CONSEILS DE METTERNICH A LA PORTE
6* Enfin 9 les tributs arriérés ne seront pas réclamés, bienfait qui a déjà été offert par Sa Hautesse.
Nous reg;arderions de pareilles stipulations émanées du pou- Toir souverain, avec la clause de la soumission préalable des in-surgés, et accompa{];nées d'un acte d'amnistie et d'une déclaration de suspension d'armes sur terre et sur mer, comme pouvant être soutenues moralement par nous près des trois Cours. Par contre, il ressort de la nature des choses que si la Porte ne croyait pas pouvoir entrer dans nos vues, il ne nous resterait plus, en conscience, aucun moyen de plaider sa cause, puisque les concessions qu*elle a mises en avant jusqu'ici, bien que trèshonorables comme preuves de la clémence et de la générosité de Sa Hautesse, sont cependant toutes de nature à faire supposer le rétablissement (avec quelques modifications) du régime subsistant avant l'insurrection ; rétablissement que nous croyons inconciliable avec les propositions feites par les Cours coalisées et sur lesquelles elles ne cesseront d'insister, et qui, par conséquent, ne pourra jamais servir de base a un rapprochement ni mettre un terme à tous les risques immenses auxquels l'Empire est exposé dans le moment présent et dans un prochain avenir.
Une objection a été feite par le Divan, et tend à repousser tout arrangement qui porterait le caractère de concessions que la Porte ferait aux Grecs révoltés, et qu'elle ne pourrait étendre à ceux de ses sujets demeurés fidèles. Cette objection est sans aucun doute spécieuse, sans que nous puissions la regarder comme applicable à tous les cas et en particulier aux présentes circonstances.
Il en est, en somme, de la thèse susdite comme de toutes les thèses générales. Les puissances , comme les individus^, sont souvent forcées de fléchir sous le poids de graves nécessités, sans que de ce £ait il naisse pour elles un devoir de généraliser des bienfaits accordés par suite de nécessités démontrées. Une autre considération non moins digne d^égards ressort de l'examen de la question. Le Péloponèse et les lies sont placés dans des conditions topographiques en tous points différentes de celles où sont placés d'autres pays renfermant éga-
lement des populations grecques. Nous n'avons pas vu jusqu'à cette heure que le régime particulier des principautés danubiennes, de la Servie, de la Bosnie, de FÉgypte même, ait été réclamé, ni qu'il ait pu Fétre par des provinces autrement situées ou habitées différemment.
L'Empire ottoman, dans lequel la nation qui professe rislamisme est uniformément régie par la loi religieuse, offre une foule de différences relativement au régime sous lequel vivent les autres religionnaires. Il suffirait peut-être, pour éviter toute fausse interprétation, que la Porte, en parlant des habitants du Péloponèse et des fies, ne se senrft jamais de la dénomination générique de Grecs. 11 est vrai que les insurgés et leurs partisans affectent pour cette dénomination une prédilection facile à expliquer; mais nous n'aurons garde de la sanctionner dans nos explications; et nous sommes de plus persuadés qu'aucune des puissances engagées dans cette contestation ne songerait sérieusement à un projet aussi chimérique que celui de la fusion de tous les Grecs en un même corps de nation.
Telles sont. Monsieur Je baron, les ouvertures que vous êtes chargé de faire au Divan, comme une suite de celles que nous lui avons adressées le 6 janvier dernier, et des événements les plus récents dans divers États de l'Europe.
Nous ne sommes chargés par aucun Cabinet de donner des explications à la Porte; ce que nous lui disons découle du fond de notre conscience et n'est que le fruit de l'indépendance entière de notre attitude politique. Nous désirons que Votre Excellence pénètre bien le reis-effendi de cette vérité ; nous ne savpns tromper personne , et donner lieu seulement à la Porte de croire que nous serions les mandataires des puissances coalisées, ou de Tune ou l'autre d'entre elles, ce serait à la fois l'induire en erreur et nous établir comme garants que les Cours accepteraient immanquablement les déterminations spontanées du Grand Seigneur.
L'Empereur désire avec ardeur le maintien de la paix politique et la conservation de l'Empire ottoman dans son inté^ grité. Il doit dès lors ne pas hésiter à s'expliquer en tout lieu,