‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 88 sur 123 · LA GUERRE. ENTRE LA RUSSIE ET LA TURQUIE · texte numérisé non relu

LA GUERRE. ENTRE LA RUSSIE ET LA TURQUIE

essuyées déjà le commerce de la seule yille d'Odessa : cette allégation est fausse; Odessa n'a encore rien perdu, sauf le mal que la seule perspective de la guerre a pu causer aux spéculateurs. Mais peu importe; ce n'est pas du commerce d'une ville ni de millions qu'il s'agit. Bien ne nous prouve que le résultat de la guerre sera conforme à ce que l'on prévoit ; tout, au contraire, nous dit que ce résultat sera différent. Je n'énonce cette conviction que comme un simple acquit de conscience politique, et nullement comme une récrimination sur une situation qui se trouve amenée et déterminée par un pouvoir supérieur à la seule volonté des Cabinets.

Notre vœu le plus sincère est celui que M. le comte de La Ferronnays ne quitte pas la ligne d'une forte action en faveur du maintien de la triple alliance, et il peut être bien assuré de notre franche coopération sur cet objet, dans tous les lieux comme dans toutes les occasions où notre voix pourra exercer une influence salutaire

Les notions que nous sommes plus à même que toute autre Cour de recueillir sur la situation intérieure de l'Empire ottoman, ne nous permettent pas de douter que les succès qu'obtiendront les armées russes devront être très-faciles. L'existence de cet Empire n'offre aucune garantie, et une question que nous croyons devoir regarder comme indéfinissable, vu que les trois alliés eux-mêmes ne sont pas encore parvenus à la définir entre eux, n'est pas de nature à pouvoir être résolue par un Gouvernement qui n'a pas la prétention d'entendre à demi-mot.

Le monde est ainsi en présence d'un bien grand mal, et je cacherais la vérité sur mes sentiments si je ne vous assurais que je regarde comme plus effrayantes encore les diverses chances de malheur qu'offre la situation morale de la France. Mon esprit s'arrête ici, et tous nos vœux se concentrent dans l'espoir qu'en dernier résultat le mal devra finir par le réveil des hommes de bien, qui se laissent entraîner sur une pente ne pouvant aboutir qu'à un abtme sans fond. La question me semble réduite à l'alternative si ce réveil aura lieu avant que la perte soit consommée, ou seulement à la suite de cata- IV. 31

Strophes; et, assurénrent, des larmes répandues sur des ruines sont pour le moins des larmes fort inutiles.

TENTATnrB FAITE POUR RAPPROCHER LE CARINET ANGLAIS DE L*AVTR1CHE.

808. MeUernich à Btterbazy, ^ Londres (E. D.), Vienne, le 31 mai 1828.

898. Le compte que vous nous rendez des communications verbales que M. le duc de Wellington vous a faites, a été apprécié par nous ainsi que Test tout ce qui nous vient de sa part. Je crois ne pouvoir mieux répondre aux preuves de confiance que ne ces^e de nous donner Sa Grâce, qu'en vous mettant à même de vous expliquer avec une franchise entière sur notre point de vue dans les graves circonstances du moment.

En m'adressant à M. le duc de Wellington, je ne saurais me sentir arrêté par aucune de ces considérations qui souvent portent obstacle aux aveux complets entre les Cours.

Personne plus que moi n'est pénétré des grandes qualités qui distinguent ce ministre, de l'élévation de sa pensée et de Ténergie de son caractère ; — je ne suis pas davantage en doute sur la valeur qu^il attache à Tintimité des relations entre nos deux Cours.

L'analyse que M. le duc de Wellington a faite des dernières publications du Cabinet de Saint-Pétersbourg est en tout point conforme au jugement que, de prime abord, nous avions porté sur ces pièces *.

Ce qui ressort des divers offices russes peut être résumé en peu de points :

La Russie, tout en affectant la plus grande modération, ouvre la porte aux exigences les plus vastes. Elle veut par là

* AUufion à la dépêche circulaire russe du 29 février, ainsi qu*an supplément extraordinaire du Journal de Saini^Pétershourg du 27 février, doni il a •té question dans la note qui accompagne le n* 804.

{Note de t Éditeur.)

LE CABINET ANGLAIS ET L'AtJTRICHS (1828). 4^3

s*assurer d'avance un double bénéfice , moral et matériel. Quelle que puisse être la marche des événements, elle veut se ménag[er, par la position qu'elle a prise, ou Tun ou Tautre de ces bénéfices, et il ne lui sera même pas difficile de les cumuler.

Elle met à la charge de ses alliés, et bien directement à celle de l'Angleterre, la prétendue nécessité dans laquelle elle s'est trouvée placée d'agir ainsi quelle l'a fait.

Rien, en dernier résultat, ne pourra plus empêcher que ce ne soit elle qui aura été la puissance libératrice du peuple grec.

La Russie parle de modération, et elle prend de nouveau l'engagement qu'elle ne vise ni à des conquêtes de territoire ni à la destruction de l'Empire ottoman.

Nous avons, il y a longtemps, énoncé vis-à-vis de la Cour de Londres notre conviction sur les plans véritables de TEmpereur Nicolas relativement à Fexistence future de cet Empire. Il ne veut pas sa mort , mais sa ruine ; il n'a point de parcelles à conquérir sur son territoire en Europe; il lui faudrait le tout ou la majeure partie du tout pour que l'entreprise en vaU'^t la peine. Nous ne sommes donc pas disposés à croire que, dans le moment actuel, l'Empereur pourrait viser à des conquêtes matérielles qui ne se feraient qu'au détriment des Principautés. Il suit une autre direction, qui, à juste titre, doit lui paraître plus avantageuse. Il imposera à la Porté des charges pécuniaires telles que ses dernières ressources se trouveront épuisées. Reste à savoir si jamais le Sultan pourra satisfaire à la somme de ces exigences. S'il ne le peut pas, la Russie gardera des gages, et elle assurera ne point avoir fiiit de conquêtes.

La prochaine paix renforcera les exigences consacrées déjà par les stipulations des traités antérieurs et complétées par celui d'Ackerman, à tel point que, de fait, elles ne laisseront plus guère au Sultan que la qualification d'une inutile et dangereuse suzeraineté sur les deux Principautés du Danube et sur la Servie.

L'Empereur Nicolas vient de déclarer qu'il lui faut pour son commerce des garanties qui soient entièrement à rabri

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des événements. Il a déclaré de même qu'il veut que sa prépondérance soit à jamais établie à Gonstantinople. Par quels moyens matériels Sa Majesté Impériale entend-elle pourvoir à ce double but? Elle ne le dit pas; mais ce qui est indubitable, c'est que ce n'est que par le moyen d'une prépondérance positive et reconnue que son but pourrait être assuré, car le» moyens purement moraux ne sauraient point atteindre à un effet pareil.

Les opérations de Tarmée russe en Asie ont commencé. Elles seront aidées par les opérations de la flotte. Les forces russes vont s*emparer d'Ânapa, de Sukum-Kalé et d'autres points sur la côte de la Mingrélie et de T Arménie. Ces conquêtes paraissent si simples, et les esprits se fisimiliarisent tellement avec elles, qu'il n'est guère à prévoir qu'aucune puissance y trouve une violation ouverte de l'engagement an- . nonce de ne pas en faire. Mais si nos informations sont exactes, nous verrons les Persans à leur tour prendre l'offensive contre les Turcs, et le Prince Abbas-Mirza chercher à indemniser le Schah, par des conquêtes sur le pachalik de Bagdad, de la perte de l'Arménie persane.

Que deviendra la puissance ottomane, attaquée de tous les côtés? Deux seules alternatives se présentent : celle de sa dissolution par suite d'une défense hors de proportion avec la force de l'attaque, ou bien sa soumission à des exigences qui, dans leurs effets nécessaires, équivaudront à une ruine prochaine. La Porte, en un mot, a le choix entre la mort ou une agonie prolongée.

De quelle importance ne seront pas en échange les chance» que la Cour de Russie a su se ménager avec une incontestable habileté? Elle pourra, dans l'une ou l'autre des hypothèses que je viens de poser, en tirer le parti le plus conforme à ses vues. En admettant qu'elle s'arrête à la seconde des alternatives indiquées, l'Empereur aura trouvé moyen de s'indemniser à la fois des frais .qu'il aura si gratuitement encourus, et d'entourer d'une auréole de gloire militaire le début d'un règne qui avait commencé sous de bien tristes auspices; de plus , il saura se prévaloir du bénéfice d'une modéra-

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