‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 78 sur 123 · LETTBE DE L AMIRAL CODRINGTON · texte numérisé non relu

LETTBE DE L AMIRAL CODRINGTON

Cours qu'elle regarde ; et persuadés comme nous le sommes que le ministère britannique tient sincèrement à maintenir avec le nôtre les relations les plus amicales, nous n'hésitons pas à énoncer notre opinion sur la lettre du vice-amiral anglais avec toute la franchise que nous inspirent la rectitude de nos procédés et la connaissance des dispositions justes et bienveillantes de l'Angleterre.

Nous communiquons à cet effet à Votre Altesse les observations suivantes, que nous a suggérées la lecture de la susdite pièce :

1* Les instructions dont le commandant de noti*e escadre dans les parages du Levant est muni , défendent expressément à tout vaisseau autrichien , soit de guerre , soit de commerce , l'entrée dans un port régulièrement et effectivement bloqué par l'une ou Tautre des pai*ties engagées dans la lutte actuelle ; cependant,

2^ Le blocus du port de Navarin par des vaisseaux des puissances européennes n'a point été régulièrement annoncé , et il était d'autant moins facile de présumer cette mesure, qu'aucune des puissances qui pouvaient y procéder n'avait encore déclaré le fait d'un état de guerre entre elle et l'Empire ottoman ;

3* Nonobstant l'absence de la formalité indispensable de cette déclaration , il est constaté qu'aucun vaisseau de guerre impérial n'est entré dans ce port, ou n'a fait la tentative d'y entrer depuis que la flotte anglaise a paru devant Navarin jusqu'au 19 septembre, date de la lettre du vice-amiral Godrington ; que la goëlette autrichienne la Vigilante se trouvait à Navarin antérieurement à l'arrivée de la flotte égyptienne, pour demander la restitution des effets d'un bâtiment autrichien échoué sur la côte , pillé et inhumainement maltraité par une bande de voleurs ; que cette goëlette avait quitté ledit port avant le 12 septembre, jour de l'arrivée de l'escadre britannique à Kavarin, et qu'au surplus aucun bâtiment de guerre impérial « n^a fait partie de la flotte égypti^ine » , ni avant ni après son arrivée ;

4^ Par conséquent, la plainte du vice-amiral Godrington n'a

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aucun Fondement réel , tandis que la forme de sa déclaralioi est contraire aux usages observés entre des puissances amies et alliées ; car cette pièce , en admettant même que le tioeamiral anglais ait pu se croire autorisé à une pareille démardie, au lieu d'être adressée à un officier anonyme , aurait dô Fétre au chef de Tescadre impériale , seul en état de juger qaeDe suite il avait à donner à la sommation du vice-amiral anglais;

5* Sans entrer ici dans des discussions délicates et épÎDeoses, il nous parait incontestable que la question de savoir si le» escadres des puissances liées par le traité de Londres ont le droit d'exclure de toute communication avec les places et côtes de la Grèce les navires de toute autre puissance européenne, de ne plus «faire de distinction entre leurs vaisseaux et ceai des Turcs», et de leur défendre, avec menaces, a d'agir en opposition aux puissances signataires du traité » , ne pouvait se décider entre des officiers de marine. Cette question aurait dû, de toute nécessité, être discutée et arrêtée par les Cours; enfin, pour régler les rapports entre les différentes escadre dans une position de choses aussi nouvelle et aussi peu définie que celle, qui a été la suite des dernières démarches des trois puissances, il faudrait un arrangement préalable, agréé et reconnu par toutes les puissances dont les vaisseaux iréqaeDtent les mers de la Turquie et de la Grèce.

Telles sont les observations, mon prince , dont vous voudrez bien Éaire part à M. le comte de Dudiey, en priant ce ministre de leur vouer Tattention qu'elles nous semblent mériter, et de s'en expliquer envers vous de manière à prévenir les désagréments que des malentendus, des accusations injustes ou des prétentions embarrassantes pourraient susciter entre les officiers de marine des deux États. M. le principal secrélaïrc d'État est trop éclairé pour ne pas reconnaître la justice et la valeur de notre réclamation , et pour ne pas apprécier les motifs qui nous l'ont dictée.

Les griefs articulés par M. le vice -amiral Codringtoo, auxquels nous venons de répondre , semblent principalement porter sur les secours matériels que nos vaisseaux pourraient fournir aux flottes ottomanes. Mais, à en jugei* par quelques-

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