ORDRE DE MARCHE DONNÉ A LA GARDE RUSSE
ceux de la Russie. Notre armée cependant ne se prépare pas encore à venger cet affront.
M. de Tatistscheff est venu me voir ce matin. Il m'a donné connaissance de la dépêche du 14 février v. st. *, adressée par le Cabinet russe à M. le prince de Lieven. Il m'a sufB d'en prendre lecture pour y trouver la clef de la récente communication que vient de nous faire le Cabinet français.
Je n'ai pas le moindre doute que Votre Altesse n'aura eu connaissance de la susdite dépêche du 14 février. Elle est le complément de tout ce que, depuis deux ans, nous avons redouté et prévu. Pleine de fiel contre le Gouvernement anglais, elle est une condamnation de la transaction trilatérale. Le seul point qui nous paraisse moins détestable que le reste de cette dépêche, c'est le mot de Péloponèse, qui y est employé pour désigner le point de mire des alliés.
Dans quel dédale de maux se trouve lancée aujourd'hui l'Europe ! D'un côté, en première ligne, se présente la guerre si gratuite que la Russie va faire à une puissance dont personne ne peut plus prévoir le sort. Que sont de simples phrases de modération démenties par tous les actes de la puissance envahissante, en comparaison des dangers flagrants qui dépassent d'autant plus toute prévoyance humaine, que la Porte se verra à la fois assaillie par l'attaque au dehors et par de graves embarras à l'intérieur? Qui oserait un seul instant assurer où s'arrêteront les scènes d'anarchie auxquelles la Turquie européenne pourra, — et je dirai même — auxquelles elle devra se trouver en proie? Si le Sultan ploie sous l'excès des maux qui l'accablent, quelles n'en seront pas les conséquences? S'il résiste, que deviendront et sa personne et l'Empire?
De l'autre côté se trouve l'affreuse complication grecque. Les alliés de la Russie sont invités à y prendre part; la puissance aujourd'hui principale veut bien les admettre à parachever en commun Foeuvre des derniers temps ; mais n'en
* Dans les explicationit qu'elle donne et dans ses déductions, cette dépèche est à peu près identique avec la dépêche-circulaire russe du 17/29 février, dont il a été question plus haut, et qui est datée de trois jours plus tard.
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veuient-ils plus? Dans ce cas, elle les dispense de cette peine ; elle seule saura pourvoir et à la besogne russe et à la tâche commune des alliés.
Si dans un tel moment de crise générale nous pouvions reposer notre conscience sur un sujet particulier de satisfaction, nous le trouverions sans doute dans le sentiment de notre entière indépendance !
Ce n'est pas à nous, mon prince, qu'il peut appartenir d'articuler en premier rien de ce qui pourrait être considéré comme un plan, et serait de nature à répondre à la grarité des dangers. Avant de rassembler nos propres idées, nous devons attendre les paroles qui nous viendront de Londres. Dites à M. le duc de Wellington qu'il nous parle avec une entière franchise; il sait bien qu'il ne risque rien en s'ouvrant envers nous. Je puis d'autant moins, par le présent courrier, entrer dans un détail quelconque sur la position nouvelle de l'affaire, que je n'ai pas encore été à même de soumettre à Sa Majesté Impériale les communications que le Cabinet de Russie vient de nous faire.
PREMIERS ACTES DE DOM MIGUEL APRES SON ARRIVEE A LISRONNE. 895. Metternich à Bombelles, à Lisbonne (E. D.), Vienne, le 7 avril 1828.
895. Il serait superflu de vous dire que le compte que vous nous rendez de la conduite feible, et sous tous les rapports regrettable, qu'a tenue l'Infant depuis le premier moment de son arrivée à Lisbonne*, a profondément affecté Sa Majesté l'Empereur et ne nous permet malheureusement plus de douter
* Après la conclusion de la transaction signée ù Vienne au mois d'octobre 18)7 (sur le contenu de laquelle nous aurons occasion de revenir plas tard), Dom Miguel avait r|uitté Vienne le 5 décembre, et s'était rendu à Lisbonne en passant par Paris et par Londres ; le 82 février 1828, il entra dans la capitale du Portugal comme lieutenant du Roi et régent du Royaume.
(Note de CÉditeur.)