‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 84 sur 123 · ORDRE DE MARCHE DONNÉ A LA GARDE RUSSE · texte numérisé non relu

ORDRE DE MARCHE DONNÉ A LA GARDE RUSSE

rier, et s'est borné à me remettre la circulaire que sa Cour vient d'adresser à ses missions à l'étranger, au sujet de Tordre donné aux gardes de se tenir prêtes à marcher le 13/1" avril. A cette pièce, qui est cotée duplicata et datée du 29 février, se trouve jointe une Gazette extraordinaire de Pétersbourg, en date du 27 février v. st.*. Je ne vous envoie pas ces pièces, car M. le prince de Lieven doit les avoir reçues bien avant que le présent courrier soit rendu à Londres.

Les motife qu'allègue la circulaire russe ne peuvent que nous confirmer dans nos appréciations. Si je n'eusse déjà établi un parallèle avec le système de Bonaparte, je me serais vu forcé de le faire par suite des nouvelles publications russes. Tout en elles est calqué sur le modèle des manifestes de l'Empire français; ce n'est pas seulement la pensée

* Le supplément extraordinaire du Journal de Saint-Pétersbourg du 27 fc- YTÎer contenait la publication du katti-sckérif du Sultan, daté du 20 décembre 1827. Dans ce rescrit impérial (qui n'était pas destiné à être communiqué aux puissances à titre de manifeste, mais qui était adressé aux gouverneurs des provinces turques à titre de mesure d'ordre intérieur reconnue comme nécessaire), la Russie était désignée comme Tcnnemie irréconciliable de TEmpire ottoman et du la foi musulmane; on lui imputait l'insurrection des Grecs et la défection de deux puissances amies, 1* Angleterre et la France; on y développait la demande des trois puissances alliées, demande incompatible avec la loi sainte et le bien de TËmpire; finalement, on démontrait la nécessité de la guerre et Ton faisait appel à tous les musulmans pour défendre la foi, le trône et l'Empire.

La Russie fit suivre cette publication d'une déclaration qui ne laissait aucun doute sur la résolution qu'elle avait prise. En môme temps que la Russie faisait cette déclaration aux sujets de son propre Empire, elle en adressait de semblables à toutes les Cours européennes par une ilépèche-circulaire du 29 février. Elle y énumérait tous ses anciens griefi contre la Porte, metunt en première ligne ceux qui existaient déj.\ avant le 20 décembre, et continuant par ceux qui s'y étaient ajoutés depuis cette date, notamment le hatti-schérif lui-même. Elle ne déclarait pas la guerre, mais elle se considérait comme étant déjà en état do guerre, et, par suite, mettait ses troupes en mouvement. Elle laissait aux alliés le choix entre un secours matériel et un Mcours moral ; elle leur laissait môme la faculté de se dégager des obligations qui résultaient pour eux du traité de Londres, auquel cas elle terminerait seule une lutte qn'tJle avait commencée a trois. Elle avait recours à la guerre en se plaçontà un point de vue exclusivement russe, et, en repoussant toute immixtion des alliés dans le débat, elle se déclarait prête à amener au.<si, grâce à cette guerre, la solution des autres questions dont le traité de Londres demandait le règlement. {Note de C Éditeur,)

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fondameafale qui est identique, mais la manière de la placer, de la masquer, de la rendre coulante; tout en rappelle le style. Ne dirait-on pas que l'Empereur du Nord vient d'être réveillé en sursaut par une attaque soudaine du Sultan, que rEmfiereur Nicolas a été tiré du sommeil du juste, d'un sommeil que n'avait troublé aucun souvenir, pas même le bruit du canon de Navarin?

C'est la puissance inoffensive et toute confiante qui se voit attaquée à Timproviste par un voisin toujours oppresseur et, qui plus est, constamment ingrat et oublieux des preuves nombreuses d'une amitié fidèle. C'est le Sultan, semble-t-il, qui, en parlant turc à son peuple, a déclaré la guerre à l'Empire russe; c'est aussi lui qui, par son manifeste, fait appel aux alliés de la Russie; c'est lui qui gêne le commerce du voisin paisible, qui n'a point le respect requis pour des nationaux abandonnés par leur protecteur naturel ; c'est lui enfin qui commence déjà la guerre, et la Cour attaquée, qui toutefois ne renonce pas encore à Tespoir de voir la paix se rétablir, place, en attendant, avec soin des jalons pour de larges indemnités; déjà même l'époque d'un accommodement semble pour ainsi dire marquée, et l'exemple se trouve placé à la suite de Texorde; ne vient-on pas de voirie Schah reconnaître la modération du vainqueur, et se hâter, aux acclamations du peuple persan, de faire verser ses trésors dans les caisses de l'armée victorieuse? Ce que le Sultan et le peuple ottoman, instruits à cet exemple, sauront sagement prévenir en cédant à leur tour à un sentiment d'admiration, n'aura eu pour tout résultat que de former les jeunes officiers de la garde impériale à la discipline des marches militaires. Telle est, mon prince, l'impression que nous avons reçue, et que bien d'autres recevront avec nous, des proclamations du Cabinet russe. Il reste réservé au Moniteur français, n'en doutons pas, d'accompagner lès pièces du Cabinet de Saint-Pétersbourg d'explications qui leur donneront toute la valeur d'un appel à la gloire française.

Mais à nous aussi, mon prince, la Porte vient de déclarer la guerre ; lisez le rapport ci-joint de notre consul à Scutari, et vous verrez que nos grieS» ne sont pas moins fondés que

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