lui-même est du nombre de ceux qui se sont amendés ; il est donc de ceux qui ont des reproches à se faire. C'est ainsi que, par exemple, il m'a avoué qu^il ne reconnaissait qu'à cette heure la grande valeur des définitions que nous avons établies dès le principe, en présence des différentes manières de traiter la question d'Orient. Il croit, du reste, que la tension qui se produit entre Saint-Pétersbourg et Vienne n'est due, en grande partie, qu'à une manœuvre du Cabinet russe afin d'amener l'Autriche à des concessions, manœuvre qui viendra à cesser dès qu'on se sera convaincu que l'Autriche est inébranlable. Comme je partage entièrement cette opinion, j'ai disposé, à la suite de notre entrevue, le comte de La Ferronnays à défendre avec la plus grande énergie, contre l'Empereur et le comte de Nesseirode, l'idée que certainement nous ne capitulerons jamais sur un point de droit, quel qu'il puisse être.
Le comte de La Ferronnays est persuadé que la mort de Canning fera à Saint-Pétersbourg une impression difficile à déterminer à Tavance, attendu que l'Empereur (qui avait parfaitement jugé cet esprit, ce que n'avait pu faire le comte de Nesseirode) avait fondé tout son édifice oriental sur l'existence du ministre anglais, et qu'il voit tout à coup que son échafaudage ne repose plus sur une base solide. Le comte de La Ferronnays est intimement convaincu que le Czar ne fera la guerre qu'à la dernière extrémité.