‹ Mémoires, documents et écrits divers laissés par le prince de Metternich, chancelier de cour et d'État; pub. par son fils le prince Richard de Metternich, classés et réunis (volume 3)Chapitre 89 sur 123 · LE CABINET ANGLAIS ET L'AUTRICHE · texte numérisé non relu

LE CABINET ANGLAIS ET L'AUTRICHE

tion à laquelle l'Europe entière s'empressera de rendre boni' mage.

Tel est^ mon prince, le tableau de l'exacte vérité, et ce ne sera pas M. le duc de Wellington qui, avec la rectitude de jugement qui le caractérise, voudra nous démentir.

Dans une pareille position des choses, et en face d'un avenir si chargé de sinistres présages , le chef du Cabinet autrichien manquerait à son devoir s'il ne s'expliquait avec un entier abandon envers le chef du Gouvernement britannique.

Nous avons traversé naguère une époque d'autant plus difBcile pour nous, que le mal le plus actif est venu de l'Angleterre même, qu'une longue tradition nous avait habitués à regarder comme le plus sûr gardien de tant d'intérêts communs aux deux puissances. La même force des choses qui eût iniailliblement renversé, s'il n'avait été enlevé par la mort, rhomme public dont les audacieuses conceptions n'avaient d'autre but que de faire tourner le monde dans un cercle dont son ambition personnelle occupait le centre, — cette même force des choses, disons-le hardiment, a placé M. le duc de Wellington à la tête des affaires de la Grande-Bretagne. Le' bien qui a succédé au mal n'a point élevé nos espérances à un degré tel qu'il paraisse impossible de l'atteindre

L'affaire orientale est tellement gâtée, que la chance matérielle la plus heureuse à laquelle on puisse se rattacher, celle de la prompte terminaison de la guerre, se présente ellemême, sous une infinité de rapports, comme un résultat moral des plus funestes. L'Angleterre pourra influer encore avec quelque succès sur le dénoûmcnt du drame, mais nous ne voyons pas qu'il y ait un parti clairement arrêté par son Cabinet, quoique nous rendions d'ailleurs une justice entière à l'uniformité parfaite du jugement que M. le duc de Wellington vient d'énoncer envers vous, mon prince, avec celui que nous portons nous-mêmes sur l'attitude que la Cour de Russie vient de prendre, et sur la valeur des manifestes que cette Cour vient de publier.

Vous savez, mon prince, que nous eussions regardé comme une grande faute si les deux Cours de l'alliance trilatérale

s'étaient purement et simplement retirées immédiatement de leurs en^gements envers celle de Russie , ou, ce qui revient au même , si , par une décision pareille , elles eussent dégagé l'Empereur Nicolas de certains engagements qui (sans nous arrêter ici à leur plus ou moins de précision) le tiennent néanmoins lié envers elles. Mais nous regrettons sincèrement qu'au lieu de délibérer sur des points de pure formalité, lorsque déjà l'Empereur de Russie s'est emparé de toute l'action, les deux Cours n'aient point su tirer un parti utile de l'existence même de leur traité commun, et qu'elles ne se soient pas rendues fortes de son maintien pour arrêter ou du moins pour gêner ce qui, dans son essor, peut conduire à des résultats que personne ne saurait plus tempérer une fois qu'ils auront été atteints.

La dépêche de M. le comte de Nesselrode à M. le prince de Lieven, en date du 29 avril dernier, nous a frappés bien plus par la confusion des propositions qu'elle renferme que par tout autre motif*.

Les alliés ont bien fait de se regarder comme liés par le traité de Londres; mais ils ont commis une grande faute en séparant la guerre russo-turque du même traité. La vérité est que l'origine de cette guerre séparée se trouve dans le traité du 6 juillet ; l'Empereur Nicolas aurait par conséquent dû être arrêté sur ce point. Mais la faute est faite, et il ne reste plus qu'à tâcher de la pallier par une marche subséquente ferme et précise.

M. le duc de Wellington verra dans une explication aussi

* Au sujet de la réponse faite par lord Aberdeen à la dépèche du 17/29 avril, Gentz écrit à Mettemicb, le 18 juillet, ce qui suit : ■ La note est rédigée dans un style forcé ; elle est pleine de redites fatigantes, de longueurs péniblement cberchées; c'est Tœuvre d*un diplomate qui, ballotté entre le besoin de dire la vérité et la crainte de déplaire, ne sait pas défendre sa propre cause (qui est très-mauvaise, il est vrai), et qui n*ose pas attaquer résolument son adversaire par son côté faible, qui s*effraye de toute critique un peu vive et qui dissimule ses plus légitimes appréhensions sous la banalité de vains compliments. On voit, en examinant cette pièce, qu'elle a été plnt&t écrite pour la montre que calculée en vue d*nne marche pratique. ■

(Noie de CÈdiêeur.)

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