‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 86 sur 123 · PREMIERS ACTES DE DOM MIGUEL · texte numérisé non relu

PREMIERS ACTES DE DOM MIGUEL

que ce jeune Prince, qui avait entre les mains tous les moyens de fonder sur une base solide et durable la restauration de la Monarchie portugaise, et qui de plus avait la certitude d'être appuyé et soutenu dans cette noble entreprise par toutes les ^andes puissances de l'Europe, va devenir Partisan de sa propre ruine, en s'abandonnant à* des conseils perfides qui, s'il les suit aveuglément, comme il n'y parait malheureusement que trop disposé, Tentratueront infailliblement à être parjure à ses serments et à se placer dans l'attitude d'un usurpateur.

Bien ne saurait, en effet, justifier l'hésitation et le retard qu'a mis l'Infant à prêter le serment voulu par la Charte; la manière louche dont il a procédé à cet acte solennel; celle dont il a été porté à la connaissance du public; la coupable fei- 1)1 esse avec laquelle on a toléré, dès le premier jour, les cris séditieux d'une vile populace qui, enhardie par l'impunité, n'a pas tardé à s'emparer des avenues du palais et à y dicter la loi; l'opiniâtreté enfin avec laquelle Tlnfant s'est refusé à donner une proclamation qui, en calmant toutes les craintes, aurait fait connaître au public la ligne de conduite qu'il se proposait de suivre, et sa ferme résolution de contenir tous Jes partis et de sévir avec rigueur contre les factieux.

Telles sont cependant les foutes irréparables qu'a commises le jeune Prince à son début, et dont il nous parait bien diffi- «cile qu'il puisse se relever. Il semblerait même, d'après les feuilles publiques qui contiennent des nouvelles de Lisbonne jusqu'à la date du 16 mars, que ces premières fieiutes ont été suivies de fautes plus graves encore, et qu'une crise imminente menace l'existence du Gouvernement portugais; la dissolution des Chambres, que l'Infant s'est permis, à ce qu'il parait, de prononcer, doit en hâter le moment; et si le comte de Villa- Real a effectivement donné aussi sa démission de ministre des affaires étrangères, je ne vois plus personne dans le ministère (|ui puisse ou qui veuille mettre quelque borne aux réactions dont le Portugal est menacé.

Dans une situation aussi déplorable, à laquelle il nous est impossible de porter remède, vous concevrez. Monsieur le ^omte, que je ne puisse avoir d'autres instructions à vous don-r

ner que celle de ne vous ëcarter dans aucun cas et dans aucune circonstance quelconque des principes consacrés par les protocoles de Vienne * ; ils ont reçu la sanction de toutes les puissances de l'Europe, et s'il pouvait convenir à Tlnfant, qui s'était solennellement engagé à les prendre pour base immuable de sa conduite en Portugal, de violer ses engagements, ce ne serait certainement pas l'Empereur notre auguste Maître qui pourrait jamais consentir à se rendre lé complice d'une conduite aussi coupable. Sa Majesté ne s^écartera jamais de celle que

* A Toccasion de la nomination de Dom Miguel comme lieutenant du Roi et régent du Portugal, il y eut, au mois d'octobre 1827, des négociations à Vienne; sur l'invitation du chancelier d'État, les représentants de l'Infant, munis de ses pleins pouvoirs, savoir le comte de Villa-Real et le baron de Yilla-Secca, l'ambassadeur anglais Wellesley, et, du c6té de l'Autricbe, outre le prince de Metternich qui présidait les réunions, MM. le baron de LebzeU tern, le baron de Neumann et le comte de Bombellex, y prirent part. Les délibérations, dont le résultat fut consigné dans des protocoles, portèrent sur les objets suivants : le moment où Dom Miguel devait partir de Vienne, la manière dont il ferait I e voyage de Vienne à Lisbonne, mais surtout Fattitude que l'Infant devrait garder dan« sa nouvelle dignité. On dressa trois protocoles à la suite des séances où ces points furent traités (ce sont ceux du 19, du 20 et du 23 octobre). Ce qui forme la partie la plus importante de ces documents, ce sont les pièces qui y sont jointes comme annexes, et parmi lesquelles se ti'ouvent trois lettres, écrites par Dom Miguel h Dom Pedro, à sa sœur Isabelle et au roi d'Angleterre. La pièce la plus caractéristique des protocoles de Vienne, c'est la lettre de Dom Miguel à Dom Pedro, parce qae la reconnaissance des droits de ce dernier et des devoirs du premier à l'égard de la Gbarte octroyée s'y trouve exprimée sans détour. Voici la reproduction textuelle de cette lettre, qui a été écrite à Vienne, le 19 octobre 1827 : « Sire, j'ai reçu le décret que Votre Majesté Impériale et Royale Trè«i-Fidèlc a daigné m'adresser en date du 3 juillet, par lequel Votre Majesté a bien voulu me nommer son lieutenant et régent des Royaumes de Portugal, des Algarves et de leurs dépendances; et en me conformant aux déterminations souveraines de Sa Majesté, je m'occupai aussitôt de prendre les dispositions nécessaires pour me rendre à Lisbonne, afin de remplir les vues sages et paternelles de Votre Majesté, en gouvernant et régissant lesdit» Royaumes conformément à la Gbarte constitutionnelle que Votre Majesté a octroyée à la nation portugaise. Tous mes efforts tendront au maintien des institutions qui régissent le Portugal, et à contribuer, autant qu'il sera en mon pouvoir, h la conservation de la tranquillité publique dans ces pays, en m'opposant à ce qu'elle soit troublée par des factions qui n'auront jamais mon appui, quelle que soit leur origine. • Les trois protocoles, ainsi que les annexes, ont été imprimés en entier dans de Castro, CoUecçào, etc, tome II, page 20 et suivantes. Lisbonne, 1827.

(Note de VÉdUeur.)

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